LIVRE VU. — LETTRE SEIZIÈME
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Les Japonais sont pleins de mépris pour toutes les autres nations auxquelles ils se comparent : et c'est la raison qui les a empêchés d'entrer en relation de commerce avec aucun peuple jusqu'à l'arrivée des Portugais, il y a huit ou neuf ans. Les Espagnols ont surnommé ces îles les îles d'Argent : au Japon , des Portugais m'ont affirmé que les Espagnols se rendant aux Moluques naviguent d'ordinaire parallèlement aux rivages du Japon , mais que si l'un de leurs navires tentait d'y aborder, il se briserait infailliblement. Les Japonais en donnent pour raison que la mer du Japon, dans la partie où se fait la traversée de la Nouvelle- Espagne (1) au Japon , est remplie de récifs où les navires s'engagent et se perdent. Je vous donne ces détails afin que leurs majestés , informées par vos soins, puissent écrire à l'empereur Charles (2), roi d'Espagne, afin de le détourner d'envoyer ses flottes de la Nouvelle-Espagne pour s'emparer des îles d'Argent : ses navires, ainsi qu'il arrive à présent, périraient jusqu'au dernier. Et si par un événement de fortune, on abordait sans accident dans ces îles, lorsqu'on essaierait de s'en rendre maître par les armes , on aurait à combattre un peuple aussi belhqueux qu'avide de pillage, et qui serait en état de triompher d'une flotte, si nombreuse qu'elle pût être. Le pays, de plus, est si stérile et les solitudes si vastes, que des armées étrangères y seraient vaincues par la seule famine et sans combat. 11 règne aussi dans les parages de ces îles de si effroyables tempêtes, que les vaisseaux espagnols , sans un port ami pour s'abriter, seraient voués à une perte certaine. Enfin, je le répète, les Japonais sont tellement passionnés pour les armes de guerre, que le seul attrait de piller les armes des Espagnols, je le présume au moins d'après leur génie et leurs mœurs , leur ferait massacrer jusqu'au dernier de ces étrangers. J'ai déjà fait part de ces faits à sa majesté,
(1) Le Mexique.
[2 Charles-Quint.
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