LIVRE V, —LETTRE OI^IÉÈME
fois qu'une occasion se présentera , il saura, pbi^e bien de vos intérêts ou de ceux de vos amis, se rendre favorâbles le prince de Ternate, le gouverneur et le trésorier portugais.
Manoël de Moralez et François Gonçalez (1), qui se rendent également auprès de vous, demeureront sous vos ordres. Vous devez vous féliciter de les posséder, ainsi qu'Alphonse : ces trois Pères sont doués de toutes les qualités, qui doivent en faire espérer un puissant secours.
J'attends des lettres de votre part, qui m'annonceront qu'une moisson abondante est entrée par vos soins dans les greniers de l'Église; plût à Dieu qu'elles m'apprissent que le fils du souverain s'est déjà fait chrétien, ainsi que je sais qu'il y était disposé (2) !
Mais que contiendront vos lettres, touchant les îles du More? Entrevoit-on l'espérance d'en voir les habitants revenir à des sentiments meilleurs et songer à rentrer en grâce avec nous? Quant à vos populations des Moluques, je désire savoir si elles font paraître quelque attrait ou quelque disposition pour croire à l'Évangile qui leur est prêché. Si quelques heureuses nouvelles de ce genre vous étaient apportées des régions environnantes, je vous prie de ne pas me les laisser ignorer. Combien j'éprouverais de joie, si j'apprenais par vous que Macassar ouvre ses portes
(1) Nous ne ti>ouvons dans les auteurs aucuns détails sur ces religieux, que le P. Xavier se vit obligé de renvoyer de la Compagnie , comme on le verra dans la lettre iv^ du IV^ livre.
Un autre Manoël de Moralez vint aux Indes en 1561, et après de grands travaux à Cochin, à Ceylan et à Goa, mourut en 1553, sur la côte de la Pêcherie.
(2) Tursellin. — Veuillez m'écrire souvent touchant vos affaires, les fruits spirituels recueillis par nos Confrères, les espérances pour la propagation de l'Évangile qui s'o(^nt en ces places et à Macassar, ainsi que dans les autres îles voisines, ^Sh qu'étant instruits de toutes choses, je détermine la vocation de chacun de vous ; car si je reconnais que la moisson doit être plus grande et plus abondante, je vous enverrai plus d'ouvriers ; autrement, d'après la connaissance que j'aurai des divers pays, des Moluques et du Japon, je vous appellerai dans le champ où vos services me paraîtront pouvoir être employés avec le plus d'avantage.
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LlifiZ V. — LETTRE ONZIÈME.
à l'Évangile; que Tolo (1), que Célèbes, ne paraissent pas éloignées de croire à la religion de Jésus-Christ! Pf'ouWiez pas de me faire connaître, à l'égard du souverain sais Moluques, comment il se conduit vis-à-vis des chrétiens ; s'il est favorable, et à quel point il l'est, aux ministres de l'Évangile et aux affaires de la religion; n'omettez rien enfin de tous les détails qui pourront me faire apprécier dans quelle mesure les fruits répondent au labeur des ouvriers, et s'il est utile d'accroître le nombre de ceux-ci par de nouveaux renforts.
Faites en sorte qu'à Rome notre P. Ignace, à Lisbonne le P. Simon Rodriguez, sachent par vous combien d'idolâtres, dans le champ que vous cultivez, se sont convertis à J.-C; si vos néophytes font de grands progrès; quelle constance ils font paraître dans les persécutions ; que nos Pères connaissent la fréquence de vos prédications, le nombre des sacrements administrés; les conquêtes spirituelles des prêtres; l'assiduité, le zèle, qu'ils apportent dans leurs saints ministères ; enfin, donnez toutes les nouvelles dont la connaissance en Europe doit porter à glorifier Dieu ceux qui les recevront.
Dans ces lettres, vous devez apporter un discernement et un choix dans les faits, qui passent soùs silence tout ce qui peut atteindre indirectement les personnes, ou les offenser par une allusion téméraire; toute la substance et le style doivent être conformes à la gravité comme à la prudence ecclésiastiques : que vos récits soient de telle nature, qu'étant portés en Europe, ils puissent passer de main en main, et même être communiqués au public par la voie de l'impression : vous ne devez pas perdre de vue que les mémoires de ce genre, qui proviennent de pays si éloignés, sont
(1) Célèbes. — Du 2o N. au 6° S. — Grande île, dont Macassar était l'une des villes principales, séparée de Bornéo dans toute sa longueur par le détroit de Macassar. Les Portugais furent en relation avec Célèbes dès l'année
Tolo. — Partie de l'ile de Célèbes, sur la baie qui porte son nom.