‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 65 sur 759 · CHAPITRE HUITIÈME (1552). CXXTII · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME (1552). CXXTII

secours : enfin, vous ne mourrez point sans connaître à l'avance le temps de votre mort- «i^vt^'l ^ : - v ,

Depuis ce jour, Vclho, par une grâce bien digne d'être remarquée, et qui fut le gage et le sceau de la bénédiction de l'Apôtre, Velho devint un autre homme. D'un chrétien régulier, il devint un saint : et, marchand par sa profession , il vécut dans le monde comme un religieux, consacrant toutes ses pensées et tous les actes de son existence à la dévotion la plus fervente, et surtout à la pratique assidue des œuvres de charité. Il éprouvait, dans cette vie parfaite, une consolation profonde au souvenir de la promesse du saint, que l'heure de sa mort lui serait révélée d'avance.

En effet, Velho s'étant retiré à Macao, parvint heureusement à un âge très-avancé ; et dans les chances de fortune qui lui furent défavorables, il se vit constamment assisté <ie ses amis, et se releva toujours. Enfin, averti par un signe que le Saint lui avait fait connaître (1), il mit ordre à ses affaires et se prépara pour mourir. Il demanda que l'on célébrât, dans l'église, un service solennel pour le repos de son âme ; et après avoir reçu les derniers Sacrements, il se coucha dans son cercueil, et entendit ainsi les dernières prières, à la fin desquelles il expira doucement, vérifiant, dans cette mort, la prédiction du Saint. -

Xavier reçut, dans San-Chan, d'autres lumières prophétiques. Il connut et révéla le danger et la délivrance d'un vaisseau, surpris par un typhon et que l'un croyait perdu. Il découvrit de même aux Portugais la querelle qui s'éleva dans ce temps entre Alvare de Gama, gouverneur de Malacca, et D. Bernardo de Souza, capitaine de mer, arrivé ioouvelle oient des Moluques dans cette ville. ■: -i-

Par les prières de l'Apôtre, un enfant fut ressuscité; mais ni les histoires contemporaines, ni les actes mêmes de la canonisation né contiennent de détails sur cette grâce insigne.

Enfin, l'île de San-Chan fut délivrée par lui des tigres qui l'infestaient et qui dévoraient les habitants, si ceux-ci venaient à s'é-

(1) Xavier lui avait dit : « Lorsque vous trouverez le vin amer, vous serez près de voire mort. » Dans un repas qu'il donnait à ses amis, Velho trouva le vin amer, et lui seul ressentit cette impression, quoiqu'il eût fait goûter le même vin à ceux qui l'entouraient. Il s'aperçut alors que l'heure était venue, et se recueillit en vue de sa mort.

CXXVIIT VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

ççarer le soir loin des habitations. Une nuit, Xavier sortit de son ermitage, et s'avança au-devant des tigres: dès qu'il les aperçut, il leur jeta de l'eau bénite , et leur commanda de se retirer et de ne jamais reparaître. Et dès ce temps les tigres disparurent de l'île. Ainsi, nous voyons dans d'autres histoires, et dans celle, entre autres, d'un autre François, le patriarche des Frères-Mineurs, les animaux sauvages obéir au commandement des saints.

Les Portugais essayèrent en vain de détourner le Père du voyage de la Chine, lui représentant les lois rigoureuses qui fermaient cet empire à tous les étrangers, la captivité, les tortures et la mort même qui l'attendaient au seuil, et l'inutilité de son zèle. Mais Xavier, espérant contre l'espérance, téméraire aux yeux dès hoiimics, mais reposant en Dieu toute sa confiance, cherchait, sans s'émouvoii", les moyens de pénétrer dans cette terre offerte à son courage, et que son doigt devait seulement désigner à ses fils dans l'apostolat.

Alors Dieu permit que tout lui manquât, et nous suivons, dans les lettres du Saint (II, 377 et 11), les vicissitudes nombreuses de ses espérances et de ses dispositions. Deux interprètes successivement lui firent défaut. Un marchand cliinois devait le transporter, moyennant un salaire énorme, dont Pereira avait fait les frais, — ce Pereira, que nous retrouvons encore, et de qui la mémoire sera bénie aussi longtemps que se conservera le souvenir de notre Saint : — le marchand ne tint point sa parole, et Xavier demeura parmi les Portugais, s'appliquant aux devoirs du saint ministère, çt attendant l'heure de Dieu.

Cependant les Portugais eux-mêmes s'éloignèrent de l'île; et le navire la Sainte-Croix, dont le chargement n'était point complet, demeura seul au port.

Xavier fut affligé d'une lièvre qui le fit demeurer alité durant quinze jours, mais il espérait toujours. Dieu, qui voulait l'éprouver jusqu'à la fin, et l'abreuver au divin calice des humiliations el des souffrances , permit que l'équipage de la Sainic-Croix finît par le délaisser dans ce moment extrême, et , par crainte du gouverneur D. Alvare, on lui refusa la plus simple assistance et les nécessités mêmes de la vie.

L'interprète chinois qui devait l'accompagner venait de retirer sa parole, et le marchand cantonais, effrayé sans doute par les

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