LIVRE V.— LETTRE SIXIÈME
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de la procédure, dès subtilités des gens d'affaires, enfin de tout ce qui fait l'essence de la société politique et civile : aucune de ces connaissances, croyez-en mon expérience, n'est une connaissance inutile au médecin des âmes : afin que d'un regard il discerne les maladies, qu'il démêle sans peine le remède qui doit les guérir, et qu'il ait toujours en sa main le secours facile et prêt à employer pour tous les besoins des âmes.
Par là, vous connaîtrez les points sur lesquels vous devez le plus insister dans vos prédications , et ce que vous devez recommander le plus au tribunal de la pénitence. Cette science vous rendra fort, dans les conversations que vous devez avoir avec les gens du monde. Elle vous donnera ce privilège , de n'être surpris par la nouveauté d'aucun fait, de ne jamais rencontrer un cas imprévu qui vous pourrait troubler. Là vous puiserez la présence d'esprit, pour tous les cas divers qui peuvent naître sous vos pas, la force de génie qui censure toujours avec une égale supériorité, enfin l'autorité qui impose à tous. L'homme du monde qu'un religieux veut censurer se prend d'ordinaire à le mépriser ; en effet, il le croit ignorant et sans expérience. Mais s'il lui reconnaît à l'épreuve une connaissance et une expérience des affaires de la vie commune égales à la sienne, il demeure surpris, et l'admiration fait qu'il se livre à lui; bientôt il n'hésitera pas à le prendre pour guide, à se faire violence et à s'engager dans les voies ardues conseillées par ce maître. Reconnaissez donc les merveilleux fruits de cette science : et considérez avec moi , que vous ne devez pas faire moins d'efforts pour la posséder, qu'anciennement vous n'en avez faits pour acquérir la science philosophique ou théologique; or, vous trouverez cette science, non dans les livres morts, écrits sur le papier et le parchemin, mais sur les exemplakes vivants, je veux dire dans l'esprit des hommes consommés dans les affaires et profondément instruits des mœurs de leur contrée. Elle vous donnera plus de fruits que n'en produii-ait la n-véla-