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que, non-seulement dans plusieurs contrées de nos domaines des Indes, mais dans notre cité même de Goa, les idoles sont l'objet d'un culte public : et ceci se passe dans les résidences où la Foi devrait être à bon droit le plus florissantei / ' ' , !';
Étant donc pleinement informé que les cérémonies païennes se pratiquent au grand jour, nous vous commandons de faire rechercher par de fidèles ministres toutes les idoles, de les détruire et de les faire mettre en pièces, en quelque lieu qu'on en découvre ; de faire publier des peines rigoureuses contre toute personne qui aurait l'audace de fabriquer , de fondre ou de sculpter, de dessiner, de peindre ou de produire au jour aucune figure idolâtrique en métal ou en bronze, en bois, en argile ou en toute autre matière, ou d'en apporter du dehors : contre ceux qui célébreront, en public bu dans le particulier, des jeux ayant quelque apparence éloignée de gentilité, qui protégeront ou cacheront des brahmes, ces enireafiis et ces fléaux du nom chrétien. A tous ceux qui viennent d'être désignés et qui commettront des crimes de ce genre, vous infligerez , telle est notre volonté , les châtiments sévères exprimés en votre décret ou édit, sans admettre d'appel, et sans accueillir aucune exemption ni excuse. -w' ;
Et, afin que les gentils soient portés à se soumettre au joug évangéligue, non-seulement par la conviction intipae des vérités de la Fli et par l'espérance eflicace de la vie éternelle, mais encore par le bénéfice de certaines grâces temporelles, de ces grâces qui ont influence sur les cœurs des sujets : vous aurei soin qu'en réalité les nouveaux chrétiens obtiennent à l'avenir et possèdent toutes les libertés et immunités, jouissent de tous les privil^es et faveurs, qui, jusqu'à cette époque, étaient le partage exclusif des gentils. -'
Nous avons encore été informé que l'on oblige un grand nombre d'Indiens à faire le service de nos ffettes , ce qui les engage dans des dépenses considérables. Voulant remédier à un abus aussi grave, nous vous ordonnons d'afl"rànchir les chrétiens de cette contrainte; et, dans les cas seulement d'urgente nécessité, si quelquesuns sont emjptoyés sur les navires, vous aurez soin qu'ils reçoivent une juste indemnité par chaque jour de travail, et vous y apporterez toute l'exactitude que nous attendons de votre zèle et de votre fidélité dans notre service.
Nous avons également appris, par des personnes graves et dignes
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de créance, et nous en avons ressenti la plus vive douleur, que certains Portugais achetaient à vil prix des esclaves, pour les vendre aux Mores et à d'autres commerçants infidèles, afin de réaliser d'importants bénéfices : et ainsi ces Portugais causent un dommage essentiel aux âmes de malheureux indigènes, qui pouvaient autrement se convertir à la Foi. Nous vous commandons d'employer tous vos efforts afin d'arrêter ce mal, et de vous opposer à ces ventes : vous vous rendrez très-agréable à Dieu, et vous acquerrez des droits à notre faveur, si, déployant la sévérité que le cas exige, vous remédiez à un abus immense à nos yeux. ,^, ' ••',-'. ^ ''^
Vous aurez soin de réprimer l'audace effrénée des usuriers qui transgressent, sans aucun scrupule, une des anciennes lois de la cité de Goa. Dès cette heure, nous abrogeons cette loi même, et nous vous enjoignons de l'effacer et de la faire disparaître du corps des autres lois, comme contraire à la ]M chrétienne.
A Baçaïm, vous veillerez à l'achèvement Ifè l'église, qui sera sous l'invocation de saint Joseph ; et vous assignerez à cette église, sur nos propres fonds, des revenus pour son recteur, et pour plusieurs bénéficiers et chapelains chargés de la desservir.
