LIVRE V. —LETTRE HUITIÈME
A cette heure ils emploient les connaissances qu'ils ont acquises de nos caractères et de notre écriture, et lisent couramment les livî^ qui contiennent les mystères de la religion. Chaque jour, à des heures réglées, ils récitent dans les livres de l'Église les Psaumes et les autres prières : lorsqu'ils étaient dans ces saintes occupations, un jour je leur demandai quelle était la partie de ces livres sacrés qu'ils lisaient avec un attrait plus sensible; ils me répondirent que c'était l'histoire de la Passion et de la Mort de J.-C, et nous nous sommes convaincus de la sincérité de leurs paroles, en les voyant non-seulement donner toutes les marques d'un profond attendrissement^ dans toutes les occasions où la mention et le souvenir des souffrances et de la Mort du Seigneur Jésus se présentaient à leur esprit ; mais encore ils s'y portaient d'eux-mêmes et en nourrissaient leur pensée, sans manquer jamais d'en éprouver une très-vive émotion. Pendant cette retraite d'un mois qu'ils ont faite à Goa, comme je vous l'ai dit, souvent nous les avons vus pour ainsi dire inondés de consolations célestes, et révélant leur bonheur par une abondante effusion de saintes larmes (1).
Avant de les faire exercer dans cette arène des méditations ascétiques, nous les avions occupés, durant plusieurs mois, à faire pénétrer en leur mémoire tous les articles de la Foi Chrétienne et les mystères de la Vie de J.-C, et à
veur insigne et des fruits infinis dans la méditation des choses de la terre etMu ciel. Par un rare effet de la souveraine miséricorde, ils se sont élevés à une si profonde intelligence des bienfaits divins, ils ont été comblés d'une telle abondance de grâces, qu'en vérité nous aurions désiré vous procurer une part de cette pleine moisson de bénédictions, dont Dieu les a comblés, pour ainsi dire, sans réserve.
(1) Lettre adressée à Rome : — Je leur demandais quel sujet dans leurs méditations leur inspirait une impression plus profonde et un goût plus sensible de dévotion : Les souffrances de J.-C, me répondirent-ils, et les horreurs de sa Mort. C'est, en effet, le principal sujet de leurs lectures et de leurs méditations. Pendant le temps qu'ils ont consacré aux Exercices spirituels, ils y ont puisé de célestes consolations, et y ont trouvé l'occasion de saintes larmes, dont l'effet surabondait en eux après plusieurs mois.