CHAPITRE CINQUIÈME (15/18-1549). LXXV
le courage à confesser la foi- Les historiens en citent plusieurs exemples qui rappellent les temps de h primitive ÉgUse^lrV:;:
A Manapar, où Xavier demeura quinze jours, il i^ssembla tous les missionnaires de la côte, et dans les exercices d'une retraite, il les confirma dans leur ardeur, et les pénétra profondément de l'esprit et des maximes du P. Ignace. Après cette retraite, le Père distribua de nouveau les résidences entre tous ses Confrères, et leur donna pour Supérieur à tous le P. Antonio Criminale. Enfin, il leur prescrivit d'étudier sans relâche la langue malabare, et chargea spécialement le P. Henri Henriquez de composer une grammaire et un vocabulaire de cette langue, selon la forme des méthodes grecque et latine. Un miraculeux succès récompensa l'obéissance d'Henriquez, et en peu de semaines, ce zélé missionnaire accomplit une œuvre , en apparence impossible à un homme récemment arrivé d'Europe et sans nulle pratique des idiomes de l'Inde.
Le Père, en quittant ses bien-aimés Confrères, leur laissa des instructions très-étendues {Lettres, I, 264), où se révèle sa science profonde du ministère apostolique.
De Travancore le Saint passa par Ceylan en se dirigeant vers Goa. 11 y convertit le roi de Candé, et se rendit auprès du tyran de Jafanapatam, afin d'en obtenir la réparation de ses injustices envers les chrétiens. Ce dernier souverain parut touché des exhortations du Saint, et s'engagea même à se faire chrétien avec tous ses sujets, si le gouverneur des Indes consentait à lui accorder une paix honorable, comme aux autres souverains tributaires. s • '^ .
Ce fut en cette année 1548 que le P. Ignace, afin de récompenser et d'exciter encore la vertu des missionnaires employés dans les Indes, admit dans la Compagnie, avec le titre de coadjuteurs^ spirituels, Nicolas Lancilotti , Paul de Camerino, Antonio Criminale et Alonzo Cypriano: ce furent les premiers en Orient qui obtinrent ce privilège. - : * ^ -^
On doit posséder dans les archives du Gesù à Roine la lettre du P. Lancilotti. Nous donnons dans notre Appendice (n° ix) celle de Criminale, écrite en un style simple, mais où parait l'éminente vertu de ce vénérable Père. ,
Le Père, accompagné d'un ambassadeur du roi de Candé, arriva
VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER
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à Goa dans le printemps de 1548 : il avait été trois ans absent de cette ville. N'y rencontrant point le gouverneur D. Joam de Castro, qui se trouvait à Baçaïra, il prit de nouveau la mer, pour aller traiter avec ce seigneur les intérêts de la religion.
Laissant aux historiens le soin de raconter les exploits héroïques de Joam de Castro, nous louerons seulement le zèle et la piété auxquels il dut de faire une sainte mort entre les bras de notre Apôtre. Il accueillit Xavier avec une vénération profonde, et accorda des conditions favorables au roi ceylanais. En même temps, il fit choix d'Antonio Moniz Barreto pour commander la garnison portugaise de Jafanapatam. Mais le prince mahométan viola plus tard les conditions du traité, et par cette conduite il attira sur sa tête les châtiments les plus rigoureux. : . -
A Baçaïm, Xavier fit la rencontre d'un jeune homme de naissance illustre, dont il déMvra l'àme du péché de la manière la plus admirable. Il avait autrefois connu dans fllalacca ce jeune homme, nommé Rodrigo de Siqueira, lorsque celui-ci, qui venait de commettre un meurtre, s'était réfugié dans l'église, et s'attendait à toute heure à recevoir la punition de son crime. Xavier l'avait confessé, avait obtenu sa grâce, et lui avait seulement imposé de quitter les Indes, où son âme était en danger de se perdre, et de se retirer en Portugal. Siqueira l'avait promis ; mais, par la faveur du gouverneur, il avait été investi d'une charge de finances à Baçaïm : il perdit la pensée du Portugal, et retomba dans une vie hcencieuse.
A Baçaïm, ainsi que nous l'avons dit, il rencontra Xavier au milieu d'une place, et s'avança pour le saluer et lui baiser les mains. Le Père, l'accueillant avec une sévérité charitable : « Étaitce là, mon fils, lui dit-il, ce que vous m'aviez promis ? Ne deviezvous pas vous rendre, par obéissance, de 3Ialacca en Portugal? » Et révélant ce qu'une vue intérieure découvrait à son esprit : « La protection du gouverneur vous a-t-elle permis de vivre comme les créatures dépourvues de raison , et de demeurer deux années sans confesser vos péchés? En vérité, mon fils, ajouta-t-il, jamais nous ne serons amis, tant que vous serez l'ennemi de votre Dieu. »
Les pieuses paroles de ce charitable Père changèrent Siqueira en un autre homme ; il confessa sa faute, et mena dès lors une vie exemplaire, s' approchant chaque semaine des divins sacrements, et pratiquant toutes les œuvres de miséricorde et de charité qui accompagnent la pratique assidue des saints mystères. Siqueira