LIVRE VIL — LETTRE Sl-1Z!ÈME
mais il se pout faire que les soins de l'État les aient effacés de son esprit, et pour assurer ma conscience, que j'y regarde comme engagée, je vous prie de les rappeler à son souvenir. Ne serait-il pas déplorable d'apprendre que de nombreuses flottes parties de la Nouvelle-Espagne pour les fles d'Argent eussent péri dans leur expédition? D'ailleurs, à l'exception du Japon , il n'existe point d'îles dans cette partie de l'Orient qui renferment réellement destines d'argent.
Je vous recommande encore d'accueillir parfaitement les deux Japonais, et de faire qu'ils apprécient tout ce qu'ont d'admirable nos églises, nos universités , et les autres meiTeiUes de l'Europe. En vérité, j'ai la confiance qu'ils seront saisis d'étonnement à la vue des richesses et de la puissance des chrétiens. Bernard ainsi que Mathieu ont longtemps vécu dans ma compagnie au Japon. Ce sont des hommes peu favorisés du côté de la fortune, mais remphs de foi : ils s'étaient attachés à moi , et m'ont suivi, à mon retour du Japon aux Indes , dans l'intention de se rendre en Portugal et de là à Rome. Les Japonais de noble condition n'éprouvent point le désir de visiter les pays étrangers, quoiqu'il y ait quelques-uns de nos néophytes qui penseraient au voyage de Jérusalem , afin de vénérer les heux où est né et où a souflert N. S. J.-C. Mathieu et Bernard avaient les premiers ce dessein; mais , après avoir vu les' magnificences romaines, je ne sais s'ils iront jusqu'à Jérusalem. Sans doute,'j'aurais désu'é vous adresser en Portugal quelques bonzes lettrés, afin de vous donner la mesure des esprits japonais , les plus pénétrants et les plus sages du monde; mais la plupart, nobles et vivant dans l'aisance, n'ont pu consentir à s'absenter de leur pays, même pour un temps. J'ai tenté de même d'emmener avec moi d'autres néophytes, que les difficultés d'un voyage de mer, et surtout d'un voyage prolongé, ont fait renoncer à m'accompagner. Je vous prie dqnc de diriger ceux-ci, Mathieu et Bernard, vers Borne, ef; de les renvoyer an Ja-
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