LIVRE VIII. — LETTRE DIX-SEPTIÈME
la Chine. Si cette prévision s'évanouissait elle-même , par quelque circonstance malheureuse, alors je me dirigerai de nouveau vers les Indes. Mais j'ai l'espérance en mon âme de n'être pas obligé d'en venir à cette résolution extrême , et je persiste à croire que mes premières espérances seront réalisées , que mes vœux seront comblés et que je unirai par poser le pied sur la terre chinoise.
Une vérité m'est démontrée par les preuves les plus évidentes, et je vous la confirme en toute assurance, désirant vous en convaincre pleinement. Le démon éprouve une indicible horreur de l'entrée delà Compagnie de Jésus en Chine, et toutes les tentatives en ce sens paraissent le blesser en la prunelle même de ses yeux : il le fait voir par ses emportements sauvages. Il se cabre avec fureur, au-devant de nous , et souvent il éclate en transports furieux. Recevez de moi l'assurance la plus positive qu'en ce port de San-Chan je trouve à chaque heure de nouveaux obstacles pour notre passage en Chine. Sans cesse il en accumule devant nous, commue si les premiers n'étaient rien et rendaient de nouveaux obstacles toujours nécessaires ; et je ne saurais les exprimer dans une lettre ou par des paroles, sans m' exposer à devenir infini. Je le sens, avec évidence, l'attaque a sonné dans les camps de l'enfer, et les esprits de ténèbres, réduits au désespoir, * se sont tous rassemblés en armes, pour défendre contres 'Bous leurs derniers retranchements. Mais ce qui ne doit pas vous être moins évident, et dont j'ai la conscience, me trouvant affermi dans le secours , dans la grâce et dans la faveur indéfectibles de Dieu Notre-Seigneur, c'est que Jésus-Christ, notre Rédempteur et Sauveur, déjouera les funestes desseins et anéantira les criminelles espérances de l'ennemi du salut des hommes, et le couvrira de confusion en présence de tout l'univers. La gloire de la Majesté divine y éclatera d'autant plus, que l'instrument de ces merveilles aura été plus humble, en la personne de celui qui est le dernier et le plus vil des hommes , pour abattre ce su-