CHAPITRE QUATRIÈME {\5kQr'\.5hS). LXIII
nommé Joam d'Araujo, Xavier un jour lui fit demander pour un de ses malades un peu de \'in vieux. Araujo le donna, mais en exprimant le désir qu'on ne vînt plus lui en redemander. « Joam d'Araujo , dit Xavier, pense-t-il conserver toujours la possession de ses biens? Avertissez-le de ma part de continuer à donner l'aumône aux infirmes, pour l'amour de Dieu ; car il doit mourir à Amboine, et tous ses biens deviendront le domaine des pauvres. » Joam d'Araujo reçut cet avis salutaire avec des sentiments bien dignes de la charité qui l'avait dicté : appréciant l'usage qu'il devait faire de ses revenus , et ne se considérant désormais que comme un pourvoyeur et un économe de l'aumône apostolique , il s'occupa de préparer son âme à la mort, et peu de mois après, il termina sa carrière dans les sentiments les plus édifiants. Il n'avait point d'héritiers, et les biens qu'il laissa furent, par déshérence, attribués aux pauvres, i^iais, afin que tout fût prodigieux en cette circonstance , sa mort môme fut révélée au P. Xavier qui se trouvait alors à Teruate; et, pendant le Saint-Sacrifice , au moment de l'Offertoire, le Père , se tournant vers le peuple, fit entendre ces paroles : c î\les Frères , Joam d'Araujo , d' Amboine , est mort. Aujourd'hui, dans Amboine, on offre pour sou âme le Saint-Sacrifice; nous le célébrerons à la même intention, et je vous prie de vous souvenir d'yiraujo devant Dieu. » Plusieurs jours après, un navire venu d' Amboine à Ternate confirma la nouvelle de la mort d'Araujo.
Après trois mois passés à Amboine, le Père entreprit de visiter les lies voisines, Baranura, Rosalao, date et plusieurs autres.
A Baranura, s'accompht un touchant prodige, témoignage du maternel amour que Dieu fait éprouver à ses saints, daignant les consoler par des gages sensibles, et condescendre à leur humanité. Près de l'île dont nous parlons, un orage s'élevant mit en danger la barque où se trouvait le Père. Xavier, prenant le crucifix qu'il portait sur sa poitrine, le plongea dans la mer afin d'apaiser les flots ; eu effet les vagues se calmèrent, mais le crucifix, échappé des mains du vénérable Apôtre, disparut au sein des eaux, et Xavier en parut profondément affligé. Le lendemain, sur le rivage de Baranura, le Père se pionieaait avec ses compaguons, lorsqu'un crabe sorti de la mer, et portant le crucifix dans ses pinces, avança jusqu'aux pieds du Saint et y déposa son fardeau. Xavier
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YIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER
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se prosternant recueillit le crucifix , et le crabe se retira vers la mer. Ce singulier prodige est constaté parla bulle de canonisation du Saint, et les docteurs ecclésiastiques qui ont instruit le procès ont admis comme irréfragables les témoignages qui s'y rapportent.
A Rosalao, dont les habitants avaient été rebelles à la prédication évangélique , le Saint conféra le baptême à un seul homme, auquel il imposa son propre nom de François ; il lui prédit qu'il ferait une mort très-sainte, et qu'il invoquerait à ses derniers moments le nom divin de Jésus-Christ.
En effet, et quarante ans plus tard, ce chrétien, devenu soldat dans les armées portugaises, fut mortellement blessé dans une bataille, et expira dans le camp au milieu de ses compagnons, en exprimant les sentiments les plus touchants, et en répétant sans cesse : Jésus, assistez-moi !
L'île des Ulates fut le théâtre d'un éclatant miracle par lequel il détermina la conversion et le baptême du roi du pays avec tout son peuple. Ce prince, assiégé dans sa ville, était à la veille de se livrer à ses ennemis à cause de la disette d'eau. Xavier trouva moyen de pénétrer dans la place , et se rendit en présence du roi, pour lui promettre le secours du Dieu tout-puissant, maître du ciel et des saisons, s'il voulait embrasser la rehgion chrétienne. Le roi s'engagea sur la parole du Saint, qui fit élever une grande croix au miUeu de la ville et se mit en prières devant la croix: une pluie abondante répondit à la foi du Saint, et les Ulates crurent en Jésus-Christ.
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Xavier laissa Joam d'Eyro dans Amboine pour y prendre soin des chrétientés nouvelles, jusqu'à l'arrivée des missionnaires qu'il avait appelés des Indes, et lui-même s'embarqua sur un navire qui allait aux Moluques, de conserve avec le bâtiment d'un Portugais nommé Joam Galvam. Une tempête qui s'éleva sépara les deux vaisseaux, désempara et fit errer sur mer, durant quelques jours, celui de Joam Galvam, et finit par le faire périr avec tout l'équipage. Xavier eut une révélation de ce désastre, au temps même où il eut lieu ; en ce moment, il prêchait au peuple, et s'arrêtant au milieu de son discours, il dit à ses auditeurs : « Recommandez à Dieu l'âme de Joam Galvam, qui a péri dans le golfe. » Après quelque jours, les débris du navire qui furent jetés à la plage,
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avec lo corps même de Joam Galyam, vérifièrent les prédictions du Père. . ' . " ^ .
