LIVRE V.— LETTRE QUATORZIÈME
contré mon ancien et excellent ami Christophe Carvalho. n n'est point marié ; il aime la vertu, il est riche, honorable, plein d'intelligence, et il occupe un rang distingué. Je l'ai vivement engagé, par le zèle qui me fait désirer le salut de tous, je l'ai conjuré , au nom de notre amitié et de son amour pour Dieu, de mettre un terme à son existence agitée et à des habitudes de vie errante, qui exposent et compromettent souvent la fortune et la vie, et, ce qui est d'un intérêt bien supérieur, le salut éternel. Pourquoi, lui disœs-je, être toujours voyageur, étranger en tous lieux , n'habiter qu'en la maison d' autrui, et ne s'arrêter jamais dans un domicile personnel? Ne se donnerait-il jamais le loisir de se recueillir en lui-même et de mettre ordre aux affaires de sa conscience ? Alors il me témoigna qu'il entrait dans les vues de mon amitié : il m'avoua même qu'il avait sou" vent éprouvé les ennuis de cette existence errante. Assez longtemps un navire avait été sa demeure, et il était heureux de tourner ses regards vers le port et vers la sécurité d'une résidence plus paisible. Enfin, il était résolu de s'arrêter en quelque lieu, et de recueillir, sous un toit domestique, les fruits de ses longues et heureuses entreprises ; de faire servir les biens considérables qu'il avait amassés à des usages dont la charité, la religion et sa légitime reconnaissance envers Dieu, l'Auteur de tous biens, lui faisaient un devoir ; en même temps qu'il céderait à l'invitation pressante de son âge déjà mûr et au soin nécessaire de sa santé. *^
Notre entretien se prolongeait en ce sens, lorsqu'il me vint l'heureuse pensée de songer à cette charitable dame, qu'en raison de son affection, pour ainsi dire maternelle, envers notre Compagnie , confirmée par tant de preuves journalières, et par un zèle si dévoué pour nos intérêts , nous avions coutume d'appeler notre mère.
J'aiproposé à Carvalho de s'unir à la fille de cette dame. J'ai dépeint, comme je les connaissais, l'excellent caractère de la jeune fille, sa vertu, sa pureté de mœurs; et je n'ai