LIVRE I. — LETTRE DEUXIEME
ne puis vous exprimer toute la joie et la consolation qu'elle m'a causée: Dieu seul, Notre-Seigneur, en a le secret.
Désormais en cette vie, j'en suis assuré, nous ne pourrons nous entretenir que par lettres; mais dans l'autre vie nous nous reverrons face à face, et nous y serons réunis parles plus tendres embrassements. Il nous reste durant le temps que nous avons à passer dans l'exil de ce monde , à nous consoler mutuellement par des lettres fréquentes. Mon zèle à cet égard ne vous laissera rien à désirer , dans la persuasion où je suis de la sagesse et de la vérité de vos paroles au moment de notre séparation : que les colonies doivent rester attachées à leurs métropoles , comme des filles à leurs mères , par les liens d'une confiance et d'une communication continuelles. J'ai le ferme dessein , en mon nom et en celui de la portion de notre Compagnie qui pourra se trouver avec moi dans quelque endroit que ce soit de la terre, de demeurer dans une union intime avec vous et la Compagnie de Rome, par les lettres et par la réciprocité des services spirituels ; nous aurons soin de vous rendre un compte fidèle et précis de toutes nos affaires, avec la simplicité des enfants qui rendent compte à leurs mères.
J'ai pris le temps, selon votre propre désir et d'après l'invitation qu'en renfermait votre lettre, de visiter le cardinal d'Ivrée (1). J'en ai reçu le plus touchant accueil et il m'a oiï'ert de lui-même tous ses bons offices en ce qui dépendrait de lui. Ce vieillard vénérable, au moment où devant me retirer j'allais lui baiser les mains, a daigné me serrer entre ses bras : au milieu de l'entretien qu'il a bien voulu m'accorder , je m'étais prosterné devant lui pour lui embrasser les mains au nom de toute la Compagnie. Autant
gai, auprès du pape Paul ill, fut créé vice-roi des Indes en 1554, et mourut à Goadans la première année de son gouvernement.
(1) Boniface Ferrier, cardinal, légat de Bologne, était d'Ivrée en Piémont : on le désignait sous le nom de cardinal d'Ivrée.