LIVRE V. — LETTRE TROiSIÈME
VOUS en convaincre par les lettres que je vous envoie, et où ils vous rendent compte de toutes leurs affaires.
Il a plu à Dieu de rappeler de cette vie notre bien-aimé frère Francisco Adami, afin de lui accorder la récompense de ses longs et excessifs travaux. Sa mort a été digne de toute sa vie, qui, de l'opinion de tous, et comme j'en ai moi-même été le témoin, était éminemment parfaite. Il était d'une piété consommée, et rempli d'ardeur pour convertir les païens à J.-C. En vérité, je me recommande plutôt à lui que je ne le recommande à Dieu, car j'ai la persuasion qu'il jouit déjà de la béatitude pour laquelle il était né.
Je me rends présentement à Goa , pour me disposer d'avance au voyage du Japon, que je dois entreprendre au mois d'avril prochain. De Goa , j'irai à Cambaïe (1) , où je sais devoir rencontrer le vice-roi des Indes, qui se trouve en ce moment à Baçaïm, aûn d'en obtenir qu'il protège les chrétiens des Moluques et les confrères que je dois bientôt envoyer dans ces îles. L'un de ces Pères fera l'office de prédicateur et résidera dans la ville de S. M. ; il y présidera à l'établissement du collège pour les orphelins enfants des Portugais et des chrétiens du More ; on commencera, dans le même temps , la fondation d'une autre maison , où seront instruits, sur les mystères de la religion chrétienne, non-seulement les orphelins portugais, mais les Japonais, qu'avec la grâce de Dieu j'espère y envoyer. Et comme dans les Indes , nos confrères se sont rendus agréables et chers, non-seulement à l'évêque et à son clergé, mais aux ordres religieux, à tous les chrétiens et aux infidèles.
(1) Cambaïe (22» 24' lat.N.)j vjlle ancienne, sur le golfe du même nom, dans la province de Guzerate, citée par Marc Pol.
Après les \ictoires remportées en 154G sur le roi de Surate par D. Joam de Castro, le sultan de Cambaïe, enflammé de fureur, fit mettre à mort Siinam Feo, ancien envoyé du gouverneur, et plusieurs autres Portugais, ses prisonniers, au nombre de vingt ou trente, sur leur refus d'abjurer la foi de Jésus-Christ.
Peu de temps après, Cambaïe fut conquise par les Portugais.