LIVRE VIII. — LETTRE HUITIÈME
LETTRE VIII
A DIogo de Pcreira.
Que la grâce, etc.
Seigneur, plein d'un tendre regret, après ra'être éloigné de votre personne si chère, je sens mon esprit déchiré par la pensée et comme par l'image du péril dans lequel je vous ai laissé, lorsque vous êtes exposé chaque jour aux influences d'une contagion mortelle , sous un ciel dont l'air est un poison , au milieu d'une population infectée et gisante. Ces inquiétudes vous ramènent sans cesse en face de ma pensée, et pénètrent mon cœur des angoisses les plus amères, par la crainte qu'un sort immérité et contraire à mes plus ardents désirs ne soit votre partage.
Sur ce navire où nous sommes, tous vos gens, connaissant vos intentions, me comblent d'égards et de soins, et l'on nous procure abondamment tout ce qui nous est nécessaire, non-seulement pour l'existence de moi-même qui suis en santé , mais pour le rétablissement de mes compagnons que vous avez vus malades au départ. Or, tous ces malades, par un eflet de la divine miséricorde, — car nous avons l'assurance que Dieu nous fait miséricorde, alors qu'il étend sa main contre nous; et, venant de la main divine, les peines ont la vertu de grâces, — tous ces malades, par un bienfait divin , dépérissent de jour en jour. La mesure de mes peines intérieures, et des vives angoisses qui me consument, est connue seulement du Seigneur, qui nous console et qui nous afflige au gré de sa volonté, de qui la Providence nous dispense avec une économie adorable les douleurs ainsi que les joies : et à qui louange et gloire soient à jamais rendues au ciel et sur la terre par l'universalité des êtres ! , ^
Je vous transmets, Seigneur, les lettres que j'adresse à