LIVRE I. — LETTRE DEUXIÈME
que j'ai pu juger d'après son langage, il approuve singulièrement notre institut et nos œuvres.
Le seigneur ambassadeur me comble de tant de grâces, que je serais infini si j'en voulais faire le récit, et je n'aurais jamais pu consentir à les recevoir, si je ne pensais, et si je n'étais convaincu que, dans les Indes, je pourrai les payer de tous les sacrifices et au prix de ma vie même. Dans l'église de Notre-Dame-de-Lorette , le dimanche des Rameaux, j'ai entendu sa confession, et je lui ai donné la sainte Eucharistie : j'ai administré le même sacrement à un grand nombre de personnes de sa maison. J'ai célébré le saint-sacrifice dans la chapelle de Notre-Dame , et l'excellent ambassadeur a désiré que tous les gens de sa maison reçussent avec lui la sainte communion dans ce vénérable sanctuaire. Le jour de Pâques, il s'est de nouveau confessé à moi et a reçu l'absolution sacramentelle et le corps de J.-C, en compagnie d'autres sages et édifiantes personnes de sa suite.
Lé chapelain du seigneur ambassadeur se recommande instamment aux prières de toute la Compagnie : il m'a promis de nous accompagner dans les Indes.
Saluez de ma part la dame Faustina-Ancolina, et diteslui, de grâce, que j'ai dit une fois la sainte Messe pour son cher Vincent qui est aussi le mien , et que demain je la célébrerai pour elle-même ; qu'elle demeure convaincue que je ne l'oublierai jamais, même aux Indes, Rappelez aussi de ma part à dom Pierre, mon bien-aimé frère dans le Seigneur, de se confesser ainsi qu'il me l'a promis, et de recevoir la saipte Eucharistie; qu'il m'écrive pour me dire s'il a rempli ce devoir et combien de fois : s'il veut être vraiment utile à son cher "Vincent, qui est en même temps le mien, recommandez-lui, de ma part, de pardonner à ceux qui ont fait périr ce cher fils : déjà celui-ci prie beaucoup dans le ciel en faveur de ses meurtriers.
Ici dans Bologne , j'ai plus d'occupation pour entendre les confessions que je n'en avais à Rome , dans l'église
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de Saint-Louis. Je vous salue tous aveq amour : et si je ne ^ me rappelle pas à chacun en particulier, ce n'est point, j^, dis la vérité, par oubli de leur personne.
Bologne, le 31 mars 1540. j^ ;;
Votre frère et serviteur en Jésus-Christ. r
François.
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LETTRE IIL
Anx Pères et Frères de la Compagnie de Jésus ^ à Rame.
Que la grâce, etc.
Nous avons éprouvé, de la part de J.-C. N.-S., une suite lion interrompue de bienfaits pendant la durée de notre voyage de Rome en Portugal, qui n'a pas été de moins de trois mois. A travers tant de contrées et dans un aussi long intervalle de temps , parmi des épreuves et des périls infinis, le seigneur ambassadeur et toute sa maison, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, n'ont cesséde jouir de la santé la plus parfaite, et c'est une faveur dont il est juste que nous rendions toute gloire et d'infinies actions de grâces à J.-C. N.-S. : nous devons surtout être reconnaissants de ce qu'il a daigné, par surcroît à son intervention ordinaire en ce monde, nous favoriser d'une protection spéciale, afin de nous préserver de tous dangers , et inspirer au seigneur ambassadeur la sage et salutaire pensée de maintenir toute sa maison dans une discipline si vertueuse, que cette maison présente plutôt l'apparence d'une communauté régulière que d'un établissement séculier. Il y a réussi en fréquentant assidûment lui-même les Sacrements de Pénitence et d'Eucharistie ; d'où naturellement ii est résulté que ses serviteurs, dociles à la persuasion d'un exemple aussi éminent, ont accompli d'eux-mêmes ces