‹ Lettres de Saint-James (volume 2)Chapitre 2 sur 13 · QUATORZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME LETTRE

J^ÉTAis parvefîu , Monsiear. > Yarmée dernière à vous^ tassu<i;et sur la skuatioir àe l'ÂDg^leterre ;^ mais le.{Mri3cès par lequel oi^ vieat de Tagiteii^ et les Révolu-* lions qui oot ëdaté dacfs- le mirdt de l'Europe réveillent vus inquiétudes^^ Je prends part à votre peine el je voudtlais l^outoit l'alléger : car je seosi tout ce qu'il y a de cruel aujiourd'bui' dans le S(>rt d'un iboaune rkhe > d'un^ earaetère doux et qui ne deai^iiiâe qu'à ^mx eii paix des biens dont il a été* coiïitble;

le vais vous exposer les fàitsttblsf qu'ils sont 9 et vous pig^esQ vous I»éti3be de& QQO^équences qu'ils peu^e»»^ aVotr.

osÈim^mÈÊÊÊÊm

Je TOUS avais montré dans l'Âlliancé du Gouvernement anglais avec l'aristocratie du Pays une force capable de résister pendant long-temps au parti des Radicaux ; mais je ne prévoyais pas alors que le Ministère commettrait de plein gré une faute assez grave pour compromettre la sûreté de cette alliance*

Celte faute est le Procès qu'il a intente à la Beine.

Ce procès a été une faute ^ en ce que le sujet en était trop minime ^ comparé aux effets qu'il devait produire et sur-'^' tout en ce que la perte ou le gain de cette cause amenaient des suites également fâcheuses.

Le Ministère en la sotitenant avait donc tout a perdre et rien a gagner.

£n effet , Monsieur ; on accusait la Reine d'avoir offensé les lois de la pudeur. C'est un grand tort et cette Prin* cesse a donné lieu de croire qu'elle avait à cet égard quelques reproches à se faire.

11 aurait pu ^sans inconvénient , s'en

suivre un divorce entre des Personnes de conditions privées ; mais il n'en ëtait^ pas de même lorsqu^il s'agissait de celles qi>i occupent le trône ^ parce que tous^ les actes de leur vie intéressent l'Ëlat. r

Il était facile de p^'évoir que les adversaires du Gouvernement se saisiraient d'une pareille cause y pour s'en faire une drme contre lui. Ce n'était donc pas une simple cause privée que les Ministres s'étaient engagés à soutenir : c'était un acte politique .des plus graves , en raison de la crise où se trouve TAngletefre , puisrqu'îl devait y remettre tous les partis* en présence.

Il fallait être sûr d'avance de leur imr poser le silence de la conviction. Or ^ les moyens du Ministèi^e étaient imsuffîsanls pour défendre cette eàuse, puisqu'elle était feutrée dans l'ordre des actes politiques*; car dans ce cas ce ne sont pas seulemei^t les Juges qu'il faut convaincre^ mais le Public enWeir« :

Malheureusement dâBSCfi|Lte procédure tout pouvait paraître également suspect

mÊÊÊm^^ÊmÊÊÊÊÊmÊÊÊÊÊÊÈÊÊÊÊÊL

à ce Public. Ses formes^ pa^ce qu'elles étaient extra*'jûdicîaire&. Ses Juges puis^ qu'ils étaient spéciaux. Ses enquêtes eu ce qu'eUes n'avaient . pu se faire qu'an moyen d'un espionage dont le Public se ^éfie toujours. Ses Témoins ^ parce que ie crime qu'ils dénonçaient leur était in* différent. Ils n'en étaient pas responsables envers la société et ce n'est pas non plus a ce noble instinct de Justice que Pou a dû leurs révélations; mais aux récom^ penses qu'ils en attendaient : car sans cela ils ne les auraient pas faites.

