LIVRE IV. — LETTRE HUITIÈME
consolation bien plus pure parmi les périls mêmes de cette effroyable tempête que je n'en ressentis à l'heure qui suivit notre délivrance. Je suis rempli de confusion, moi le plus criminel des hommes, d'avoir versé tant de larmes d'une joie presque céleste, au milieu d'un péril si extrême. Alors je suppliais ardemment Jésus-Christ Notre- Seigneur de ne point me retirer de ce péril, s'il ne me réservait à d'autres périls de même nature, ou plus considérables encore, pour son service et pour sa gloire. -
Il est souvent arrivé que Dieu m'a fait connaître , par une inspiration intérieure , l'infinité des dangers corporels et des occasions de chute spirituelle dont il m'a préservé, grâce aux prières et aux saints sacrifices de mes frères, les uns combattant encore sur cette terre , les autres jouissant déjà des célestes récompenses. Et mes paroles ont ici pour objet, mes pères et mes frères bien-aimés en J.-C, de confesser devant vous les bienfaits sans nombre et sans mesure dont je suis redevable à Dieu et à vous-mêmes, dans l'impuissance où je me sens de vous en récompenser.
Lorsque j'ai commencé mon discours touchant notre Compagnie, je ne puis m' arrêter de parler ni d'écrire ; mais le départ immédiat des vaisseaux m'oblige malgré moi de cesser et me fait terminer ma lettre ; je ne puis mieux finir que par cette solennelle déclaration : Si jamais je t'oublie, ô Compagnie de Jésus, que ma main droite soit donnée à L'oubli (1) ! tant me sont présents les bienfaits de toute nature dont je suis redevable à tous mes frères, et, sans doute , je dois à vos prières la connaissance intime que Dieu daigne rendre si sensible à ma faible intelligence, de tous les bienfaits de la Compagnie envers moi : mon esprit serait à lui seul trop faible et trop imparfait pour s'élever à leur conception parfaite. Cependant, pour me préserver du péché de l'ingratitude , Dieu,
(1) PS. CXXXYI,5.
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