‹ Lettres de Saint Pie VChapitre 27 sur 50 · A CHARLES, ROI TRÈS CHRÉTIEN DES FRANÇOIS · texte numérisé non relu

A CHARLES, ROI TRÈS CHRÉTIEN DES FRANÇOIS

Notre très cher flls en Jésus-Christ, salut et bénédiction apostolique.

Le devoir du service apostolique qui nous a été imposé , quoique indigne , par Dieu tout-puissant, et le désir de satisfaire , par tous les moyens possibles , à la délicatesse de notre conscience , nous obligent à ne négliger , dans nos lettres , aucun conseil paternel propre à faire sentir à Votre Majesté qu’elle doit être sur ses gardes et n’agir qu’après de mûres réflexions , dans l’affaire de la paix qu’on dit déjà conclue entre vous et les hérétiques , ennemis de Dieu et rebelles à votre autorité , ou qui, du moins, est bien près de se conclure. Nous, dégagé de tout motif d’intérêt privé, et n’ayant devant les yeux que la cause de Dieu , votre sûreté et celle du royaume ; après avoir attentivement considéré la chose , nous vous

1 Édition Goubau , livre 4 , lettre 4 > P- 274. — Sommaire : Même objet.

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assurons , ce qui est pour vous la plus indubitable et la plus irréfragable autorité, qu’un tel accord, loin de vous faire jouir de la paix, deviendroit , au contraire , la source des plus grands maux pour la France.

S’il est des hommes qui pensent autrement, et qui cherchent à entraîner Votre Majesté dans leur opinion, croyez qu’eux-mêmes se trompent, ou que , corrompus par l’esprit de flatterie , ils trompent Votre Majesté. Quoiqu’ils mettent en avant le faux prétexte de l’utilité générale , ils oublient à la fois la religion catholique et la gloire de Votre Majesté; ils ne révèrent ni Votre Majesté, ni Dieu. Ils devroient cependant songer qu’en faisant la paix , Votre Majesté permet à ses ennemis les plus acharnés de passer de leur repaire avoué de brigandages jusque dans son propre palais ; qu’il doit nécessairement en naître mille dangers et des pièges de tout genre , et que , s’il manquoit aux hérétiques la volonté de vous dresser des embûches (ce qu’assurément nous ne sommes guère disposé à croire ) , Dieu lui-même , par un jugement équitable de sa divine providence , leur en inspireroit l’idée , afin que, par ce moyen, il vous punît pour avoir négligé la religion , en vue de votre intérêt particulier.

Il est trop clair pour qu’il soit nécessaire de le

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démontrer par des exemples , combien il est horrible de tomber dans les mains du Dieu vivant , qui , non-seulement cliâtie et épure , par les guerres , les mœurs corrompues des hommes , mais encore qui écrase les états pour les péchés des rois et des peuples , et les enlève à leurs anciens maîtres pour les soumettre à des maîtres nouveaux'. Quand même toute autre preuve nous manqueroit , il nous suffirait , pour établir la vérité de ce que nous avançons , de l’exemple seul de la Grèce de notre temps : parce qu’elle a méprisé la religion catholique , elle a perdu la splendeur de sa noblesse antique, et elle se trouve réduite dans le plus dur esclavage sous les infidèles*.

1 Quantum autcm quamque horribile sit in Dei viventis manus incidere , qui non solu.n corruptos hoininum mores bellis eniendare , sed propter regum populorumque peccata regnu conterere , eaque ab antiquis dominis ad aiios transferre solet , îd manifestius est , quam ut hoc exemplis docere necesse sit. Quæ ut caetera decssent omnia , tamen ad faciendam hujus rei fidem , vel ipsa sola temporibns nostris Græcia sufficeret; quæ propter religion» catholiçæ contemptum , airnsso veteris nobilitatis splendore, in duri&simain infidelium servi tutem est redacta.

* D’après ce raisonnement tout à fait papal , Dieu préféreroit ceux que les chrétiens appellent infidèles , aux chrétiens que les catholiques nomment schismatiques, hérétiques, excommuniés. C’est dommage pour les intérêts du Saint-

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Nous exhortons donc Votre Majesté , et nous l’en conjurons par Dieu tout-puissant, à profiter • de l’exemple des autres , et à éviter soigneusement de susciter contre elle-même et contre son royaume la fureur de la divine colère. Nous avons voulu avertir Votre Majesté , parce que c’est notre devoir , et à cause de l’amour paternel que nous lui avons voué dans le Seigneur. Si vous vous rendez à nos conseils, Votre Majesté en retirera le plus grand avantage , et nous y trouverons des motifs de la plus vive joie : si vous ne le faites pas , notre douleur , née de l’intérêt que nous prenons à la communion chrétienne , sera mitigée au sein des maux mêmes, par la réflexion consolante que nous n’aurons négligé aucun des efForts prescrits par notre place , et que nous devons faire auprès de Votre Majesté en notre qualité de

Siège que la Providence n’ait pas toujours confirmé ses jugemens : nous verrions l’hétérodoxe Hollande sous le joug de l’inquisition espagnole , et la dissidente Angleterre auroit courbé le front devant les jésuites des Stuarts; la Grèce elle-même, si elle n’avoit préalablement consenti à la double procession de l’Esprit-Saint , et surtout si elle ne s’ctoit entièrement soumise aux pontifes de Rome, auroit continué de trembler à l’aspect du cimeterre mahométan , si belliqueusement brandi de nos jours par le vicaire de Jésus et ses lieutenans de droit divin sur la terre.

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père commun de tous les fidèles. Quant à ce qui dépasse les limites de notre pouvoir, nous en laisserons le soin à la divine miséricorde , et nous nous bornerons à prier humblement Dieu toutpuissant pour la conservation de Votre Majesté et de son royaume.

Donné à Saint-Pierre de Rome, sous l’anneau du pêcheur, le 23 avril 1670, l’an cinquième de notre pontificat.

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