Et, ainsi que les prédicateurs et les ministres de la religion sont souvent éprouvés parla misère temporelle dans l'œuvre delà conversion des gentils , nous désirons , et c'est noire volonté , qu'on leur attribue des secours pécuniaires ; et, qu'à cet effet, l'on impose un Iribut annuel de 3,000 pardams sur les mosquées occupées par les Mores dans les terres de nos domaines. We même, sur les produits de nos douanes et sur les droits acquittés par le commerce , vous prélèverez à perpétuité SOO fanègues (1) de riz, pour les aliments des nouveaux chrétiens qui ont été convertis ou qui se convertissent tous les jours par les soins du vicaire Migu^Vaz sur lés terres de Chaûl : nous voulons que cette provision de riz soit remise à l'évêqite, qui en disposera successivement et dans la proportion des besoins. -
Nous avons encore appris que, sur les terres de Cocnin, les chrétiens de Saint-Thomas éprouvent du préjudi^^^au sujet des poids et des mesures , de la part de nos marchands Icpii leur ven-
(i) Fanègue : mesure de capacité portugaise, environ 6 décalitres. — Pardam: voy. Lettres, t. 1, p. 93. Note.
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dent le poivre, et qui les privent de la bonne mesure attribuée par l'ancien usage en surcroît du poids et de la mesure légitime; et, à plus d'un égard , il convenait plutôt de leur faire une faveur que de les traiter si rigoureusement. Vous ordonnerez donc que l'on revienne à l'ancien usage. ' '
Vous inviterez également le roi de Cochin à fairi cesser certaines coutumes et superstitions païennes que ses devins^ratiquent d'ordinaire dans la vente du poivre : ces rites ne l'intéressent en aucune manière, et sont un grand scaiidale pour les chrétiens qui pratiquent le commerce dans ses domaines.
De même nous avons été informé que ce prince persécute les Indiens lorsqu'ils embrassent la Foi, et qu'il confisque leur propriété : vous ferez en sorte, et vous y apporterez un grand zèle, de faire renoncer ce prince à ces actes de tyrannie, et je lui écris personnellement à cet égard. Sa conduite a produit des effets déplorables pour l'âme et pour le corps de ses sujets ; et ce souverain suivra nos conseils , s'il veut être notre ami : nous vous recommandons à vous-même de déployer en cette occasion toute la puissance de votre zèle.
Vous nous avez fait valoir, dans vos lettres et dans vos rapports, l'intérêt d'affranchir les peuples de Socotora de la malheureuse servitude où ils languissent, et nous avons cru devoir y porter remède, afin que le Turc, dont ils sont vassaux, n'infeste plus ces mers par ses armées navales. Vous agirez, à cet effet, de la manière la plus efficace , après vous être entendu avec le vicaire Miguel Vaz, de qui l'expérience vous sera d'un très-grand secours, en cette circonstance et dans tous les cas difficiles qui sg présenteront à vous.
Les indigènes qui se livrent à la pêche des perles, outre les autres maux et les oppressions qu'ils endurent, souffrent, nous le savons, un très-grand préjudice dans leur propriété, étant obhgés par nos capitaines, au mépris de toutes les lois divines , d'exercer la pêche pour le compte de ces officiers, à des conditions intolérables. Aussi, notre désir étant qu'aucun de nos vassaux n'éprouve d'injustice ou de violence, nous vous commandons d'empêcher que rien de pareil ait lieu par la suite à l'égard de ces peuples, et que nos capitaines prétendent s'enrichir ainsi par des voies d'iniquité. Et, afin de prévenir les vexations et les abus de ce genre, vous vous assurerez si le littoral est suffisamment gardé , et s'il est
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possible d'opérer la perception de nos revenus, sans la présence de notre marine : si vous reconnaissez que cette voie pacifique puisse être employée, vous rappellerez nos officiers, et vous interdirez aux vaisseaux de naviguer sur ces côtes, afin qu'il soit loisible aiKsj^digènes de jouir en paix de leur propriété, et d'être à l'abri des rapines et des extorsions. " ' -
Sur tp0^ choses, nous vous recommandons de consulter, en toute cît'constance , le P. François -Xavier. Vous examinerez surtout avec lui s'il est avantageux pour l'accroissement de la religion sur la côte de la Pêcherie, que les nouveaux convertis y demeurent sans se livrer à aucun travail : et si cette inaction leur est permise, il devra néanmoins paraître, qu'avec la religion nouvelle, ils ont revêtu de nouvelles mœurs, et mis nn frein à la licence de leur vie ancienne.
