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saint père Ignace. O mon Père Simon, quelles obligations m'emgagent envers vous tous! Que rendrai-je au Seigneur, pour toutes les grâces dont il m'a comblé! Il ne me reste à cette heure qu'à m'anéantir et à verser des larmes. Et si j'éprouve une reconnaissance aussi vive, que doivent dire d'eux-mêmes ces anges qui peuplent la maison de Coïmbre? Béiiie soit l'heure où vous êtes entrés, mes Frères, dans la Compagnie de Jésus-Christ ! O sainte plante, enracinée dans la connaissance de soi-même par la main de Jésus-Christ, arrosée de son précieux sang, labourée par les martyrs, entourée et défendue par les confesseurs, veillée par les vierges, vénérée par les anges, aimée de Dieu le Père, dirigée par l'Esprit-Saint, nommée et possédée par Jésus-Christ! En vérité, vous me paraissez, ô Société sainte, comme une plante nouvelle ; mais vous êtes une plante énergique et vivace. Vous avez été traiisplantée dans la pauvreté de Jésus-Christ, et vous étendez vos racines jusqu'à la mer, et vos branches jusqu'à l'eau des fleuves. Cette mer dont je parle est le monde, et les fleuves sont la charité du prochain. Vous êtes, mes Frères, un paradis qui n'a de bornes qu'en la contemplation divine. Àh ! celui qui ne suit point Jésus-Christ, l'Auteur de notre salut, et Jésus- Christ cTucifîé , qu'il soit anathème ! Existe-t-il une alliance entre la lumière et les ténèbres ? O mes fils, louez le Seigneur, louez le nom du Seigneur ! Que le nom du Seigneur soit béni, dès à présent et dans l'éternité des âges! ' ; 'i
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10. Lettre à une personne de Mascate qui demandait d'être admise
dans la Compagnie. . ■ , .
Que la grâce et l'amour de Jésus-Christ, notre Rédempteuï, demeurent toujours dans nos âmes ! Amen.
J'ai reçu votre lettre avec une joie très-sensible, et telle que jamais je ne l'ai méritée de la part de Dieu, Grâces lui soient rendues de ce qu'il prend un soin si merveilleux des pécheurs, et (les brebis errantes, qui reconnaissent leur égarement, qui prêtent l'oreille à sa voix comme à celle de leur pasteur, et qui reviennent à sa bergerie, pour le suivre jusqu'à la fin ! Ce pasteur sait merveilleusement quelles sont ses brebis : en eDFet il les a choisies avant la création du monde, pour la gloire de son nom divin, et elles craignent sa justice ainsi que sa miséricorde.
APPENDICE
Songez à conserver la couronne qui vous est offerte : que personne ne vous la ravisse, lorsque vous serez parvenu à la posséder et à en jouir. Les mouvements de l'Esprit-Saint ne souffrent point de retards, car tout consentement à ces relards est une cause absolue d'erreur et â,e ruine; / , "
Vous m'exprimez en détail, dans votre lettre, les résolutions intérieures que vous avez prises, et qui sont de servir le bon Jésus dans notre Compagnie, et, afin de racheter vo» péchés antérieurs, de travailler énergiquement pour l'amour du même Jésus. Toutes ces résolutions n'ont rien que je n'approuve pleinement, et qui ne me soit très-agréable : en effet, cette voie est dé toutes la plus infaillible pour le salut ; et je me réjouis profondément de vous voir glorifier Dieu, tandis que les impies profèrent tous les jours mille blasphèmes pour l'outrager.