A ïernalc où se rendit d'abord le P. Xavier, il rencontra les mêmes désordres parmi les Portugais, et la même dépravation parmi les naturels, (que dans les autres villes de la couronne portugaise. Il eut le bonheur, ainsi qu'il l'éci'it lui -môme, de ne laisser à son départ que deux pécheurs inconvertis parmi les Européens. Les restitutions se firent avec une ardeur extrême et le bon Père obtint des aumônes si Ubérales que la Miséricorde de Ternate se trouva la plus riche des Indes, et qu'on vit un individu faire à lui seul élever un collège pour les enfants portugais et indigènes.
Mais la plus admirable conversion fut celle de Néachile , fille du roi de Tidor et veuve du dernier souverain de Ternate'. Née mahométane, elle avait de graves causes d'irritation contre, les Portugais et étendait ses ressentiments à leur religion. Privée par eux de la régence, après qu'elle les avait accueillis en hôtes , elle avait vu ses propres enfants détrônés et mis à mort par l'effet des intrigues de ces étrangers. Mais cette grande infortune était digue des plus hautes consolations.
Le Saint désira l'entretenir , l'insti'uisit d'une manière trèsparfaite, et la baptisa sous le nom d'Isabelle. Il la fit avancer rapidement dans les voies divines, et, grâce à lui, cette sainte âma recueillit , dans la consommation de sa vertu , le fruit de ses grandes épreuves {Lettres^ II, 104 et note). : ..
A Ternate, on fit connaître à Xavier l'existence de certaines îles, à soixante lieues vers l'Orient, nommées les îles du More, peuplées de chrétiens qui n'en avaient que le nom, et qui vivaient dans une barbarie extraordinaire. Les rigueurs d'un gouverneur portugais de Ternate avaient ruiné dans l'esprit de ces peuples toutes les semences de la rehgion ; ils avaient mis à mort Simon Vaz, leur premier pastem-, et les efforts d'un second missionnaire n'avaient point eu de succès. Le P. Xavier ne vit dans les récits effrayants de ses amis qu'un signe de sa vocation auprès des Moréens. Le gouverneur de Ternate, Jordam de Freitas, aussi i-ecommandable par ses vertus chrétiennes que par son courage, après avoir défendu d'abord qu'aucun patron de navire ne transportât le Père aux îles du More, finit par c^der à ses instances, en.adu ■■■■" - ■,■'■'■ ' " ' ■ '\ ' t>' '
VIE DE SAINT-FRANÇOIS-XAVIER
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mirant son mervèiBeiit zèle. — Le discours que les historiens mettent dans la bouche du Saint rappellent cette belle sentence de son P. Ignace : Aimez même les plus méchants des hommes; aimez la foi en Jésus- Christ qui est demeurée en eux; s'ils n'ont plus cette foi, aimez en eux les vertus dont ils sont privés; aimez l'image de Dieu qu'ils portent en leur personne ; aimez le sang de Jésm-Christ f prix de leur rédemption. En effet, les seules îles du More, disait Xavier, n'auraient-elles point de part au bienfait de la rédemption ? Et dans l'héi-itage de grâce que Jésus- Ghrist réclamait de son Père, ce peuple infortuné n'aurait-il pas été compté ? Que si leur barbarie est extrême, on devait se souvenir que le sang des ouvriers apostoliques n'est pas moins nécessaire à la culture du champ divin que l'enseignement de la doctrine. Nous ne connaissons pas nous-mêmes toute la valeur qu'eut le sang de Jésus-Christ, quand le Fils de Dieu descendit sur la terre en faveur de toutes nos âmes, et consentit à mourir sur la croix pour chacune d'entre elles. Nous n'avons, selon les paroles de saint Jean, qu'un moyen de répondre au plus touchant des miracles de la charité divine : c'est de croire nous-mêmes à l'amour que Dieu a eu pour nous. » .
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Pendant la traversée, le Saint, dont l'âme, pénétrée de Dieu, percevait par une vision surnaturelle les joies et les misères des hommes parmi lesquels s'exerçait son apostolat, fut éclairé sur un affreux massacre qui avait heu dans une des îles du More. Dans une douloureuse extase, il s'écria : c Jésus! on arrache la vie à ces infortunés ! » Tous ceux qui l'entouraient désirèrent apprendre la cause de cet élan extraordinaire de douleur; mais le Saint, qui craignait de paraître favorisé des lumières célestes, s'éloigna pour aller s'humilier en présence de Dieu seul Peu de jours après, sur un rivage où ils aboixièrent, les Portugais trouvèrent les corps affreusement mutilés de huit de leurs compatriotes, et ils connurent que leur mort, à l'heure même où elle s'accomplissait, avait été ce déplorable spectacle, présent aux yeux du Saint, et qui lui avait été si amer. ^^
Les premiers habitants qui aperçurent les Européens se sauvèrent dans les montagnes, redoutant la vengeance qu'avait appelée sm* leurs têtes le cruel assassinat des huit Portugais. Xavier s'em-