Nous savons encore que ceux qui viennent d'abjurer le paganisme pour embrasser notre sainte religion se trouvant maltraités et méprisés de leurs parents et de leurs amis; que ceux-ci les chassent de leurs habitations et les dépouillent de leurs biens, avec une telle injustice et une telle violence, que les néophytes se voient contraints de vivre misérablement et dans une pénurie excessive, et n'existent qu'au prix de sueurs infinies : afin donc de remédier à ce désordre, vous agirez en prenant conseil du vicaire Miguel Vaz, de manière à ce que les nouveaux chrétiens soient assistés des fonds de notre trésor ; et ce qui leur sera destiné sera remis par vous au prêtre leur pasteur, afin que chaque année ce prêtre en opère la répartition selon ses propres lumières. -,
En même temps, nous avons appris qu'un jeune homme de Ceylan est arrivé à Goa en fugitif, pour se soustraire aux fureurs et aux violences de ses parents : et que ce jeune homme, étant réellement de naissance royale, a des droits à l'hérédité souveraine. Il nous a paru que, pour l'exemple des autres néophytes, et afin de multiplier les conversions , vous deviez le faire accueillir dignement, en considération du christianisme qu'il professe, dans le collège de Saint-Paul de cette ville : vous l'y entretiendrez donc à nos frais de tout ce qui lui sera nécessaire pour son existence et son bien-être, en raison de son illustre origine, afin que tout le monde apprécie nos intentions généreuses envers les personnes de ce caractère. Vous aurez soin, en même temps, de vous assurer d'une manière très-précise de la réaUté du droit qu'il allègue à la
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succession royale , et vous nous adresserez le résultat de vos informations , dans un mémoire authentique, afin que nous prenions les mesures qui seront les plus convenables. Mais, dès à présent, et telle est notre volonté , vous aurez soin de demander au tyran de Geylan le compte le plus rigoureux des traitements barbares qu'il a fait subir à ses sujets nouvellement convertis à notre sainte Foi; vous l'obligerez à donner satisfaction pour sa. détestable cruauté, afin que tous les souverains de l'Inde reconnaissent à quel point la justice nous est chère , et combien nous avons à cœur de protéger tous les opprimés. ^ -t
Et, ainsi qu'il n'est point convenable que les artisans païens fondent, peignent, ou façonnent, comme jusqu'à ce jour on l'a toléré, des images et des figures de Jésus-Christ Notre-Seigneur et de ses saints, pour les exposer en vente : nous vous commandons de faire toutes vos diligences afin d'empêcher cet abus ; et vous édicterez cette peine, que quiconque sera convaincu d'avoir fabriqué l'une de ces images, verra son œuvre détruite, et recevra deux cents coups de fouet. En effet, ce serait un grand crime que les images représentant des mystères aussi vénérables se trouvassent entre les mains de païens idolâtres. ' ■ ' ^^
Nous avons appris des mêmes sources que les églises de Cochin etdeCoidam, qui ont été commencées récemment, demeurent sans être achevées, découvertes et exposées à toutes les injures de l'air : non-seulement c'est d'un effet fâcheux, mais l'édifice tout entier en souffre. Vous prescrirez donc d'en achever les travaux, sans considérer la dépense. Vous emploierez, à cet effet, l'œuvre et les plans des meilleurs architectes et ouvriers.
