‹ Lettres de Saint Pie VChapitre 28 sur 50 · A CHARLES , CARDINAL DE LORRAINE · texte numérisé non relu

A CHARLES , CARDINAL DE LORRAINE

Notre cher fils, salut et bénédiction apostolique.

Quoique l’on croie généralement qu’il a souvent été question , et qu’il l’est aujourd’hui plus que jamais , de conclure la paix entre notre très cher fils en Jésus-Christ, le roi très chrétien des François, et les hérétiques, ennemis de Dieu et rebelles à Sa Majesté , nous ayons ouvertement écrit à Sa Majesté et à Votre Prudence ce que nous en pensons. Néanmoins , comme nous apprenons que , nonobstant cela , on paroît être sur le point de terminer, nous n’avons pas voulu négliger d’avertir Votre Prudence , dont nous savons que les conseils et la sagesse dirigent toutes les affaires du royaume , d’y bien réfléchir , et de considérer mûrement la chose que l’on va entreprendre.

Nous, dégagé de tous motifs d’intérêt particu-

* Édition Goubau , livre 4 > lettre 5 , p. 276. — Som- . maire : Même objet .

LETTRES

lier, soit pour nos propres affaires , soit pour celles des autres, et n’ayant devant les yeux que la seule cause de la religion catholique, étroitement unie à la conservation du roi très chrétien et à la prospérité de ses états, nous jugeons, après de sérieuses réflexions, qu’il ne peut y avoir aucune paix , si ce n’est une paix fausse et simulée, entre les catholiques et les hérétiques; qu’au contraire, sous le nom spécieux de concorde , se cache le piège le plus insidieux de fraude et de trahison 1 ; qu’enfin les hérétiques n’ont d’autre but que d’accabler à l’improviste le roi très chrétien, qui est loin de craindre une pareille attaque, ou bien de l’entourer d’artifices et d’embûches pour lui ôter et le trône et la vie.

S’il est des personnes qui pensent autrement , nous croyons ou que, ne se rappelant guère les choses passées dans ce royaume , elles sont elles-mêmes trompées, ou qu’elles cherchent à tromper le roi. Elles veulent, non pas obtenir la paix, mais engager le roi très chrétien dans des pièges perfides , et finir par le perdre. Sa Majesté reconnoîtra la vérité de ce que nous avançons, en

1 Nullam eatholieis cum hæreticis pacem , nisi fictam aut simulatam, esse posse; sed sub nominc specioso pacis, insidiosissimum proditionis fraudisque maleûcium latere.

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remarquant que , chaque fois que les hérétiques pourront obtenir des secours de l’étranger , ils seront les premiers à rompre les conditions de la paix. Que pourroit-il y avoir de plus périlleux, de plus pernicieux pour le roi très chrétien et pour tout le royaume , qu’une pareille paix ? À peine sera-t-elle faite que la religion catholique aura reçu la blessure la plus profonde ; ensuite la plus honteuse tache d’ignominie couvrira la dignité et la réputation du roi lui-même; enfin, la voie sera ouverte à toutes les machinations ténébreuses , aux conjurations de toute espèce que voudront ourdir ses ennemis les plus acharnés. Et, quand même la volonté leur manquerait pour de telles entreprises , Dieu , par un jugement équitable de sa providence , sauroit bien la leur inspirer , afin surtout d’infliger la punition que mérite quiconque néglige les intérêts de la religion , à ceux qui se sont rendus coupables de cette négligence.

Nous exhortons donc Votre Prudence, et nous l’en conjurons par Dieu tout-puissant, à se ressouvenir des sentimens de piété qu’elle doit à ce Dieu tout-puissant et à la religion catholique; à se ressouvenir de la fidélité qu’elle a fait éclater dans les temps des plus grands troubles de ce royaume; à se ressouvenu- enfin de ce qu’elle est

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elle-même dans le monde. Faites tous vos efforts pour déjouer et pour renverser ces projets de paix, et ne souffrez jamais, d’aucune manière, qu’on porte en France un coup si fatal à la foi catholique, qu’on y mette dans un si grand danger la sûreté du roi très chrétien et la tranquillité du royaume. Ce soin de Votre Prudence , dans les circonstances actuelles , sera très agréable à Dieu tout-puissant, et digne de votre inaltérable fidélité : il nous comblera de joie , nous que notre sollicitude pastorale rend surtout inquiet sur le résultat de ces négociations de paix. Nous vous y exciterions encore par de plus longs discours , si nous ne savions pas que vous ne négligerez aucune des parties de votre devoir , dans tout ce qui appartient si éminemment à la défense de la religion catholique et à la conservation du roi très chrétien.

Donné à Saint-Pierre de Rome, le 14 août 1570, la cinquième année de notre pontificat.

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