LIVRE V. — LETTRE DEUXIÈME
A Jean m, roi de Portugal*
Je ne ferai pas à votre majesté le récit des calomnies , des injustices, des persécutions qui ne cessent d'accabler ici les nouveaux enfants de notre sainte religion. Le P. F. Joam de Villa de Conde, qui se rend en Portugal , vous exposera tous ces maux ayec une éloquence pleine de vérité ; et ses peintures les représenteront, d'une manière sensible, aux yeux de votre majesté. Ce religieux vous a rendu , seigneur, d'éminents services , par ses travaux immenses, infinis, accomplis dans les pays des Indes, pour la gloire de Dieu et pour l'intérêt de votre âme ; ils auront eu pour effet d'acquitter envers Dieu, non-seulement le devoir de sa propre conscience, mais encore celui de votre majesté vis-à-vis du souverain Juge. Votre majesté ne saurait apprécier uniquement les mérites du P. F. Joam , au point de vue des angoisses , des souffrances, des veilles, et des autres épreuves corporelles qu'il a endurées, si grandes qu'elles aient été d'ailleurs. En effet, ce n'est là qu'une distraction et un repos, si on les compare aux douleurs morales, et à l'amertume déchirante qui pénétrait le fond de son cœur à la vue des maux dont il était le spectateur absolument impuissant : tandis que les commandants des places et les intendants du revenu royal traitaient avec la rigueur la plus inhumaine , et spoliaient avec une rapacité sans bornes ses tristes néophytes. Ceuxci, encore mal affermis dans la foi de J.-C, qu'ils venaient à peine d'embrasser, avaient droit, par cette raison même, de la part des magistrats chrétiens , leurs persécuteurs , à une vive affection et à des bienfaits sans mesure. Croyez, seigneur, que cette amertume est infiniment supérieure à toutes les douleurs du corps, et que» c'est, si je puis le dire, un martyre plus cruel et plus odieux que toutes les