Vous me demandez mou conseil en cette circonstance, et je vous le donne. Vous devez accompHr immédiatement ce que l'Esprit-Saint vous a inspiré. L'Esprit-Saint n'égare personne , et il dirige chacun vers son salut, par la voie que lui a préparée le Créateur du monde. Sans doute, il vous a élu pour une vocation sublime , en vous appelant à l'Institut de notre Compagnie. Or il est juste que cette vocation soit par vous préférée à tout l'univers, de peur que l'éminente et glorieuse couronne, que vous pouvez posséder dans la vie éternelle, ne se change malheureusement, par votre désertion, en la flétrissure étemelle des fils de Caïn, et que le Seigneur ne vous fasse à la fin entendre ces paroles : Allez, maudit, au feu éternel ! '
Vous me dites encore que vous désirez me suivre, et mourir avec moi, si c'est la volonté de Dieu, sur des charbons ardents. Cette ferveur dans le désir est très-précieuse ; mais à l'œuvre et dans la réalité, quels en seront les effets? Je l'ignore. La croix de Jésus-Christ, telle qu'elle apparaît à l'imagination et à l'intelligence , est tout autre que celle qui est présente et comme vivante à l'heure actuelle du martyre. Les vergers et les arbres, chargés de fleurs et de fruits en la saison d'été, font le charme des yeux : mais la saison orageuse et les frimas de l'hiver occasionnent mille peines au jardinier, par le soin de remuer le sol et de tailler les branches. Il en est ainsi des choses divines : vous en admirez le nnnistère, et vous l'embrassez sans peine; mais dans le temps de l'adversité, la croix de Jésus-Christ devient
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un poids immense. Que si Jésus-Christ lui-même a gémi sous ce dQiiloureux fardeau, parmi les places de Jérusalem, et s'il est tombé d'épuisement, que devons-nous présumer de nous-mêmes en cette yallée de misères? Les supplices des saints qui excitent notre admiration, sont soment pleins d'attraits pour notre pensée; mais les mêmes supplices, en présence des tyrans qui les ont fait souflrir à ces saints, nous rempliraient d'horreur. A cet instant, on a devant les yeux la faim et la soif, les affronts, les ignominies, la nudité, les outrages, le dénûment de toutes choses, les coups sans nombre, et la mort elle-même, ainsi que le prophète en a décrit les images : Pour vous, dit-il, twus sommes livrés à la mort durant tout le jour j nous sommes devenus comme les bi'ebis qui vont être égorgées, auxquelles nul ne prend intérêt (1). ;
Avant donc de passer de l'état où vous êtes, à un autre état qui n'admet aucun changement, il sera sage à vous de prendre conseil, et de ïie rien accomplir, sans en avoir pesé mûrement les avanta^ ges et les inconvénients, afin qu'ayant une fois mis la main à l'œuvre vous ne soyez ni effrayé ni détourné par aucun obstacle. C'est pourquoi, je vous en conjure encore une fois avec les plus vives instances, considérez avec un soin extrême la démarche que vous voulez entreprendre. Pesez scrupuleusement ce qpie je vais vous dire touchant notre Compagnie, afin de ne point vous plaindre plus tard d'avoir été mis par moi dans l'erreur.
Notre Compagnie a tiois principaux fondements : la pauvreté parfaite, la chasteté parfaite et l'obéissance parfaite.
La pauvreté comprend les propriétés, l'argent, les parents, les amis, les dignités, les délices du monde; elle s'étend aux aliments solides et hquides, au vêtement, à la chaussure et au sommeil ; elle impose de ne posséder aucun bien temporel, de n'en désirer même aucun : bien plus, d'éprouver à cet égard une sainte aversion ; de se complaire en ce dénûment, au point de vue de Tinaoité, que recèlent en leur sein tous les biens de ce monde. De là résulte naturellement que l'on désire être méprisé pour l'amour de Jésus-Christ, que l'on ambitionne à cause de lui les épreuves et les souffrances, parce que l'on est son esclave, et non celui du monde ; que l'on veut sacrifier tout, afin de trouver tout dans ce renoncement glorieux. ,
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(1) Ps. xuii, 22.
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La chasteté s'entend de la chasteté de nos œuvres; du désir de conserver toujours notre cœur uni à Jésus-Christ par un pur amour, de ne point permettre qu'il y naisse des pensées charnelles, ou des pensées du monde et de ses vanités : en effet nous devons toujours demeurer les affranchis de Jésus-Christ, qui est le fiancé notre âme, et en qui nous voulons mourir, afin de vivre éternellement avec lui. . '
L'obéissance consiste à ne rien désirer que dans la mesure des ordres du supérieur; à renier vôtre volonté propre, et à n'accomplir que la seule volonté divine.
Vous savez quels sont ici les travaux de notre Compagnie. Le plus éminent par le rang comme le plus inférieur, nous sommes tous égaux : celui qui désire devenir mon compagnon, a naturellement à souffrir les mêmes épreuves que moi, ni plus grandes ni moindres. Le disciple n'est pas au-dessus du maître. Mais afin que ces travaux ne vous effrayent et ne vous découragent point, je désire que vous preniez les pensées que Dieu daigne nous inspirer, afin d'être insensible, comme nous le sommes, à leur amertume.
