‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 30 sur 759 · CHAPITRE QUATRIÈME (15^6-15^8). VSI · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME (15^6-15^8). VSI

Xavier catéchisa les Lascars (1) et les autres infidèles qui composaient l'équipage. Dieu permit, par un miracle de son Esprit saint, que ces gens , appartenant à des nations différentes et parlant des langages disparates, comprissent tous l'enseignement unique que le Saint leur adressait. La plupart se convertirent à Jésus-Christ et reçurent le baptême.

Le vaisseau fut deux fois en péril, par les orages de la mer et du côté des pirates ; mais cette double épreuve ne servit qu'à manifester la confiance du Père en la protection divine et son esprit prophétique : en effet il découvrit au capitaine le jour précis où la terre leur apparaîtrait , et lui commanda d'espérer une heureuse arrivée à Amboine.

Ce fut le 16 février qu'ils descendirent en cette île. Ambome [Lettres, I, 192 et note, 2U), conquise par les Portugais lorsque Antonio Galvam gouvernait Ternate, renfermait une garnison européenne et sept villages chrétiens. Mais le prêtre qui avait dirigé ces néophytes était mort depuis quelque temps, et cette pauvre église sans sacrement et sans culte appelait de ses vœux le saint missionnaire , qu'elle avait fait conjurer de venir, et dont la renommée avait rempli les îles de l'Orient.

Le Père employa dans Amboine les méthodes qui lui avaient procuré de si grands fruits au cap Comorin et ailleurs, et il trouva parmi les indigènes la docilité la plus touchante et une ferveur qui leur mérita bien des grâces. Il avait commencé par visiter les villages afin de baptiser les nouveau-nés, et la plupart de ces tendres créatures survécurent à peine à leur baptême : « Il était évident, écrivait Xavier à ses Frères de Rome [Lettres, I, 224), que Dieu leur avait conservé l'existence jusqu'à l'heure où la vie éternelle devait leur être ouverte. »

Plusieurs familles s'étaient réfugiées au fond des bois ou dans des rochers sauvages sur les bords de la mer, afin de se soustraire aux violences des mahométans de la contrée. Xavier alla chercher ces brebis de Jésus-Christ dans leur soUtude ; il pénétrait en ces lieux déserts, cheminant à pied avec une joie confiante, et récitant les Psaumes et les Hymnes de l'Église. Il consola ces infortunés, et les fit participer aux sacrements, qu'il était venu leur apporter aussi bien qu'à leurs frères. 4iir

(0 On appelle ainsi les matelots indiens.

^11 li

I ' ni.

îi':.

■Mi

ii;;

[î-jfî

î-xii

VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

■ .'.;lt'

Après avoir instruit les fidèles, il entreprit d'annoncer la foi aux païens et aux Mores. Dieu bénit sa parole, et l'île presque entière fut bientôt couvertie : des églises s'élevèrent dans chaque village, et des catéchistes reçurent le soin de cultiver les chrétieutés novivelles.

Le Père, désirant assurer la conservation de son œuvre, écrivit à Goa pour appeler François de Mancias , Joara de Beira et d'autres missionnaires, afin de constituer dans Amboine une résidence de la Compagnie {Lettres, I, 220), destinée à devenir une pépinière de sujets pour les Molucpes et les îles environ^ nautes (1).

Pendant que le Saint exerçait son apostolat à Amboine, il y arriva deux flottes : Tune espagnole, de six vaisseaux, envoyée par le roi Charles-Quint pour conquérir de nouvelles îles [Lettres, I, lilx et note, 219, 224, 251), et cj[ui revenait en Europe après une campagne inutile. L'autre, portugaise, était de trois vaisseaux. Une contagion qui dévasta ces flottes donna l'occasion au Père d'exercer sa charité. Ces gens de mer, si éloignés des pensées du salut, se voyaient délaissés dans leur impénitence, quand Xavier, revenu de l'intérieur de l'île, se dévoua pour soulager la misère spirituelle de tant d'àmes , pour ainsi dire naufragées au point de vue du salut Piecueillant de tous côtés les remèdes et les aUments nécessaires, il assistait les malades jusqu'à la fin, et ne laissait périr aucune âme. Après la mort des malades, Xavier lui-même ensevelissait leurs corps et leur donnait la sépulture.

Les saintes occupations de l'Apôtre eurent des fruits admirables, et dans toute cette multitude , la grâce divine opéra des conversions sans nombre : l'esprit de piété, la paix et la concorde, si rares parmi les gens de guerre, avaient renouvelé les esprits ; et tous les Portugais, par une généreuse émulation avec la charité d« Père , oublièrent les desseins ambitieux des Espagnols leurs rivaux, pour les combler de bienfaits, et pourvoir abondamment à toutes leurs nécessités au temps de leur départ.

Parmi les personnes qui, sur la demande du Père, lui avaient prodigué toutes leurs ressources, se trouvait un riche Portugais

(1) Les chrétiens d'Amboine persévérèrent d'une manière admirable. {leUres, I, 192 note.)

Page 1