QUATRIÈME LETTRE
Du 28 Octobre.
l-i'ARisTocRATiE plébéienne , que j'ai désignée par le nom de démocratie d'élite; parce qu'elle est en effet l'un et l'autre j cette aristocratie ne s'est pas rendue maîtresse du Pouvoir ni des richesses de l'Angleterre par une conspiration ni par des coups d'État. Le Peuple
n^a pas ëte relëgué noa plus par des^ actes de violence hors des intëréts de )a politique et de la propriété'. Ce parr tage s'est fait par la pente naturelle des choses 9 et sans que personne puisse en, ^tre responsable.
Le Gouvernement ne peut pas être accuse de Tëtat où se trouve aujourd'hui le peuple Anglais : Car cet ëtat n'est que la conséquence nécessaire da dëclindesa prospérité* Cette prospérité > grâce aux institutions et au système du Gouvernement a dure plus d'un siècle j, et l'histoire démontre que ce terme est ^éjà long.
Je dirai plus. Monsieur, les Pouvoir»
foolitiques de l'Angleterre n'ont point commis de ces fautes qui perdent les»
États, ^aristocratie formée par l'alliance de ces Pouvoirs a toujours été f éservée euTers la Constilution et res** pectueuse pour ses maximes. Elle * profité des avantages de sa position san« ébre hostile ni impérûmse vis-à-vis du.
( 50v Peuple, Elle lui a laisse la plénitude de ses garanties et n'a demandé jusqu'ici aucun privilège aux institutions. Biea qu'elles n'eussent pas pu leur refuser^ puisqu'elles étaient dans sa dépep.daace« Ce respect, pour les garanties sociales, est provenu de cette heureuse ^combi^ naison qui a conservé un caractère démocratique à l'aristocratie plébéienne.
Je ne peux citer qu'une seule faute dans tout le système administratif de l'Angleterre. C'est d'avoir fini par rendre ce système dépendant du public pftr la dilapidation des financés. Le Gouver^ nement s'est mis dans le cas^ noti-seulement de fatiguer la nation par l'excès des impôts^ mais d'avoir même ea pleine paix un besoin continuel de crédit . afin de couvrit le déficit annuel de son bpdjet.
Cette faute était légère , lorsque la prospérité croissante de l'État apportait sans cesse au trésor de noui^eaux ca^ pitaux. ËUe était l^ère^ lorsque le Poq^
voir populaire que la CoDstîlutiou avait charge d'accorder les subsides , jouissait d'une confiance populaire assez grande pour en porter seul la responsabilité'.
Mais ce Pouvoir en s'alliant avec le
Gouvernement a perdu cette confiance; cette responsabilité ne porte plus que sur son caractère aristocratique ^ et ce .
caractère n'est pas de force à supporter cette espèce de poids.
Le tort du Gouvernement est en cela de n'avoir pas aperçu à. temps Fëpoque de cette transformation du Pou- , voir populaire en Pouvoir aristocratique.
^ Il s'est obstiné à considérer ce Pouvoir tantôt comme un ressort populaire et tantôt comme un élément aristocrati-r que ; suivant qu'il avait besoin de sa
protection ou de sa complaisance^
Mais ce subterfuge est usé et le mor ment est trop sérieux. pour y avoir recours. Il faut reconnaître^ sans détour^ que le pouvoir populaire ne représente plus que des intérêts aristocratiques* Ce
point de vue une fois admis dans le système politique de TAnglelerre, lui iservira de fanal. Le Gouvernement saura ce qu'il peut demander et ce qu^il peut attendre ti'un tel ressort politique. Il «le comptera plus sur sa popularité , mais sur sa force. Et pour rendre cette force ^entiére , il comprendra qu'il faut avant tout la rendre indépendante des ^vénemens et du crédit. Or, cette force Testera nulle tant qu'il ne sera pas par- '^venu à balancer son budjet sans le se-
cours d'antrui.
Les aristocraties doivent être économes et prudentes ; car leur science consiste à écarter les sujets de contestations. Il faut que tout dorme autour d'elles. Je sais bien , Monsieur , que celle qui régit l'Angleterre a une base trop large pour s'en tenir a la politique des Vénitiens et des Bernois :
Mais elle doit comprendre que ses intérêts sont de la même nature , et qu'en ce qui les concerne elle ne peut que
gagner à suivre leur exemple. Elle peut s'en écarter daus ce qui tient au jeu de ^es opinions et de sa politique.