Nous ne pouvons le nier, nous sommes, ainsi que vous, des hommes remplis d'infirmités. Luttez donc énergiquement : celui qui nous affermit et qui nous fait persévérer, vous accordera les mêmes forces ; car sa puissance et sa miséricorde sont égales pour tous.
Nous commençons, afin d'oublier entièrement nos œuvres criminelles, et la satisfaction coupable que nous en avons ressentie, par nous rendre la mort pour ainsi dire présente, et par considérer à quel point elle est redoutable au pécheur; nous envisageons ensuite le compte que nous devons rendre à l'heure formidable du jugement; ensuite nous méditons sur les peines réservées aux pécheurs, et sur les épreuves des Saints, rançon de leur félicité suprême.
Puis nous recueillons les exemples de Jésus-Christ , des apôtres, des martyrs et des autres bienheureux, afin qu'avec un ardent courage nous les suivions jusqu'à la mort, s'il est vrai que c'est, pour le ser\'iteur, un grand honneur de suivre son maître, et pour la créature de suivre son créateur. Quel privilège plus magnifique pour un chrétien que de pouvoir suivre Jésus-Christ jusqu'à la mort même de la croix? Qui nous séparera de la charité de Jésus-Christ? Ce ne sera ni la faim, ni la soif, ni les souffrances, ni la mort même.
Enfin, nous proposons à la vue de notre âme la gloire des saints et la nôtre, c'est-à-dire Dieu lui-même, que nous serons appelés à contengroler et à aimer dans la société des saints Anges, là où les yeuX'èè rassasieront de voir, les oreilles d'entendre, la langue de bénir/ l'intelligence de penser, la piémoire de se souvenir, la volonté d'aimer : où tous les sens enfin se reposeront dans une bienheureuse jouissance. Car nous posséderons la vie sans la mort, la santé sans la maladie, la richesse sans la pauvreté, l'aliment parfait sans la faim, la gloire sans la désillusion : celui cpie nous aspirons à' posséder n'est-il pas le bien souverain en toutes choses, sans qui rien n'a l'être et la vie? Malheureux qui le perd : heureux qui doit le posséder à jamais! Amen.
Vous voyez ainsi que nous méprisons le monde, et que nous désirons mourir, afin d'aller jouir du repos avec J.-C. Nous répudions toute chose, excepté le service de J.-C. qui fait notre gloire. Au sein de la pauvreté, nous sommes souverainement riches. Rien saurait-il, en effet, manquer à celui qui a tout en luimême? Nous n'avons rien, et nous possédons tout, c'est-à-dire notre Dieu, l'Auteur de cet univers
Dans l'esclavage de l'obéissance , nous sommes plus libres gue tous les hommes qui habitent cet univers : nous vivons selon le libre choix de notre volonté, dirigée par les lois de la raison, et par là même en union constante avec la volonté de Dieu; et je le répète, toute notre existence est conforme à notre volonté.
Dans notre chasteté, tous les hommes nous chérissent : au sein des âmes chastes Dieu resplendit comme en un miroir. Les anges les plus purs, mes Frères, désirent nous posséder parmi eux. Pour nous, notre amour est universel : nous aimons Dieu le premier, et le prochain après Dieu, mais en Dieu.
Parmi nous se révèlent d'éclatantes vertus, qui jaillissent du milieu des croix et des épreuves ; et si le monde en avait le spectacle eç l'intelligence, personne ne serait plus du monde. Notre coQvereation est avec les Auges, et avec Dieu lui-même. O merveilles infinies de consolations, que Dieu réserve mystérieusement à ceux qui le craignent!
