LIVRE V. — LETTRE SIXIÈME
très-certains, que ses dispositions sont telles envers vous, que vos avis seront pris en bonne part et que vous pouvez espérer sans témérité qu'il en retirera quelque fruit.
Vous résisterez encore davantage aux prières de toutes les personnes qui vous demanderont d'être l'interprète de leurs réclamations et de leurs doléances auprès du gouverneur. Vous vous refuserez à ce genre de services avec toute la fermeté qui sera en vous, vous excusant sur vos occupations continuelles de la prédication, de l'enseignement de la doctrine, du ministère de la confession, et de la préparation à tous ces devoirs par l'étude et par la méditation. Vos travaux, direz-vous, ne vous laissent aucun intervalle pour l'affaire laborieuse et longue d'assiéger la maison des grands, pour les patients loisirs dans leurs vestibules, afin d'épier les rares occasions d'une audience toujours difficile. Vous ajouterez que, même auriezvous le temps nécessaire, et l'entrée du palais vous fût-elle ouverte à toute heure, vous n'êtes pas suffisamment assuré du succès de vos représentations ; que si le gouverneur est tel qu'ils le dépeignent dans leurs plaintes, c'est concevoir de vaines espérances que de présumer ainsi que celui que rien ne peut émouvoir, ni la crainte de Dieu ni la conscience du devoir, comme ils le proclament, sera sensible à vos sages conseils.
Vous consacrerez à l'œuvre de la conversion des infidèles à la religion de J. -C. tout le temps que vous auront laissé vos devoirs nécessaires de chaque jour. Ayez soin, surtout dans le choix (1) de vos différentes occupations , de juger toujours préférable aux autres, et comme devant passer avant elles, celles dont l'utilité vous paraîtra la plus étendue.
(1) Tursellin. — Dans l'œuvre de la religion, et pour le choix entre vos différents travaux, vous éviterez de donner la préférence aux ministères qui sont d'un intérêt individuel, ou profitables seulement à un petit nombre, sur ceux qui doivent servir à un plus grand nombre, ou même à la généralité. Les ministères dont la portée est la plus étendue doivent être préférés de vous et vous être les plus précieux.