CHAPITRE HUITIÈME (1552). CXXIX
dangers qu'il encourrait lui-même en introduisant le missionnaire sur le sol de la Chine, n'avait plus reparu.
Une seule espérance était demeurée dans l'esprit du Saint: c'était de revenir à Malacca, pour se joindre à l'ambassade que, tous les deux ans, le roi de Siam, état de l'île de Macassar, envoyait à l'empereur de la Chine, à titre d'homiiiage.
Mais Dieu, dit le P. Bouhours, inspire quelquefois de grands, desseins à ses serviteurs, et ne veut pas toujours qu'ils les accomplissent, quoiqu'il veuille que, de leur côté, ils n'épargnent rien pour les exécuter.
Ce fut alors, vers le 20 novembre, que le P. Xavier fut repris de la fièvre et qu'il connut, par un avertissement divin, le jour et l'heure de sa délivrance terrestre, ainsi qu'en témoigna, dans le procès de canonisation, Joam d'Aghiar, pilote du navire, à qui le P. François l'avait fait connaître.
Au temps donc où Xavier dilatait sa charité pour attirer à Jé- * sus-Christ un peuple immense, et, pour ainsi dire, un nouveau monde, le divin Maître voulut consommer l'apostolat de ce glorieux serviteur, en attachant son âme à la Croix. Les Indes et le Japon, où nos annales nous apprennent qu'un million d'âmes lui ont dû la foi, suffisaient à la carrière de l'Apôtre ; et la Chine, qui avait si longtemps cherché le don de Dieu, qui avait si souvent envoyé de ses sages pour aller au-devant du Révélateur et du Sauveur annoncé dans les traditions universelles, ne devait pas recevoir encore ce don de Dieu, dont l'heure est le secret de la Providence : ce don devait être seulement l'héritage spirituel d'autres enfants de la Compagnie de Jésus, des premiers successeurs de Xavier,
En présence du détroit dont l'extrême horizon était la Chine, conservant en sa douloureuse pensée le souvenir des contradictions suscitées par D. Alvare d'Ataïde, et dans la vaine attente du marchand chinois qui devait l'introduire dans cette terre promise, le saint Père ne demandait à Dieu que d'être prisonnier dans Canton, ou esclave dans le palais de Pékin, afin d'y annoncer l'Évangile.
MaisDieu, qui voulait couronner son Apôtre, permit qu'il fût abandonné de tous les Portugais, qui tremblaient au seul nom d'Ataïde. Infirme et épuisé par deux mois de maladie, Xavier demanda, vers le milieu de novembre, d'être recueilfi dans le vaisseau qui servait
VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER
d'hôpital, et il y fut reçu à titre de pauvre. Trop languissant dans cet asile, à cause de l'agitation de la mer, il descendit de nouveau sur le rivage, où il vécut encore deux semaines, exposé aux injures de l'air, et abrité seulement par un toit de paille; enfin, un Portugais, plus charitable que les autres, le reçut dans sa cabane, lorsqu'il était négligé de tous, et semblable, dans son délaissement, à son divin Maître, à l'Homme de douleurs, à Notre-Seigneur Jésus- Christ. Sa nature, affaibhe par la maladie et par d'imprudentes saignées, lui occasionnait sans cesse de douloureuses convulsions ; mais son visage était toujours serein, et ses yeux étaient constamment fixés vers le ciel ou sur son crucifix.
Lorsque, le 28 novembre, la connaissance l'abandonna pour trois jours, ses continuelles paroles n'étaient que de Dieu seul et du regret de la Chine. Nouveau Moïse , il avait entrevu la terre de Dieu, et il sentait qu'elle lui était fermée. Et lui, qui demandait autrefois à son Sauveur une plus grande abondance de douleurs, avec la grâce de les supporter pour son amour, répétait ces admirables paroles: Ampliùs, Domine, ampliùs! (Plus encore, Seigneur, plus encore!). Mais, soumis à la volonté du Père céleste, il acceptait tout de sa main, répétant sans cesse, avec le lépreux de l'Évangile : « Jésus, fils de David, ayez pitié de moi ! » et ces autres paroles : « O Trinité sainte ! » qui étaient son invocation de tous les moments. Il disait encore à la Vierge Marie : « Montrez que vous êtes notre mère ! »
Le vendredi, 2 décembre 1552, à deux heures après-midi, jour de la semaine consacré a la commémoration de la Passion du Sauveur sur la Croix, il rendit l*âme, en prononçant ces paroles : J'ai espéré en voiis^ Seigneur^ et je ne serai pas confondu dans l' éternité {l). '•
L'heure était venue, oii saint François-Xavier, patron dans le Ciel de la mission de Chine, allait devenir le médiateur de l'apostolat de ses Frères, et les intioduiro comme par la main dans le nouveau champ du Père de FaiiriUe. Cette légion apostolique qui, sur les pas et sous le patronage de notre Saint, s'est multipliée comme à l'infini, a placé les Églises du Japon et de la Chine en un rang
(1) Psal. XXX, 2.
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