LIVRE Mil. — LETTRE HUITIÈME
sa majesté et au vice-roi des Indes, tout ouvertes, et le sceau détaché, pour que vous ayez la faculté de les lire ; et vous les fermerez ensuite. En vérité, seigneur, j'aurais désiré, dans votre intérêt, que la lettre que j'écris au roi, pût être, dès cette année môme, portée en Portugal par l'un de vos amis, qui la ferait présenter à sa majesté, et qui rapporterait le décret royal qu'il aurait obtenu ; car je ne crois point être téméraire, en présumant que ce décret sera ce qu'il nous importe à tous deux qu'il soit; et vous savez combien il est nécessaire qu'il nous parvienne rapidement. Vous pourrez faire voir cette lettre à D. Pedro ; sans doute il sera satisfait d'y lire les termes dans lesquels je parle à son sujet à sa majesté. Vous aurez remarqué que ma lettre est écrite en double expédition, dont l'une est close, et l'autre est ouverte , pour, après sa lecture , être fermée par vous. Vous enverrez les deux expéditions dans des dépêches et par des navires différents. L'une des deux pourrait être utilement confiée, si je ne me trompe, et si vous n'y voyez point d'inconvénient , à D. Pedro lui-même qui va se rendre auprès de S. M. : je voudrais que le soin de porter l'autre expédition ne fût confié par vous qu'à l'un de vos amis les plus sûrs, à un homme qui vous paraîtrait assez fidèle et assez prudent pour ménager et faire réussir une affaire intéressant à un si haut point votre fortune et votre honneur. Mais j'abandonne entièrement toutes choses à votre discernement et à votre sagesse.
Je vous invite, seigneur, de la manière la plus instante à veiller scrupuleusement sur votre existence, sur votre santé, enfin sur vos intérêts temporels ; avant toutes choses, tenez-vous éloigné de la contagion et de tous rapports compromettants avec les personnes atteintes par le fléau, ou avec celles qui les servent ; ensuite soyez attentif pour votre fortune, et n'agissez en rien témérairement : réglez toutes choses avec circonspection et avec la maturité de la raison; en accueillant les bons offices de ceux qui se montreront vos amis, ne vous livrez trop aisément à per-