A Naram, vous ferez également construire une église, en l'honneur et sous l'invocation de l'apôtre saint Thomas. Vous ferez terminer, à Galapour, celle qui est conmiencée sous le vocable de la Samte Croix; et, dans l'île voisine de Coram, vous en élèverez une autre, d'après les plans et avec la magnificence que vous jugerez convenables; car il est avéré que rien n'éveille davantage dans les esprits des gentils les sentiments de la Foi en notre samte religion, que la dévotion qu'ils reconnaissent en nous-mêmes.
Je vous recommande encore, d'une manière très-précise, d'instituer, dans les places où vous le verrez nécessaire, des écoles et des lieux de réunion, afin qu'à de certains jours, non-seulement les chrétiens, mais les païens eux-mêmes, puissent venir assister aux
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prédicajions et aux exercices pieux," et que les païens euî^-mêmes conçoivent de l'attrait pour notre sainte religion, et reconnaissent les erreurs de leurs propres voies, en recevant en leurs âmes la lumière pure de l'Évangile. Vous choisirez pour ces enseignements des ministres vertueux, et dont les qualités seront en rapport avec des fonctions aussi grandes. • •
' Désirant infiniment, et sur toutes choses, que, dans notre empire des Indes, le nom du Seigneur Dieu soit connu et glorifié , et que la sainte Foi y soit reçue partout , nous entendons , et telle est notre volonté , que dans toute la contrée de Salsette et de Bardez, l'on détruise et l'on extermine toutes les idoles, et que l'on mette fin au culte infernal qui leur est rendu ; et, afin que cette œuvre s'opère plus aisément, et sans qu'il soit nécessaii'e d'y employer la force ou la contrainte , nous ordonnons aux prédicateurs de faire servir leurs discours et leurs conférences à préparer , avec autant de prudence que de zèle, les esprits des païens; de les amener, avec la grâce de Dieu, à connaître le bienfait qu'on leur procure en leur découvrant l'immensité de leurs erreurs et en les défivrant du douloureux esclavage et des chaînes du démon. Ces infidèles peuvent en être affranchis, s'ils embrassent notre sainte religion , et c'est la voie unique pour leur faire connaître l'aveuglement où Satan les tenait plongés, en les privant du suprême avantage de la science du salut. Il importe singulièrement que les ministres de la religion soient édifiants par leur vie et par leurs mœurs, et doués d'une science suffisante : vous les choisirez donc de ce caractère , afin que l'on ait lieu d'espérer qu'ils répondront à nos vues. Tous leur recommanderez de montrer tout le zèle et toute l'assiduité qui constituent leur devoir, ainsi que le vôtre est d'attirer à vous et de vous concilier tout le monde, et principalement les nobles et les chefs de famille , dont l'exemple dirige le reste du peuple : que s^ces personnes sont gagnées à notre sainte religion, il deviendra plus aisé de convertir la masse de la
^ nation, qui s'empressera de se conformer à l'exemple des chefs. Les nouveaux convertis doivent être traités avec une douceur extrême , afin que les indigènes en conçoivent des dispositions meil- ^leures. Vous favoriserez ces néophytes, non pas d'une manière
Pgénérale , mais individuellement , si dénués et si misérables qu'ils soient. v
Nous avons cru devoir vous adresser ces recommandations
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APPÉNÔICE.
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nombreuses ; et, pleins de confiance en votre dévouement et en votre zèle, nous présumons que vous saurez en remplir tout le devoir. Il en résultera, pour Dieu Notre-Seigneur, une gloire immense , et nous estimerons vous avoir une obligation émiuente. Donné à Almeirim, le 8 mars, en Tannée 1546 depuis la naissance de Notre-Seigneur.
Le Roi.
i D. Francisco Barreto, vice-roi des Indes, pour lui recommander de procéder à une enquête sur les vertus et les miracles du Saint (155G).
