‹ Lettres de Saint-James (volume 3)Chapitre 3 sur 14 · TROISIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME LETTRE

Da 23 Octobre*

JLiES quatre millions de prolétaires qui cultivent ^Angleterre font produire au sol la subsistance nécessaire pour les neuf millions qui Fhabitent. Puisque les importations dé denrées se bornent à peu de chose : chaque cultivateur nourrit donc par son travail un peu plus de deux personnes.

Mais Partisan peut appifè^tsiônner en revanche vingt-deui individus des objets tfu^ nos usagés rendetit nécessaires à boti^e consommation.

Cette proportion , Monsieur , doit être prise y comme vous le compreùez, âans le sens le plus général et s'entend âe tous les genres de cultures comme d'industries.

Les trois millions d'artisans que Fin* dustrie anglaise occupait û^fgûèfe ôût fourni ainsi aux consommations de soixante -sii raflltôns d'rndîvîdus. Or , l'Angleterre n'ayant qu'une population de neuf millions , qu'on peut porter jusqu'à dix , en y comprenant ses Colonies. Il faut que l'Ëtramger lui ait procuré cinquante-six millions de consom-^ mateurs. ^

Je ne comprends pas même sous la dénomination d'Etrangers l'Irlande y ni l'Ecosse ; car ces pays avaient assezt 4^industrie pour s^approvisionner euxmêmes.

Mt

; Ceè cinquante - six milliotis de con- '. ^

sommaieurs ont existe sans aucun doute ^

puisque les ateliers chargés de les ap* *\

provisionner subsistent. On peut es- 1^

timer , en effet , Monsieur , que les

deux Amériques en ont fourni quinze

millions^ TËspagfte et le Portugal dix. Le

Levant cinq ^ Fltalie cinq ^ le Nord

huit , et FEurope centrale les treize

millions qui complètent cette singulière

liste.

La dernière guerre n'avait pasdëtruik ée vaste monopole. Elle en avait seulestient déplacé les foyers. Car si elle avait soustrait a ce monopole l^espace occupé par les Français ; elle lui avait to revanche livré sans concurrence la portion du globe qu^ils n'occupaient pas.

Mais dans le cours de cette guerre , la partie de l'Europe , où les produits de PAngleterre ont cessé de parvenir , a été forcée d'imiter son industrie » afioT de pouvoir s'en passer. Ces essais ^

d'abord douteux^ ont fini par réassir; €t la paix y en mettant en présence tous ces produits divers , a donne Findustrie de la France pour rivale à celle d'Angleterre.

Les rivalités ^ en fait d'industrie ^ fbrçenl nécessairement les consommateurs k faire un choix ^ et il n'est pluft douteux aujourd'hui que ce choix a fa-vorisé en tout les produits de la France ; si ce n'est dans l'art de travailler les cotons.

Le résultat dé là paix signée k 'Waterloo a donc été pour l'Angleterre de lui faire perdre au moins le quart de ses consommateurs étrangers et de l'inquiéter sur la conservation an reste : car le monopole du commerce nautique peut s'établir parla force, puisqu'il suffit pour s'en assurer dé détruire lés vaisseaux d'autrui ; mais aucune force humaine ne peut contraindre la préférence des consommateurs. Un nombre correspondant d'ateliers a dû se

fermer en Angleterre et six cent lûille artisans doivent y niiani^uer d'ouvrage.

L'effet de ce déficit ne se fait pas sentir d'une manière aussi absolue parmi les artisans que celui des chiffres que je viens de poser : parce qu'en écokiomie les effets nô sont jamais égaux à leurs causes : attendu que des circonstances latérales et imprévues dérangent l'action de la cause première et y ap*-

portent des competisâtions.

Mais uti déficit quelconque , dans la demande du travail , fait baisser les salàires par Feffet de la concurrence , et toute baisse de cette' nature est funeste à l*Atigleterre : car si le petit ciiltîvatënr de France ou d'Italie peut attendre du travail , parce qu'il a une subsistance assurée par lés produits directs de son sol j le prolétaire ne peut supj)orter aûcuh repos; puisqu'il n'a pour s'alimenter qu'un irtarché oii tout s'achèteà prix d'argent, "il faut donc qu'il

përîssé, ou qu'il obtieunecet argent du travail ^ de la charité Ou d^ la violence.

Or , c'est ce dernier parti que vous craignez > Monsieur, devoir premlre au3^ artisans qui manquent d'ouvrage. Cette crainte est fondée, sans doute , et il y a plus de quatre ans que j'en ai signalé l'approche : mais je pense qu'il suiBt de connaître un tel da/iger pour.lede% tourner*

Il ne faut pas se fier ^ sans. doute, aux Gazettes officielles pour espérer, a leur exemple, que l'industrie va re0eurIr,dQ nouveau. Il faut se répéter, a^u contraire^ qu'il y a aujourd'hui six cent mille ou* vriers de trop en Angleterre; qu'ils y spnt de trop, parce que l'industrie qui les nourrissait est morte : quelle est morte par les mêmes causes qui ont anéanti la prospérité des Vénitiens , des Toscans^ et des Hollandais , par les lois de k concurrence : Lois inévitables, puisqu'elles ont leur source dans notre propre nature^

UEtranger refoule l'iûdustrie anglaise sur elle-même et cette industrie se refoule à son tour vers les capitaux accumules qui semblent lut offrir un îmjnense^ dédommagement. Cette action perturbatrice agite Fordre social, au moirient où cet ordre a poussé à l'ex-* tréme toutes le^ conséquences qu'em^ porte avec soi, le yoisinage d'une immense richesse et d'unç prodigieuse pau-* vreté.;

Je conviens , Monsieur , qu'on peut être intimidé d'une pareille situation et je crois qu'elle serait sans remède partout ailleurs qu'en Angleterre. Mais les forces qui doivent neutraliser cette réaction sont immenses , puisque ces forces sont celles dont dispose l'alliance du Patriciat, du Trône et de la démocratie

d'élite; c'est-à-dire du pouvoir et de toutes les richesses de l'£)tat.

Une telle puissance est difficile à déplacer^ non-seulement parce qu'elle est capable d'une longue résistance j mais

surtout parce qu'elle possède des moyens assez grands pour déraciner la cause du danger et pour en prévenir l'explosion.

Je viens de vous exposer , Monsieur, le principe du mouvement hostile qui agite le peuple Anglais ; je vais examiner maintenant avec vous la position du Gouvernement, afin dé vouis faire connaître les moyens de la défense commei celui de l'attaque.

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