LIVRE I. — LETTRE CINQUIÈME
son ; mais telle est leur étendue, qu'il serait impossible de vous satisfaire par écrit. Quant à ce qu'ajoute votre lettre, que , selon l'habitude humaine , on répand beaucoup de bruits au sujet de notre institut, je ne répondrai présentement que par ces seules paroles : il importe peu, très'-éminent docteur, d'êtrejugé par les hommes, par ceux-là surtout quijugentavantd'avoir l'intelligence delà chose qu'ils jugent.
Braz Lopez, qui vous remettra cette lettre de ma part , désire très-vivement devenir votre auditeur et votre disciple. Il m'aime singulièrement, et j'éprouve une très-vive inclination pour lui : c'est en raison de ces liens d'amitié que je vous prie, si mes prières ont quelque crédit auprès de vous, — et elles en ont un immense à cause de votre extrême charité, — de vouloir bien accueillir avec bonté, de ma part et d'après ma recommandation , ce dévouement et ce zèle d'apprendre qu'il vous veut consacrer : car il désire vous obéir entièrement comme au maître de ses actions , et se pénétrer à fond de vos savants enseignements. Je vous conjure donc de l'inscrire parmi vos disciples : ce sera, je l'espère, une œuvre agréable à Dieu Notre-Seigneur , et bien digne de vous-même , et vous m'aurez aussi grandement obligé. Je vous serai redevable en effet d'un bienfait rare et précieux, si vous daignez vous intéresser à cet excellent jeune homme, et le diriger et le seconder dans ses études littéraires ; car dans sa disposition intérieure et son amour de s'instruire , il a résolu de consacrer son adolescence à la méditation de la doctrine dans laquelle vous excellez. Or , ne devez-vous pas considérer à quel point vous êtes redevable envers Dieu, qui vous a fait riche de ce trésor immense de connaissances , non pour votre avantage unique, mais pour en faire part à votre prochain ?
Que Dieu Notre-Seigneur veille toujours sur nous et nous conserve tous deux ! Amen.
Lisbonne, le 28 septembre 1540.
Votre serviteur en J.-G. pour toute ma vie,
■^ • François de Xavier.