Vice-roi, mon ami , salut !
La vie et les travaux de François Xavier ont été d'un si salu^ taire exemple , que nous considérons comme très-agréable à Dieu de les mettre en lumière pi&ur la gloire divine. Et afin que les faits de cette vie, étant publiés dans le monde, y jouissent d'une autorité et d'une authenticité parfaites , nous vous recommandons très-expressément, partout où se trouveront, dans toutes les parties des Indes, des témoins avérés et dignes de foi concernant les œuvres du P. Xavier, des témoins ayant vécu longtemps et familièrement avec lui , de les entendre sous la foi du serment, et de faire rédiger des actes authentiques et des procès-verbaux de leurs témoignages : vous ferez dresser ces instruments avec un soin extrême, et vous y comprendrez tout ce qui se rapjwrte à la vie et aux actions de ce Père, à toutes les œuvres glorieuses accomplies par lui pour le salut et rédification des âmes ; enfin, tous les miracles que, par la grâce de Dieu, il a opérés durant sa vie et après sa mort. Ces documenls, revêtus de toutes les formes authentiques , seront signés et scellés par vous, et nous seront transmis par trois différentes voies. Nous vous serons obligé , comme d'un éminent service, si vous accomplissez notre mandat avec zèle et dans peu de temps.
, Lisbonne, le 28 mars 1556.
Le Roi.
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Lettre de p. Joaiu d'Albuquerqnc , évêque de Goa.
Au P. Ignace de Loyola, pour lui rendre témoignage des œuvres de la Compagnie dans les Indes.
L'immensité des œuvres que les disciples de votre Révérence accomplissent dans ces contrées d'Orient, leurs bons exemples et la sainte vie qu'ils mènent ; les ministères de l'enseignement chrétien , de la prédication, et de la confession, auxquels ils se livrent pour le bien spirituel des Portugais ; les courses apostoliques qu'ils entreprennent dans tous ces pays de l'Inde, convertissant les infidèles idolâtres et mahométans, les baptisant ainsi que leurs femmes et leurs enfants , les instruisant à fond dans les mystères de la religion chrétienne ; et afin d'y mieux réussir et de prêcher avec moins d'obstacles, apprenant le langage de chaque province et spécialement de la contrée de Comorin : tous ces travaux merveilleux m'obligent d'écrire à votre Révérence pour lui en rendre compte, à titre de témoin personnel et oculaire. Les Pères de cette sainte Compagnie sont de si parfaits ouvriers pour l'assistance des âmes, et pour le soulagement des évêques dans le fardeau de leurs obligations, que tout ce que nous avons, que nous pouvons, et que nous obtenons , nous vient d'eux tout entier. Ils nous exempteront sans doute de longues années à passer dans le Purgatoire, grâce au concours dévoué qu'ils nous prodiguent, pour le salut des âmes dont les prélats diocésains ont la charge. Moi-même , plus que tout autre , je reconnais l'étendue de mes obligations envers eux, vivant en ces pays au milieu de populations nombreuses qui toutes adorent des divinités de bois et de pierre. Il est résulté déjà des prédications soUdeset efficaces de ces Pères, qu'un grand nombre de nos infidèles, enseignés par eux, ont reconnu le seul Dieu véritable, et confessé les trois Personnes de la Très- Sainte-ïrinité. Je ne saurais vous faire le récit de toutes leurs œuvres en particulier , et des fruits qu'ils opèrent dans les âmes : je ne saurais vous les retracer avec la plume, et mes occupations ne me laissent point le temps de l'essayer. Je dirai seulement que ces Religieux sont de grands luminaires placés en ces contrées,
pour dissiper les ténèbres et la profonde nuit où elles étaient ense^ velies. louange et gloire en soient rendues à Dieu, qui opère de si grandes merveilles par le ministère de ses saints !
