LIVRE I. — LETTRE CINQUIÈME
Seigneur, de qui l'amour vous portait à m'écrire , vous en rende la re'compense proportionnée à cette extrême charité et à cette bienveillance si sensible à mon égard ; en effet, tous mes désirs ne me donneraient pas les moyens de m'acquitter de ma dette; et je ne saurais espérer de répondre à votre amitié si tendre envers une personne aussi indigne et aussi misérable que je suis : je reconnais donc et je confesse toute mon insuffisance en ce point, et je m'en remets à la divine miséricorde, dont le bienfait le plus éminent est la connaissance de nous-mêmes. Ainsi, considérant combien je suis impuissant à tous égards, après avoir fait l'essai de mes forces avec l'intention d'accomplir mon devoir, j'ai voulu reposer toute mon espérance et toute ma confiance en Dieu seul, et je me sens infiniment consolé par la pensée que Dieu pourra rendre en ma place à votre sainte âme et à celles qui lui ressemblent un prix surabondant.
Au sujet du désir que vous paraissez témoigner d'être instruit de notre existence, et surtout de notre règle de vie, je serais heureux qu'une occasion nous fût donnée de nous trouver ensemble et d'en converser à l'aise. Personne, en vérité, n'est plus disposé que je ne le suis à vous faire part avec une entière ouverture de tout ce que vous désirez connaître, et je ne désespère point que Dieu Notre - Seigneur , parmi toutes les grâces dont sa divine Majesté ne cesse de nous combler chaque jour avec une miséricorde infinie , ne m'accorde la précieuse faveur de vous voir une fois encore en cette vie et de vous entretenir à loisir , avant de m'embarquer pour les Indes avec mon confrère. C'est alors que vous pourrez entendre de ma bouche et directement les explications les plus amples sur toutes les matières dont vos lettres me demandent la rai-
dc Saint-Augustin, il professa le droit canonique à Toulouse, à Salamanque et à Coimbre. Il fut non moins illustre par ses vertus que par ses œuvres théologiques. 11 mourut à Rome dans un âge très-avancé et fut enterré dansl'égljse de Saint- Antoine de Padoue des Portugais, au Champ-de-Mars.