CHAPITRE CINQUIÈME
Lxxin,
les marchands en fréquentaient les ports. Fernam Mendez Pinto, clans un récit où l'amour-priJpre et le goût du merveilleux ont sans doute leur part, a raconté les premiers événements de cette découverte. ■--■.' ■'. v^'" v- "■ "^ ■'■-•;■' .■/-■■ '--/■■':■'■■■'-'■'■■;'
Anger, plein des remords d'une Vie dissipée et violente, avait fait connaître à des marchands portugais le trouble de son âme. Ceux-ci lui indiquèrent à Malacca un sage et savant religieux, le P. François-Xavier, expert en matière spirituelle, et (jui, par de pieuses consolations , tranquilliserait sa conscience. Anger se réso lut à l'aller trouver et partit avec deux domestiques. Il ne rencontra pas à Malacca le Saint, qui était aux Moluques. Dans son angoisse, il voulut repartir, fut rejeté vers la Chine par les mauvais temps, et enfin Alvaro Vaz , le marchand à qui d'abord il -^xait parlé, l'encouragea de nouveau et le ramena dans Malacca^ ^^
Xavier accueillit Anger avec bonté et lui promit de calmer ses esprits. ■ — En même temps, notre Saint connut par une révélation divine que cet homme était comme les prémices et le gage d'une mission nouvelle et immense qui lui était réservée. * .' •.
Xavier reçut d'Anger des informations étendues sur l'état du Japon et sur les dispositions de ses habitants pour embrasser la religion chrétienne.
L'homme de Dieu ne voulut point alors conférer le baptême à Anger, quoique ce dernier, instruit déjà par le capitaine portugais, sollicitât vivement cette grâce. H voulut que le néophyte se confirmât plus encore dans la foi , et chargea le Portugais Joi^e Alvarez de conduire Anger à Goa, pour y être instruit plus à fond des vérités de la religion dans le collège de Sainte-Foi. M. ^
Anger y arriva en effet le 20 mare 1548 et fut baptisé sôlèinBllement par l'évêque Albuquerque le jour de la Pentecôte.' Il reçutle nom de Paul de Sainte-Foi, du collège où il avait été instruit. Un de ses serviteurs reçut le nom de Jean, et l'autre celui d'Antoine.
Xavier, devant visiter la côte de la Pêcherie avant de se rendre à Goa, s'embarqua lui-même sur- un navire qui faisait voile pour Gochin. --ê.- ■■■ /i; : .^J-^^*'-. ■ - '- - '«|-|^ -,
Dans le détroit de Ceylan, une tempête qui dura trois jours mit le navire en un péril si grave et si prolongé , que la mort seule paraissait devoir terminer cette épreuve. Xavier entendit les confessions de tout l'équipage, et après avoir exhorté tout le monde
m'a 'in
VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER
•lit
à faire entre les mains de Dieu le suprême abandon de son existence, il se retira dans une chambré et y demeura prosterné et en prières pendant les coups les plus violents de la tempête. Se relevant enfin, et remontant sur le pont du navire, il se fit donner le plomb de la sonde, et le laissant tomber au plus profond des eaux, il prononça ces paroles : « Grand Dieu, Père, Fils et Esprit- Saint, ayez pitié de nous. » A l'heure même le navire cessa d'être en péril, et le vent s'apaisa miraculeusèïneïit. On arriva dans le portée Gçi^Iiin le 21 janvier 1548. ^j,.
De Cochin, le saint religieux écrivit au roi de Portugal une lettre (I, p. 244) pleine de conseils éyangéliques sur les devoirs souverains, et qui respirait la charité la plus tendre envers le vertueux monarque. Il lui recommandait les chrétiens de Ceylan, persécutés par un roi du pays, et ceux des Indes, victimes des officiers portugais ; enfin , il rappelait au pieux Jean III les intérêts de sa propre âme, et l'arrêt décisif du jugement suprême. Rarement on vit un langage plus sévère et à la fois plus respectueux, en parlant à une tête couronnée ; mais c'est ainsi que s'expriment les saints, et, sans parler des lettres que l'on rencontre souvent dans de pieuses histoires, ainsi parle sainte Catherine de Sienne dans le cours entier de son admirable correspondance.
îln même temps, Xavier écrivit au P. Ignace (I, p. 244) pour lui demander des prédicateurs et lui recommander les nécessités des chrétientés des Indes, et au P. Rodriguez (1, p. 247), pour le prier de coopérer aux vues du P. Ignace, et de se rendre, auprès de Jean III, l'avocat des missions d'Orient.
Le Père entreprit ensuite de visiter la côte de la Pêcherie. Les Pallawares, ses fils aînés en Jésus-Christ, le reçurent avec des transports de joie, rendant, dit le P. Lucena, à Dieu la gloire, ;(it à Xavier mille actions de grâces. Le Père fut infiniment consoli^^^ de voir leur persévérance, leurs progrès dans la piété, et lesmejy ■ veilleux travaux des religieux de la Compagnie em})loyés dans ces contrées. Ces ouvriers apostoliques étaient alors les PP. Antonio Criminale, Henri Henriquez, Alonzo Cypriano, Francisco Henriquez , et les FF. Francisco Adami , Manoël de Moralez et Balthazar Nunez. Enflammés d'une sainte émulation, ces religieux se prodiguaient à leur troupeau, et leur communiquaieiit le zèle et
JK)f^fy^-:^;^i^':- ^f\W^r?-