LIVRE m. — LETTRE SEPTIÈME
A la Gonipag;nie en Portugal.
Que la grâce , etc.
Je vous ai écrit longuement des Indes, touchant nos affaires, avant de me diriger vers Macassar, où nous avons appris que deux rois s'étaient faits chrétiens. Depuis un mois et demi je suis arrêté à Malacca, attendant une occasion favorable pour mettre à la voile. Nous prendrons bientôt la mer , si Dieu le permet. Macassar est distant de Goa de plus de mille lieues ; des gens qui en sont revenus nous ont rapporté que toute la nation y est admirablement disposée pour recevoir l'Évangile , et qu'il peut y être fait un grand nombre de chrétiens. Cette nation n'a point de temples des faux dieux , ni de prêtres et docteurs d'idolâtrie. Elle vénère le soleil levant, et n'a pas d'autre religion ; mais les diverses ■ peuplades sont continuellement en guerre entre elles.
Depuis mon arrivée à Malacca , qui est un port fameux par l'affluence des commerçants, les occupations spirituelles ne m'ont point manqué. Les dimanches, je prêche au peuple assemblé , et mes prédications me satisfont moins qu'elles ne paraissent contenter ceux qui veulent bien venir m'entendre. Tous les jours pendant une heure, et quelqueibis davantage, j'enseigne aux enfants les prières fondamentales de l'Église : je passe le reste du temps dans l'hôpital, où j'entends les confessions des malades ; je leur célèbre le Saint-Sacrifice, et leur distribue le corps de Jésus-Christ. Je suis tellement accablé par le nombre de ceux qui demandent à se confesser, que je ne puis les satisfaire tous. J'emploie aussi un temps considérable à traduire le catéchisme du latin dans la langue usitée à Macassar; car il est très-pénible d'ignorer absolument la langue de ceux avec qui l'on est en rapport.