‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 77 sur 759 · LIVRE I. — LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — LETTRE PREMIÈRE

sonne , j'ajouterai ceci dans le vôtre : mettez à profit l'occasion qui vous est offerte de jouir de la conversation intime <i'un homme aussi éminenten sagesse , et revêtu par Dieu des dons les plus parfaits. Croyez à mon expérience , vous devez recueillir' des fruits spirituels très-abondants et une consolation infinie de ses charitables avis et de ses conseils pleins de lumière. Découvrez-lui sans crainte les peines qui affligeraient votre esprit; proposez-lui vos doutes , écoutez ses conseils , déférez à ses directions ; vous éprouverez par votre expérience personnelle que mes promesses ne sont point vaines, lorsque je vous invite à espér rer des avantages inestimables de la connaissance et du commerce d'un homme aussi rempli de l'esprit de Dieu. Luimême vous donnera des informations aussi étendues que vous le pourrez désirer, et telles qu'il est de mon intérêt de vous les donner, sur ma personne et l'état présent de mon existence ici; et je vous prie d'accorder à ses récits la même confiance que vous feriez aux miens si j'étais auprès de vous : nul, en effet , n'a pénétré plus avant dans mon intérieur ; il possède à fond tous les détails de mes affaires particulières, et connaît, pour ainsi dire, mieux que moimême, la nature et l'étendue de mes besoins et des secours que j'attends de vous.

Après que ses paroles vous auront instruit de mes nécessités, si, comme j'en ai l'assurance, vous formez le dessein de me venir en aide, je vous prie de le prendre pour intermédiaire de vos bienfaits. Il ne doit point sans doute revenir actuellement ici, et me rendre à Paris ce qu'il aurait reçu de vous ; mais il dispose d'un moyen très-sûr de me faire parvenir tout message. En cette ville est un jeune homme d'Almazan (l),mon ami, qui suit le même cours d'études :

(1) C'était Jacques Lainez, d'Almazan, près de Siguenza en Castille, l'un des premiers compagnons de saint Ignace; il prit une grande -part à la rédaction des Constitutions de la Compagnie, et succéda comme général à saint Ignace en 1558 ; il assista au colloque de Poissy et fut l'un des théologiens du Saint-Siège au Concile de Trente. Le P. Lainez mourut en 1565.

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il reçoit de sa famille les sommes nécessaires à son entretien par des remises régulières et qui ne manquent jamais. Ce jeune homme , au départ de D. l\r Ignace , lui a donné des lettres pour son père , avec une procuration pour une certaine afïaire, et, pour s'acquitter de ces commissions , D. M* Ignace doit , en vous quittant , passer par Almazan. Lorsqu'il partira donc , vous lui pourrez remettre toute la somme que vous jugerez à propos de m'ènvoyer. Il la déposera lidèlement et intégralement entre les mains de l'estimable habitant d' Almazan, père de mon compagnon d'études, et celui-ci me fera faire le payement que vous m'aurez destiné par l'occasion dont il se sert pour faire tenir à son fds les fonds dq^a pension annuelle , en la même monnaie qu'à ce dernier : son fds, à ma prière, lui a vivement demandé cette grâce dans les lettres dont je vous ai parlé. Je vous prie instamment de nouveau de ne point laisser échapper une occasion si favorable de me faire passer quelques fonds , et de ne point permettre que mes années s'é- ' coulent dans un dénûment aussi douloureux.

Je ne sais rien ici qui intéresse notre famille, ou qui soit de nature à vous intéresser, si ce n'est le départ furtif de notre jeune parent, qui vient de. quitter cette université : tardivement informé de sa fuite, je l'ai suivi quelque temps sur un chariot , afin de le ramener, si je parvenais à l'atteindre : toute ma dUigence a été vaine ; après avoir avec d'excellents chevaux couru l'espace de trente-quatre lieues , c'est-à-dire depuis Paris jusqu'à l'église de Notre- Dame de Cléri , j'ai dû renoncer à ma poursuite et revenir sur mes pas. Je vous prie de ne point manquer de me faire savoir par la plus prochaine occasion si le fugitif a paru dans la Navarre. Je crains infiniment que ce caractère, visiblement incliné vers le mal, ne revienne jamais à la régulaiité.

Quant à l'état présent de la religion dans ce pays,' et aux tendances que fait paraître actuellement l'hérésie pour démasquer ses voies, vous pourrez mieux et plus com-

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