LIVRE VI. — LETTRE SIXIEME
suivre leur exemple, ni parents ni proches ne leur feraient éprouver aucune contradiction.
Cependant les bonzes sont allés trouver le roi, c'est-à-dire le seigneur suzerain de plusieurs villes, qui jouit d'ailleurs d'un pouvoir très-étendu , et lui ont déclaré que s'il permettait à son peuple d'embrasser la religion de J.-C, toute sa puissance en serait anéantie; que les dieux de la nation, c'est-à-dire les idoles, tomberaient dans le mépris public ; que la loi du nouveau Dieu se trouvait en opposition directe avec les lois japonaises; que naturellement ses adhérents renieraient les auteurs vénérables des lois antiques, et que ce résultat ne saurait se produire sans ruiner la constitution nationale et sa propre domination; qu'il portât donc ses regards vers les saints législateurs du Japon, et que reconnaissant la loi du nouveau Dieu pour l'ennemie la plus avérée de l'ancienne loi, il édictât, sous peine de mort, la défense pour l'avenir de se faire chrétien. Ce prince, ému par ces discours, fit paraître un édit conforme à la requête des bonzes.
Pendant ce temps, nous étions occupés à instruire les néophytes, à étudier nous-mêmes la langue japonaise et à traduire en cette langue les articles de la foi chrétienne. A l'occasion de la création du monde, nous indiquions en peu de paroles ce qui nous paraissait le plus nécessaire à connaître pour cette nation, un Dieu unique, seul auteur et créateur de l'univers; notion qui leur était tout à fait étrangère , ainsi que celles des autres vérités essentielles au salut, et principalement celle d'un Dieu fait homme. Nous avions soin d'exposer en détail tous les principaux mystères qui apparaissent dans la vie de J.-C, jusqu'à son ascension au ciel, et les causes du dernier jugement. Après avoir traduit cette œuvre en japonais, non sans de grandes difficultés, nous l'avons transcrite en lettres européennes. Nous l'avons ensuite fait lire aux personnes qui désiraient s'instruire de la rehgion, afin que les néophytes connussent parfaitement la manière véritable et salutaire d'adorer