CHAPITRE SEPTIÈME
qui contient l'effusion de tous ses sentiments à l'égard des Pères de la Compagnie de Jésus. - . ' . . ^ ^^
Pendant les deux mois que le P. Xavier demeura dans Goa, et taudis que les facteurs de Pereira préparaient tout pour l'ambassade chinoise, l'Apôtre ne demeura point oisif. Ce grand capitaine de l'armée de J. -C. , et nous nous exprimons ainsi, parce qu'à l'exemple de son maître Ignace, et selon les paroles réitérées de la divine Écriture, la guerre sainte est la vie du chrétien: — nous serions infini si nous voulions réciter toutes les expressions des saints Livres dont les images sont tirées de cette guerre sublime, — ce capitaine héroïque voulut désigner à ses lieutenants tous les postes les plus périlleux et ceux qui devaient, après le succès, être les plus féconds; 11 disposa toutes choses pour la dilatation*de la foi dans les vastes conquêtes déjà commencées, et qui s'am- *;^. piiliaient tous les jours dans les Indes, afin de laisser derrière !^ lui des bases solides, qui dussent constituer une Église éner^^m^^ et vivace.
Le P. ÎMelchior Nunez fut choisi pour.Baçaïm, et Gonçalo Roclriguez pour Tana. Le P. François Henriquez fut envoyé à Cochin, le F. Louis Mendez à la Pêcherie, où ce vaillant apôtre souffrit glorieusement la mort pour l'amour de Jésus-Christ: Joam Lopez alla rejoindre, à Méliapour, le P. Alonzo Cypriano. Enfin, le P. Xavier désigna, pour l'accompagner au Japon, le P. Balthazar . Gago et les FF. Edouard de Silva et Pero d'Alcaceva.
Dans le collège de Saint-Paul , qui comptait alors trente sujets de la Compagnie, le Père nomma recteur, en même temps qu'il lui conféra l'autorité de vice-provincial, le P. M° Gaspard Barzée. Barzée, anéanti par l'humiUté, et qui, s'il eût osé se permettre un ' désir, aurait formé celui de suivre à la Chine son Père bien-aiméj^; , s'humilia sous la charge imprévue de ce gouvernement. Xavier i|aurait désiré lui-môme se l'associer pour compagnon dans ses nou- '^ velles œuvres ; mais l'intérêt de la religion dans les Indes avait' désigné Barzée au choix de l'Apôtre , et tous deux se soumirent : Xavier, pour obéir à Dieu, Barzée, pour obéir à son Père spirituel (1). - -.
(1) Nous verrons, dans les Lettres, les admirables enseignements que laissa le P. Xavier à tous ses religieux. ( Voy. Lettres au P. Gaspard Barzée(ii, 33, 375 et suiv.) ; aux. ouvriers apostoliques du Travancore (i, 264); , au P. Paul tleCamerino (il, 734)j auF. JoamBravo (u, 136). sF '
VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER
Le P. Lucena, rappelant les derniers entretiens de Notre-Seigneiir avec ses disciples avant la fête de Pâques , et lorsque le divin Jésus était sur le point d'aller vers son Père , exprime humblement la pensée que Xavier, en imitation et comme en participation de ce testament de notre Sauveur, consolait alors ses Frères par des leçons plus intimes , par des exemples plus touchants, pa:r, des miracles plus sensibles et plus prodigieux. Ses discours étaient tous de la perfection religieuse, de l'oraison et de l'union intérieure avec Dieu, de la mortification, de la pénitence, de l'humilité, de la sainte pauvreté, de la chasteté sans tache: ses dernières paroles , celles qui se trouvaient toujours sur ses lèvi'es, recommandèrent aux reUgieux de la Compagnie la persévérance dans leur vocation, l'amour de leur Institut, la connaissance approfondie de leur néant , la prompte obéissance d'action, de volonté, d'intelligence.
Le P. Xavier, désirant faire connaître au souverain pontife et au P. Ignace l'état de la reUgion dans les Indes, désigna le F. André Fernandez pour aller rendre compte des œuvres accomphes, et solliciter de nouveaux ouvriers, pour la moisson nouvelle qui n'attendait à cette heure que des paroles d'Apôtre pour la faire germer, que le sang des martyrs pour la féconder, et que la main d'autres saints pour la recueille. Fernandez fut porteur des lettres précieuses (II, 289, 296, 306) que Xavier écrivit alors au P. Ignace, au P. Simon Rodriguez et au roi Jean îll. André Fernandez obtint tout le succès que désirait Xavier, et, dans les années qui suivirent , des ouvriers nombreux vinrent travailler et souffrir dans les Indes, le Japon et la Chine, pour le nom de Jésus-Christ : et leurs œuvres ainsi que leurs noms vivront éternellement. ^'1'
Avant de s'éloigner de Goa, le Père avait fait un exemple sévère en la personne d'Antonio Gomez , membre de la Compagnie. Gomez, noble portugais et canoniste très-éminenl, avait, au moment d'entrer au noviciat, distribué tout son bien aux pauvres. Sa prédication, qui, dans le Portugal, accomplissait des merveilles, l'avait fait choisir par le P. Rodriguez pour être recteur du collège de Goa.. Mais plus zélé que sage, il voulut agir dans les Indes comme il eût fait en Europe, et il entreprit dès l'abord des réformes extraordinaires : en même temps, il obtenait des conver-
^■^ '. " -7-^JWj^^^^^'