LIVRE VIII. —LETTRE ONZIÈME
A François Ferez, de la Compagnie de Jésus.
Que la grâce, etc.
Nous sommes arrivé, avec la grâce de Dieu, dans le port de Sr.n-Chati, à 120 milles de Canton. Au sortir du vaisseau, j'ai fait élever une cabane où j'ai célébré tous les jours le Saint-Sacrifice, jusqu'au moment où je suis tombé malade. J'ai souffert de la fièvre seulement pendant quinze jours, et Dieu m'a rendu la santé. Je ne manque pas d'occupations saintes : j'entends les confessions, j'apaise les différends et j'accomplis nos autres ministères.
Un grand nombre de marchands chinois de Canton abordent en cette île pour leur commerce ; et plusieurs fois les Portugais se sont adressés à eux pour en obtenir qu'ils me procurassent mon passage à Canton ; mais tous s'y sont formellement refusés, déclarant que leur vie et leurs biens seraient en grand péril, si le gouverneur de cette ville venait à en être instruit, et par aucun moyen l'on n'a pu les décider à nous accueillir sur leurs jonques.
Enfin on a découvert, sans doute parla permission divine, un marchand cantonnais assez honnête , avec qui je me suis mis d'accord moyennant 200 pièces d'or. Il s'engage à nous faire passer dans une petite barque, qui ne renfermera personne autre que ses enfants et quelques esclaves sûrs, afin que si le gouverneur de la ville a jamais soupçon de l'affaire, il ne puisse apprendre, par l'équipage, le nom de ceux qui m'auront conduit à Canton. Il doit nous faire demeurer dans sa maison, avec nos livres et notre bagage, durant trois ou quatre jours, et un matin de très-bonne heure nous conduire à la porte de la ville, et dans le chemin qui mène au gouvernement. J'irai droit vers le vice-roi, je lui déclarerai que je suis venu pour annoncer la loi de Dieu et les voies du salut au souverain de la Chine, et je lui
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