CHAPITRE QUATRIÈME
du gouverneur. Après le Sacrifice, « Retournez, dit-il, et dites à votre maître que la perte d'un navire ne doit pas nous faire perdre courage ; » et se prosternant devant l'image de la Saint€^Viei^e : "^ « O mon Jésus, amour de mou cœur, s'écria-t-il, tournez vers nous, un regard favorable; et vous, Très-Sainte- Vierge, soyez notre médiatrice! O Seigneur Jésus, considérez vos plaies sacrées, et souvenez-vous qu'elles nous donnent le droit de tout vous demander ! » ~
Déjà sans doute il avait connu que cette épreuve n'était que pour la gloire de Dieu. Le peuple et les soldats pressèrent unani-' mement le conseil de laisser l'expédition s'accomplir, selon le ser- ; ment fait la veille en présence de Jésus-Christ. Alors le Saint, \x^ '' nant la parole, leur dit : « Le bâtiment perdu sera bientôt remplacé;; avant le coucher du soleil, il nous arrivera de meilleurs navires. Je vous l'annonce de la part de Dieu. » -'^ . •* ■ ^
A l'heure exprimée, du haut des tours de Notre-Dame-du-Mont, on vit paraître deux voiles. C'étaient les bàtimens portugais de Diogo Soarez GaUego et de Balthazar, son fils. Xavier entra dans une barque, alla les reconnaître et les amena dans le port.
François Deza, chef des Portugais, se vit alors à la tête de 230. : hommes montés sur neuf navires, et sortit du port le 25 octobre, après avoir reçu des mains du Père son étendard solennellement béni. '■■
Mille bi'uits coururent de la défaite absolue des Portugais, et le sultan de Bintang, avec trois cents voiles, vint attendre à six heues de Malacca la nouvelle certaine de ce désastre, afin d'envahir la place. Mais rien n'altéra la confiance de Xavier et le courage qu'il avait inspiré au gouverneur Mello.
Cependant la flotte rencontrait les Achénois dans la rivière de Parlez, au royaume de Queda. L'amiral Deza se jeta dans une barque, l'épée à la main, et visita tous ses bâtiments, conjurant tout le monde de ne pas oublier les paroles du P. François, et leur rappelant que Jésus crucifié devait être le signe et. le gage de leur espérance. • '■■:''-- ' ^ v
Après une mêlée très-sanglante pour les ennemis, la victoire demeura aux Portugais. Quarante-cinq bâtiments pris, trois cents >, pièces d'artillerie conquises, un butin immense, la délivrance de deux mille prisonniers indiens, furent les résultats de cette bataille héroïque; et le roi de Parlez, dont les Étals avaient été'^ désolés par les Achénois , et dont un grand nombre de sujets-
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VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAlflER,
venaient d'être délivrés, s'engagea par reconnaissance à payer tous les ans un tribut au roi de Portugal. " ' > ^ '
Malacca connaissait déjà la victoire des siens. Le P. Xavier, prêchant à dix heures du matin dans la cathédrale, le dimanche Zi décembre, au moment même où le combat s'engageait, s'arrêta dans son discours, et changeant de sujet, parla d'une manière énergique de la rencontre des flottes; puis, s'échauffant dans son inspiration et s'adressant les larmes aux yeux à son Crucifix : « Ah ! Jésus, Dieu de mou cœur, Dieu des miséricordes, je vous conjure ])ar les mérites sacrés de votre Passion de ne point abandonner vos soldats. » Après quelques moments de recueillement, il s'écria de nouveau : « Jésus-Christ, mes Frères, a vaincu pour nous. A cette heure présente, les soldats de son nom aciièvent leur victoire ; un grand carnage a eu lieu, et nous n'avons perdu cjue quatre des nôtres. La nouvelle en arrivera vendredi, et nous reverrons bientôt la flotte. »
Le soir même, le Père assembla dans l'église de Notre-Dame-du- Mont les femmes et le 5 mères des soldats de l'expédition, et leur fit entendre les mômes consolations.
La frégate envoyée par Deza arriva le vendredi, et bientôt après la flotte entra dans le port.
Le P.François, le crucifix à la main, suivi de tout le peuple, alla recevoir les vainqueurs, et tous, mêlant leurs voix, rendirent à notre Sauveur de solemielles actions de grâces.