J'accorde à ces Pères tout ce qu'ils réclament de moi, dans l'intérêt du salut des âmes : je communique à chacun d'entre eux tout le pouvoir et toute l'autorité que je possède, à ce point de n'en rien réserver absolument : je me considère comme étant l'un des membres de leur sainte Compagnie , malgré que mes œuvres soient si différentes et si éloignées des leurs ; je leur suis favorable, et je les aime en Jésus de Nazareth, avec une charité sincère , pure et sans aucun fard ; je leur accorde des églises et des résidences , où ils ont la faculté de se recueillir , et d'où ils peuvent se diriger vers leurs travaux, afin d'aller opérer le salut du prochain. Ils sont vraiment dignes d'être consolés souvent par des lettres de votre Révérence, et votre Révérence pourrait en même temps écrire au P. maître Simon, de leur envoyer, du Portugal, d'autres Pères polir les assister : en effet, le pays est immense , les ouvriers sont peu nombreux, et le travail est infini.
(28 novembre 1550. )
Lettre dn P. Melehior IVunez Rarreto, k la Compagnie^ en
Portugal.
Sur les souffrances du P. Xavier au Japon. [Fragment.)
Les bonzes sont étroitement unis avec les seigneurs
tle l'Empire; et ils nous font une guerre acharnée, parce que nous révélons au peuple leur vie criminelle et tous leurs artifices. En effet les mensonges, dont ils remphssent les esprits des hommes, sont si infinis, qu'il n'existe point parmi ces pays d'obstacle plus grand h l'Evangile. C'est ici que j'ai connu combien le P. François Xavier a lui-même éprouvé de contradictions , quoiqu'il ait voulu nous le laisser ignorer. Combien de peines il a surmontées, dans ses voyages continuels à pied, lorsqu'il prêchait au milieu des
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chemins et dans les maisons des bonzes et des seigneurs, et qu'il se nourrissait uniquement des aliments les plus vulgaires et les moins substantiels ! Pendant les plus grands froids, il courait, comme un serviteur d'écurie, derrière les cavaliers japonais,voyageant à l'allure de leurs chevaux, sans jamais cjuitter sa soutane, et chargé d'une valise; car il se proposait ainsi d'éviter les brigands du chemin. Le même Père, lorsqu'il s'agissait de reprendre les vices et les superstitions des Japonais, était si plein de véhémence et de liberté, que son compagnon en frissonnait de crainte , ainsi que ce dernier me l'a depuis raconté (1). Combien de fois ce Père a supporté d'un cœur ferme et d'un esprit invincible les clameurs des enfants (lui s'attachaient à ses pas, leurs insultes, les pierres dont ils l'accablaient ! Il ambitionnait à ce point la mort pour Jésus-Christ, qu'on eût pu dire qu'il la recherchait. Censurant un jour avec la hberté d'un saint zèle un crime infâme dont le roi d'àmànguchi s'était rendu coupable, il encourut un danger très-évident de mort. Un jour, des seigneurs japonais lui adressaient la parole en des termes peu respectueux, et son interprète, saisi d'effroi, s'attendait à tout instant à voir les épées s'abaisser sur le Père : et Xavier ordonnait à ce même interprète de répondre en un pareil langage, sans toutefois proférer aucune parole d'injure. Il agissait ainsi, non par orgueil, mais parce qu'il était convaincu, — et ille disait, — que sa doctrine et ses paroles n'auraient d'autorité parmi ces peuples , que s'il se faisait respecter plus encore qu'on ne respecte les bonzes, pour lesquels la considération est immense. Les Japonais étaient pénétrés d'une telle admiration à la vue de cette grandeur d'âme et de ce mépris de la vie, que le P. Xavier, aux yeux d'un grand nombre d'entre eux , jouil encore aujourd'hui
d'une éminente réputation de sainteté
Cochin, 10 janvier 1558.
(1) C'était le F. Joara Fernandez, si héroïque lui-même.
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