Les souffrances de la croix ne sont point aussi grandes qu'on les représente à notre vue. Jésus-Christ, mon frère, n'a point voulu descendre de la Croix, si vives qu'aient été les instances ^i lui étaient faites. A son exemple, le bienheureux Sinum-r
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Pierre, et plusieurs autres saints, demeurèrent fermes contre toutes les séductions dont ils étaient environnés, afin qu'ils descendissent de la croix. Mais que Dieu me préserve de me glorifier, si ce n'est en la croix de N.-S. J.-Cl '
Vous voyez par ce discours les avantages et les épreuves de la Compagnie de Jésus. Choisissez la part qui vous aura semblé préférable. Si vous acceptez nos lois et si vous désirez vous associer à mes travaux, vous m'imposerez par là même une obligation trèsétroite, et bien loin de vous rejeter, je vous ouvrirai mes bras avec un amour infini, à l'exemple de celui qui, mourant sur la croix, ne rejeta personne de ses bras étendus. Nous serons les compagnons du même travail , pour nous voir associés un jour dans l'étemel repos. •
. Que le Seigneur , qui a daigné vous éclairer des lumières de son esprit, vous dirige dans les sentiers de sa vérité , et vous y affermisse à jamais ! Amen.
A Ormuz, de ce collège du Bon Jésus, le 1*' octobre 1550.
L'indigne serviteur de tous,
Gaspard.
Lettre du P. Melchlor Goncalez.
[Fragment.)
Nous sommes descendus à Goa , ravis d'y rencontrer le P. maître François, dont les vertus sont si éminentes, qiie Ji^j^n'en connais point qui les égalent. On le voit tellement pén<?^ de l'amour divin, et comme imprégné de cet amour, qu'on ne saurait imaginer qu'aucune âme au moncje puisse l'être davantage. Nous possédons un martyr vivant au milieu de nous : mais ce que je vous écris n'est rien, et je ne puis exprimer ici ma pensée tout entière; je sais d'ailleurs toute la consolation que vous causaient en Portugal les nouvelles de ce saint Père. Il vient récemment de
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partir pour la côte de Comorin, et son départ m'a rendu tel, que je ne croyais plus être de la Compagnie de Jésus.
C'est un homme d'un âge moyen, d'un tem|)érament vigoureux : il ne boit de vin d'aucune sorte. C'est un vaillant soldat de Jésus-Christ
Lettre du F. Manoël de nioralez.
{Fragment.)
Ces discours du P. François sont brefs et portent singulièrement à la dévotion. De sa bouche, il ne sort jamais que ces paroles : Jésus! ou Trinité sainte! et il entre en matière en s'écriant : O mes Frères et mes compagnons, reconnaissez combien notre Dieu est meilleur que nous ne l'imaginons, et rendez des actions de grâces et des louanges infinies à Dieu Notre-Seigneur, dans tous ses desseins. Sept ans à peine se sont écoulés depuis l'institution de la Compagnie, et déjà le Seigneur y a produit des merveilles. Déjà nous voyons de nos bien-aimés Confrères , les uns à Rome , les autres à Lisbonne, à Coïmbre, à Gandie , à Valence, dans la ville de Sainte-Foi de Goa (1), au cap de Comorin, aux Moluques, et bientôt dans le Japon où je dois aller moi-même. O mes Frères, il proférait ces paroles avec une dévotion si tendre, qu'il arrachait des larmes à nous tous qui étions auprès de lui, (1546.)
(1) Goa porte en effet le nom de ville de SaintÈ^Foi de Goa , comme Macao celui de ville du S^nt-nom-de-Dieu de Màejio.
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Lrettre du P. Henri Henriquez au P. Iguane.
{Fragment.) ' , ,
Je dois commencer par vous donner des nouvelles du P. maître François, afin que toute la Compagnie en offre à Dieu d'infinies actions de grâces. Ces paroles de l'aipÔtrie saint Paul : Je me fais tout à tous -pour les attirer et Les gagjriér tous (1), le P. François s^|É|ique à les réaliser, dans leur degréle plus sublime, et ainsi que i^pltours ne sauraient le rendre ; je ne puis aussi vous exprimer quelle est la renommée de ce Père dans les Indes, pour la plus grande gloire de Dieu et pour le salut des âmes. Tout le monde l'envisage comme un saint; et l'excès de ses occupations en tous lieux fait que l'on s'estime très-heureux si l'on peut seulement en obtenir audience. '
Lettre de Paul Valiez an collège de Coïnibre.
(Fragment.)
