‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 395 sur 759 · LIVRE V. — LETTRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LETTRE SIXIÈME

touchant leur salut et qui vous prendront pour arbitre de leur conscience. Et comme je prévois que vous n'aurez point d'abord à votre disposition des exemplaires de cet écrit, en quantité suffisante pour ce grand nombre de personnes, je vous conseille de le faire transcrire sur un tableau, et de le faire exposer dans un endroit public , par exemple dans l'église de Notre-Dame-de-la-Miséricorde (1), afin qu'il soit permis à ceux qui voudront en faire usage d'en tirer des copies pour eux-mêmes.

Les sujets que vous aurez jugés capables d'être utiles à la Compagnie, et que vous y aurez régulièrement admis, après qu'ils auront, selon notre coutume, employé un mois dans les exercices spirituels, vous les soumettrez à des épreuves de nature à ne prêter en aucune manière à la dérision et au mépris du vulgaire, qui en serait le témoin. Vous leur prescrirez naturellement de s'employer auprès des malades à l'hôpital, et de s'abaissera tous les ministères que réclament ce genre de maison et la guérison des différentes maladies , quelque humûiants et révoltants qu'ils puissent être. Vous leur commanderez de visiter les prisonniers dans leur captivité^ de s'appliquer à consoler et à réconforter ces personnes malheureuses, avec tout le zèle qu'inspire la charité religieuse; enfin vous leur ordonnerez d'accomplir publiquement toutes les œuvres de la même nature, qui réuniront en elles l'anéantissement de l' amourpropre avec le désir de servir le prochain.

Ne commandez point, ne permettez même point qu'ils se donnent en spectacle devant le peuple, de manière àprendre sans aucun avantage l'apparence de la folie : je n'approuve point qu'ils soient en butte à l'ironie d'une vile populace, et que leur personne, ainsi que celle des histrions du théâtre , soit l'objet d'une parodie et d'un divertissement ridicules; je veux que le peuple, à leur vue, se sente comme

(1) TurseUin.

ricorde.

Dans l'église de. Notre-Dame et daijya. celte.deia Misé-

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averti de son propre devoir, et qu'il soit porté au bien par leur exemple salutaire. C'est ce qui arrivera naturellement s'ils ne se montrent jamais en public qu'au milieu d'attributs extérieurs en rapport avec une œuvre sainte, par exemple en portant sur l'épaule le sac du quêteur, mendiant de porte en porte en faveur des indigents , et remettant ostensiblement tout le produit de leur quête à la prison ou à la maison de charité. Enfin, qu'ils remportent de ces sortes de victoires sur eux-mêmes et sur le monde, dont le spectacle édifiera le vulgaire et dont les fruits serviront au soulagement des pauvres.

Observez encore , à l'égard des expériences qui causent le plus d'horreur à la nature, de ne point y soumettre tous les sujets indifféremment; considérez d'abord quelle est la force d'âme de chacun , et quelle est la mesure de ses ressources ; tous ne possèdentpoint les mêmes facultés; les natures sont diverses, différente est l'éducation; les progrès dans la vertu ne sont point les mêmes ; et toutes ces circonstances occasionnent parmi les novices des différences considérables, dont le supérieur chargé de les former doit tenir compte avant toute chose , afin de détermmer quel genre d'exercice convient à chacun d'eux, c'est-à-dire quelle est la nature d'épreuves à laquelle chacun doit être soumis , de manière à donner une légitime espérance qu'il recueillera des fruits abondants de la tentation même, dans la mesure des grâces divines qui lui seront communiquées. Sans ce discernement de la part du maître des novices, il doit arriver que ceux qui seront chargés d'un poids supérieur à leurs forces , sentiront leur courage f aiblù"; ils tourneront leurs regards en arrière, et seront prêts à rétrograder dans leurs voies : tandis qu'ils auraient pu, sous la main d'un guide plus éclairé , accomplir avec le temps de merveilleux progrès dans la vie religieuse (1).

(1) Tursellin. — Ceux que vous aurez admis à la règle de notre Compagnie, vous ne devez pas les éprouver dans la voie spirituelle, par des expériences plus pénibles que l'esprit encore mal affermi du novice, comme le tempé-

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