‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 455 sur 759 · LIVRE V. —LETTRE TREiZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE V. —LETTRE TREiZIÈME

l'Église, j'éprouve un sentiment d'humiliation très-profonde , et je me sens anéanti par la conscience de ma propre lâcheté. %

Apprenez donc que François Pérez, dans ses disccmrs publics et dans ses entretiens particuliers, ramène dans les voies d'une conversion sincère un nombre de personnes si considérable, qu'il suffirait , %our occuper entièrement six prêtres, d'une expérience consommée dans le ministère de la confession , et qui n'auraient pas d'autre occupation pendant tout le jour.

Néanmoins le même homme ajoute à toutes ces œuvres, de remplir auprès de la Confrérie de la Miséricorde toutes les fonctions d'un chapelain particulier; et vous savez combien ce ministère est laborieux et rempli de détails. Que vous dirai-je, si ce n'est de confesser encore que je dois être pénétré de honte, ou nier l'évidence, moi, dis-je, et tous ceux qui me ressemblent, qui sont sains et valides comme je me sens, qui sont inutiles comme je suis, à la vue d'infirmes et de valétudinaires, qui reviennent de la moisson, chargés de la récolte immense de toutes ces âmes, arrachées par eux aux entrailles de l'enfer.

Le compagnon de Pérez, Roch d'Oliveira, ne travaille pas à l'œuvre divine avec moins d'ardeur ni de fruit: il dirige une classe nombreuse des enfants de la ville ; il enseigne aux uns à lire et à tracer nos caractères, et àiix autres il fait apprendre la grammaire latine. Il y a long^ temps qu'il a commencé cette œuvre; et déjà plusieurs de ses élèves ont achevé de s'histruire et terminé le cours des leçons qu'ils étaient en état de recevoir; en rentrant dans leurs familles, ils ont fait paraître, par l'innocence de leur vie, et par la bonne odeur de leurs exemples en toutes circonstances, à la vive satisfaction de leurs parents et de leurs compatriotes, la différence qui existe entre la jeunesse bien instruite et celle qui est demeurée sans culture. Ces enfants lisent couramment et comprennent, autant qu'il est nécessaire, un abrégé concis de la doctrine chrétienne; ils

W'thk

.-là

• 1ï>^EETTRE TREIZIÈME^'

ptsuvent 4irè dtif^èurs livres les prières de l'Église. La modestie de leur maintien inyite ceux qui les regardent à glorifier et à remercier Dieu ; car, dans leur extérieur et dans leur démarche, ils ne sont pas inférieurs aux novices des Ordres religieux d'Europe. Jamais personne ne les a entendus proférer une parole ^rossièrerni un jurement, une parole qui soit déplacée, aucune même de ces expressions qui sont sans gravité, et qui olDtiennent aisément l'indulgence.

Au nombre des excellentes pratiques que notre Roch a instituées parmi cette jeunesse, nous avons surtout remarqué la coutume de faire souvent figurer ses élèves en ordre de procession, par longues files parallèles, tenant les yeux baissés, s' avançant d'un pas -grave et lent, et chantant à deux chœurs lés litanies ou d'autres morceaux de musique sacrée. On est très-curieux, en général, de ces cérémonies : on aime à les contempler ; et souvent elles ont pour effet d'ajouter à la dignité des funérailles; toutes les fois qu'il vient à mourir un de nos chrétiens, les plus grands des élèves prennent sur leurs épaules le cercueil du défunt et le portent ainsi jusqu'au lieu de la sépulture.

Tous ces enfants savent par cœur, sans hésitation, l'Oraison dominicale , la Salutation angélique, le Symbole des apôtres et quelques autres formules de prières chrétiennes ; ils les récitent en toute occasion et sans faire de fautes. Tous les jours ils assistent ensemble au sacrifice de la Messe avec un profond recueillement et sont tous en état de la servir dignement. Au lever du jour, ils se réunissent à l'école; ils s'y rendent encore dans l'après-midi, et, après qu'ils ont entendu dans l'église l'explication de la doctrine chrétienne, que Ferez leur enseigne chaque jour, ils reçoivent la leçon que'donne Oliveira. Après avoir entendu et répété la leçon , et terminé les différents exercices de la classe, tous se mettent à genoux et prononcent, à haute voix et à l'unisson, les prières chrétiennes. Ce spectacle, dont j'ai été témoin, a pénétré mon âme d'une consolation infinie, ft-iez Dieu, je vous en conjure, afin

Page 1