‹ Lettres de Saint Pie VChapitre 26 sur 50 · A HENRI, DUC D’ANJOU · texte numérisé non relu

A HENRI, DUC D’ANJOU

Cher fils , noble homme , salut et bénédiction apostolique.

Le bruit général qui circule dans le public concernant la paix qui doit se conclure au plus tôt entre notre très cher fils le roi très chrétien , votre frère , et les hérétiques , rebelles à son autorité et ennemis communs de tous les catholiques, nous force , au nom de l’emploi de serviteur apostolique , dont nous avons été chargé , quoique indigne, à ne rien négliger , dans une affaire si importante et qui intéresse à la fois le royaume de France et toute la république chrétienne , pour bien remplir le devoir que nous impose notre sollicitude paternelle. C’est là le motif qui nous a porté à écrire à Votre Noblesse la présente lettre , par laquelle nous lui faisons connoître , ainsi qu’au roi très chrétien , son frère , que nous tenons pour

1 Édition Goubau, livre 4, lettre 3 , p. 273. — Sommaire : Mime objet.

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prouver qu’il ne peut y avoir rien de commun entre les catholiques et les hérétiques , et que par conséquent nous sommes également convaincu que tout autre arrangement qu’une paix simulée et pleine d’artifices, est impossible entre ces mêmes hérétiques et Sa Majesté très chrétienne.

Nous ne doutons pas que Votre Noblesse , éclairée par sa piété, ne sache toutes ces choses : ayant fait par elle - même l’expérience de la perfidie des hérétiques pendant le cours de cette guerre , elle peut facilement dire quel jugement il faut porter d’eux. Or, comme c’est surtout à vous qu’il appartient de protéger la cause de la religion catholique et l’intégrité de la France , vous qui , à votre grande gloire, les avez défendues l’une et l’autre par vos vaillantes armes, pendant l’infâme guerre que leur faisoient des hérétiques scélérats; nous exhortons donc Votre Noblesse à ne pas se relâcher de son activité à poursuivre les restes de cette guerre intestine , et à ne pas cesser d’y exciter également le roi très chrétien , son frère.Vous ne pouvez, certes, rien faire qui soit jugé devoir être plus agréable à Dieu tout-puissant : ce Dieu a accru la gloire de Votre Noblesse par deux victoires signalées, afin qu’il y eût quelqu’un qui vengeât ses injures et celles des siens , non-seulement avec les armes de la piété contre les

hérétiques, mais aussi avec celles de la justice contre les rebelles. S’il étoit des perfides qui cherchassent à vous persuader le contraire , soyez certain que ce sont les ennemis de votre sûreté et de celle du roi très chrétien, votre frère, des envieux de votre gloire , qui ne tendent qu’à réduire la France entière en esclavage. Vous devez, autant qu’il est en vous, vous opposer à ce que cela ait jamais lieu : nous sommes assuré que vous n’y manquerez jamais.

Donné à Saint-Pierre de Rome , sous l’anneau du pécheur, le 29 janvier 1670, la cinquième année de notre pontificat.

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