Ces Témoins n'étaient y à ce qu'on croît, ni subornés , ni menteurs , mais s'ils Pa- Tdient été , ils auraient eu les mêmes^caractères et l'on a pu s'y méprendre. Aussi ^ n'est-ce point par leurs dépositions que tant de gen^'ont été convaincus des fautes de la Reine, ce sont ses propres témoins et des faits connus d'ailleurs , qui ont fait voir dans sa conduite d'étranges inconr séquences et des passe- temps mal choisis.

Qu'est-ce en effet ^ Monsieur j que ces

(9) bals champêtres , ces nuits de bîtouaç^ ces chambellaûs postiches et ces ordres de chevàleriis distribues a ses gens^ entre lesquels on ne reconnaît pour vrai que le diplôme de Chevalier du St. Sépulcre, que Bergami a reçu dans Jérusalem^ d'a^ près Texemple de M/ de Chateaubriand.

' Certes , on a pu croire ^ sans être même 1;rop credule> que tant d'accueils et d'faon* Beurs prodigues à ce Bergami , prove^ naient de la^part de la Reine, de l'un de ces mpuvemens où le cœur a plus dç part que la raison.

Maiis cette opinion ne s'est formée que chez ceux que leurs voyages et leur habitude du monde , ont mis à même de «avoir à quel point la Reine avait choque ks convenances et les mœurs. La procë* dure a manqué pour le reste de la Nation > de cette évidesce morale qui emporte la conviction ; et dès-lors cette multitude K^ysi vu qu'une tramé coupable dont elle devait faire justice.

. La cause elle-même ne comportait pas^

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j'en conviens^ de meilleurs moyens, aussi personne n'accuse les IVlinistres de n'en avoir pas employés d'autres^ mais d'avoir hasarde le. procès en les connaissant pour tels. Il y avait en cela une témérité, plus honorable pour leur bravoure que pour leur prudence. - ^

Personne n'a donc ëtë convaincu par les débats de cette procédure, personne n'a pu L'être , chacun a gardé l'opinioa q[u'il s'en était faite d'à vancç, et ce n'est pas pour en avoir changé que la Cour des Pairs a passé à l'ordre du jour sur la troisième lecture du Bill. Cette Cour n'a pas voulu rendre en cela un hommage à l'innocence de la Reine. Elle a ajourné la procédure , parce qu'elle a cru voir plus de dangers, à la poursuivre qu'à l'abandonner. La situation politique de l'An** gleterre est renfermée en entier dans cette détermination.

Elle condamne ]e ministère , en cela seul qu'il a placé le Parlement dans Ja nécessité de séparer sa causede laisienoe;

Ou de porter avec lui la dangereuse responsabilité des suites que le jugement de la Reine pouvait emporter.

La difficulté pour le Parlement n'était pas en effet de condamner la Reine^ mais de la punir.

Il ne pouvait pas la mettre daujs un touvent^ attendu qu'il n'y en a pas eu yVtogleterre. '

Il ne pouvait pas lui infliger un cliâtiment âétrissant sans dégrader la Royauté*

^ il ne pouvait pas lui appliquer la peine; de mort; parce que son crime n'en* valait pas la peine et qu'il ne faut pas accoutumer les têtes Royales à tomber sous le glaive.

Il ne pouvait pas la condamner a une réclusion : car sa délivrance eût servi de prétexte et de but a toutes les séditions.

Il fallait donc laisser cette Princesse diffamée et déchue au milieu d'un Peuple ^g*^é, pour lequel sa déchéance n'eût été qu'une injustice à venger.

Le Parlement s'est arrêté avant d'e»

être arrivé Ik^ et siûrement qu^avant de se déterminer^ ilav£iit biea envisagé le péril d'une telle sitaatioti. |I a séparé sa causé de celle du Ministère, parce que ce Ministèrie avait perdu sa considération politique pour avoir provoqué^ saqs motifs suffîsans», line pareille crise d^ns l'État. Le Parlement en sauvait la siepnqr pouvait réparer la faute du Ministère ^ au lieu de se peirdre av^c lui^ et grâce à cet Acte de vigueur, il est resté à même d'offrir au Gouvernement et à l'Etat uq ^ point d'appui \, sûr lequd iU vont* se jdllier».

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