LIVRE V. — LETTRE HUITIÈME
une sorte de prédicaljon ; puis il leur propose à tous la matière d'une méditation d'une heure. Par exemple : Lorsque le dernier souffle est près de s'exhaler dans la mort, si l'âme, avant de sortir du corps, recouvrait la parole, quel discours tiendrait-elle au corps, au moment de ce dernier passage? Que penserait l'âine, lorsque dégagée des liens de la matière, elle éprouverait les cruelles souffrances de l'enfer, ou d'un feu purifiant allumé sous la terre? — Car ces peuples ne sont pas sans quelques notions à cet égard (1).
Après l'intervalle fixé pour la méditation, le supérieur demande à chacun le compte de ses pensées. Il donne des éloges à ce qu'il trouve de remarquable, et il blâme ce qui est moins bien. Il paraît que ces bonzes prêchent tous les quinze jours au peuple, au milieu d'une assemblée nombreuse et attentive. Souvent dans leurs discours , ils présentent le tableau des châtiments les plus terribles de l'enfer. A la vue de cette effrayante image, l'édifice est rempli des cris et des gémissements de tout le peuple, et surtout des femmes.
Je vous ai rendu les récits mêmes de Paul : je lui demandai s'il se rappelait quelqu'un des arguments de ces discours ; il me répondit qu'il se souvenait d'un seul : Que le méchant, homme ou femme, était plus criminel que le démon lui-môme; car ce que le démon ne pouvait faire luimême, il le faisait faire par des hommes ou des femmes, méchants comme lui, en leur faisant commettre mille attentats, tels que le vol, le parjure et d'autres crimes aussi graves, dont il était le premier conseiller, et dont ces gen? étaient les exécuteurs.
Paul m'a confirmé la vérité de ce fait, que toute la nation était singulièrement curieuse de s'instruire. Lorsque j'aurai des données plus précises, je vous écrirai avec plus de détail. .
(1) Lettre à Rome : — De même s'il existait quelqu'un revenu de la mort à la vie, que semble-t-il qu'il dirait aux autres hommes ?