Vous savez, mes très-chers Frères, qu'au moment de notre venue aux Indes , notre saint P. François était déjà sur la côte de la Pêcherie , et depuis plusieurs mois les habitants de cette contrée jouissaient de sa présence si désirable à tant d'égards. 11 plut à Notre- Seigneur que , huit jours après notre arrivée à Goa, je fusse envoyé vers ce même cap de Comorin, et j'avais fait cent lieues de]^ Goa, lorsque, dans une autre ville appelée Cochin , je rencontrai le saint Père. Qui pourrait jamais vous raconter la joie que je ressentis en mon âme : non, jamais personne ne saurait l'exprimer, et toutes mes paroles seraient froides
(1) ICor. nt,22.
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pour cette peinture. En vérité, c'est un grand serviteur de Dieu, et je n'ai point connu le pareil de ce Père. Assurément , mes Frères, non-seulement son langage, mais sa seule présence remplit les hommes d'un désir ardent de servir le Seigneur. Il ne profère jamais que ces seules paroles : Loué soit Jésus-Christ ! avec un amour et une dévotion si sensibles, que tous ceux qui l'entendent en sont embrasés. Nous demeurâmes ensemble durant cinq jours, et dans cet intervalle nous n'avons pas été vingt heures séparés : il ne pouvait se lasser de m'interroger touchant ses Confrères, et de me demander des nouvelles d'Europe.
, (15^8.) . - :-.:-0;Si, - ,/ ,.. - . ■ ■'"';•
Lettre du P.Antonio Crlmlnale
Au P. Ignace de Loyola, pour le remercier du grade de coadjuteur spirituel, que ce Père lui avait conféré. r
Que Jésus soit toujours avec tous!
Votre générosité, vénérable Père, a daigné admettre mon indigne personne au rang de coadjuteur de la Compagnie : dans ce ministère je m'appliquerai, selon la mesure de mes forces, à coopérer à vos vues sur ma personne, et, avec la grâce de N.-S. J.-C, j'espère y parvenir. Ce n'est point que je m'estime digne d'un tel emploi : je me trouve bien éloigné de posséder les qualités nécessaires afin de le remplir : néanmoins , en conformité de vos intentions, j'ai résolu de vous obéir parfaitement.
Non-seulement vous m'avez fait coadjuteur, mais vous avez daigné me faire participant de tous les privilèges et mérites de la Compagnie, et vous y avez encore ajouté tous les pouvoirs, toutes les grâces et l'autorité qui appartiennent aux profès, afin que j'en aie le libre usage.
En même temps vous m'enseignez, ô mon Père, que tous ces dons qui me sont accordés doivent servir à édifier et non à détruire : c'est ainsi, n'en doutez point, que je l'observerai constamment, et en tout lieu du monde, avec la grâce du même Seigneur Jésus-Christ. Et afin d'être plus affermi dans mes voies, quoique
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j'aie précédemment laissé à Rome, entre les mains de mon trèscher en Jésus-Christ, le Maître de Laon (1) , la formule de mes vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, afin qu'elle vous fût remise : quoique j 'aie plusieurs fois et par le ministère de différentes personnes renouvelé ces vœux, je désire vous affirmer encore que je me regarde comme engagé pour toujours, non-seulement envers le supérieur et les profès , mais envers les coadjuteurs ou coopérateurs , enfin envers quiconque fera partie de la Compagnie, même à titre de serviteur.
A l'égard des sept empêchements, dont un seul priverait celui qu'il concerne de pouvoir être admis dans la Compagnie, loué soit Notre-Seigneur Jésus-Christ qui m'en a préservé et sauvé !
Il me reste à cette heure d'obtenir de Maître François la faculté d'user dans le Seigneur de toutes ces grâces , ou de celles qu'il jugera suffire ; car sans sa permission, je crois devoir m' abstenir, comme si je n'avais rien absolument reçu de votre part.
Cependant je glorifierai Dieu, notre souverain Seigneur, et je le prierai de nous accorder la grâce de parvenir tous à la céleste Jérusalem.
De ces contrées de l'Inde , appelées le cap Comorin , le U décembre 1548.
Lettres de Jean m, rot de Portugal.
A D. Joam de Castro, gouverneur des Indes (1546).
Gouverneur mon ami, le devoir essentiel des souverains chrétiens, qui est de veiller aux intérêts de la religion et 4e faire servir toute leur puissance au maintien de la Foi, m'oblige de vous faire part d'une douleur profonde que j'ai ressentie. En effet, j'ai appris
(1) Pierre Codace. '*^'
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