‹ Lettres de Saint Pie VChapitre 25 sur 50 · LETTRE XXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXIX

A NOTRE TRÈS CHÈRE CATHERINE', ftEINE : TRÈjS;

CHRÉTIENNE DES FRANÇOIS. ' : ' *•* r *

Notre très chère fille en Jésus-Christ , salut et bénédiction apostolique.

Quoique votre éclatante piété envers Dieu toutpuissant, clairement démontrée à nos yeux au milieu de tant de cliangemens et de troubles dans les affaires de ce royaume, nous défende de croire qu'on y agisse jamais, sinon après un mur examen et dans des intentions religieuses ; cependant , frappé du bruit généralement répandu parmi les hommes , et des nouvelles qui nous annoncent que la paix entre votre très cher fils et des hérétiques , ennemis de Dieu et rebelles à la France , est sur le point d’être conclue , les devoirs de notre charge et notre sollicitude paternelle pour les intérêts du royaume ne nous ont pas permis de négliger d’en écrire à Sa Majesté, et de lui dire franchement notre opinion,

1 Édition Goubau , livre 4 , lettre 2 , p. 269. — Sommaire ; Même objet que la précédente lettre .

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comme nous avons coutume de faire et comme nous y sommes obligé.

Si nous croyions qu’il pût y avoir un accom - . modeniept ieittre le roi très chrétien et d’abominables hérétiques , ennemis communs de tous les .'ôtlioliqvuis-', 'au-' moyen duquel la cause de la foi catholique obtiendroit des avantages, et la tranquillité du royaume se trouveroit plus assurée , nous n’aurions pas tellement horreur de ce mot paix , sachant d’ailleurs que la concorde nous a été si fortement recommandée par Dieu toutpuissant , que nous ne serions les premiers , avant qui que ce fût , qui voudrions en être les instigateurs. Mais, comme nous sommes assuré au con traire qu’il n’y a rien de commun entre Satan et Ira fils de la lumière , nous tenons également pour indubitable qu’il ne peut y avoir aucun arrangement , si ce n’est plein de faussetés et de tromperies , entre les catholiques et les hérétiques *. Votre Majesté ne doit pas même douter de cette vérité : que de fois ne l’a-t-elle pas éprouvée par sa propre expérience, dans le cours de cette hor-

1 Compertum nobis est nullam esse Satanæ cum fiJiis lucis communionem ; ita inter catholicos quidem et haereticos nullam compositionem , nisi fictam fallaciisque plenissimum, fieri posse pro certo habemus.

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rible conspiration d’hérétiques scélérats ! C’est pourquoi il nous paroît superflu à ce' sujet d’avertir ou d’exhorter le moins du monde ou de quelque manière que ce soit Votre Majesté, dont les sentimens concernant la cause de la religion catholique sont dignes de tous nos éloges, et à laquelle , après le Seigneur , nous attribuons tous les succès que nous procurent votre vertu, votre prudence et votre zèle pour l’honneur de Dieu.

Toutefois , comme l’intérêt que nous prenons à cet illustre royaume , nous tient dans une violente inquiétude, et que nous savons que Votre Majesté , pleine de respect pour nous et le Saint- Siège, a toujours pour agréables les conseils de notre affection paternelle , nous vous exhortons à conserver toute la force de votre courage , comme vous avez fait jusqu’à ce moment, de peur que vous ne soyez finalement accablée par les soins et les travaux qu’exigent de vous la conservation de la religion catholique et de la sûreté du royaume. Enflammez l’esprit du roi très chrétien , votre fils , pour qu’il anéantisse ce qui reste encore des débris de la guerre civile , pour qu’il applique aux ennemis communs les punitions qu’ils ont si justement méritées > pour qu’il consolide dans son propre intérêt et dans celui de la postérité , le royaume ébranlé par la guerre impie des abo-

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minables hérétiques. Et , puisqu’à l’âge où le roi très chrétien est maintenant parvenu , beaucoup de dangers le menacent de la part des conseillers perfides, veillez avec une sollicitude maternelle à ce qu’il ne puisse , par des insinuations perverses , être arraché aux affaires et entraîné vers l’attrait des voluptés, et à ce qu’il n’écoute jamais d’autres avis que les vôtres. Nous espérons , s’il en agit ainsi , et s’il se rend à vos fidèles avertissemens , que Dieu tout-puissant , qui l’a conservé sain et sauf au sein de tant de pièges et de périls , lui accordera dans sa miséricorde, ainsi qu’à Votre Majesté, en faveur de la piété de tous deux, une victoire complète sur nos ennemis communs. Nous ne cessons de le lui demander par nos prières continuelles.

Donné à Saint-Pierre de Rome , sous l’anneau du pêcheur, le 29 janvier 1570, la cinquième année de notre pontificat. \

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