‹ Lettres de Saint Pie VChapitre 30 sur 50 · A CHARLES, CARDINAL DE BOURBON · texte numérisé non relu

A CHARLES, CARDINAL DE BOURBON

Notre cher fils, salut et bénédiction apostolique.

Il ne nous est pas aussi facile de trouver des expressions propres à peindre à Votre Prudence la douleur dont nous a accablé la nouvelle de la paix qui venoit d’être conclue entre le roi trèschrétien et les hérétiques, qu’il ne l’est à vousmême, qui avez pour cela toute la perspicacité nécessaire, de le sentir. Nous ne pouvons dire, sans répandre des larmes , combien cette paix est déplorable à nos yeux et aux yeux de tous les honnêtes gens, combien elle est dangereuse, combien Sa Majesté très chrétienne aura à se repentir d’avoir consenti à une convention par laquelle des hérétiques vaincus ont imposé au roi , leur

1 Édition Goubau , livre 4 > lettre 7 , p. 282. — Sommaire : Saint Pie V réprouve la paix faite entre le roi et les hérétiques rebelles , comme contraire à la religion catholique et pernicieuse ; il exhorte le cardinal à faire courageusement son devoir pour la défense de la religion .

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vainqueur, des lois si abominables, si funestes à la religion catholique. Plût à Dieu que ce roi eût pu comprendre , ce qui d’ailleurs n’est que la vérité la plus pure et la plus notoire , qu’a près avoir fait la paix , il aura bien plus à redouter les pièges secrets et les machinations des hérétiques, qu’il n’étoit menacé pendant la guerre par leur brigandage manifeste : il ne se seroit jamais laissé égarer jusqu’à croire qu’un accord avec les hommes les plus perfides , les ennemis les plus acharnés, offrît quelque sécurité. Il est surtout à craindre que Dieu ne fausse le jugement du roi lui-mème et de tous ceux qui ont adhéré à cette négociation, et qu’ils ne voient sans voir, qu’ils n’entendent sans entendre, tout ce qui devroit être remarqué et compris.

Quoique les choses en soient à ce point, et que, en punition de nos péchés, nous nous trouvions réduit à voir dans le royaume très chrétien la religion catholique recevoir un affront auquel nous n’aurions jamais dû nous attendre; néanmoins nous ne perdons pas tout courage, mais nous conservons notre ferveur pour la cause de Dieu, nous ressouvenant que, bien qu’indigne, nous tenons sa place sur la terre , et qu’il protège la vérité, même dans ce monde, sans permettre jamais que ceux qui espèrent en lui soient confondus.

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Si les affaires de France sont maintenant dans un plus mauvais état qu’elles ne l’ont jamais été, c’est vous et tous les principaux personnages , et tous ceux qui ont de l’attachement pour la foi orthodoxe , que nous nous croyons obligé d’exciter, et auxquels nous rappelons leurs devoirs. Comme nous savons qu’entre eux tous Votre Prudence ne le cède à personne en piété et en zèle pour l’honneur divin , nons n’avons pas voulu négliger de vous exhorter par cette lettre à conserver la religion en France pendant ces temps de troubles , à résister aux hérétiques , à leur faire la guerre sans ménagement. Vous devez avoir présent à la mémoire que vous êtes du nombre de nos vénérables frères , qui sont sortis du sein de la sainte église catholique et romaine ; que vous vous êtes engagé par * serment à verser pour elle tout votre sang : c’est pour cela que vous êtes revêtu de la pourpre; cette marque de sa bonté envers vous , vous rappelle comment vous devez défendre la religion orthodoxe , par amour pour notre Rédempteur et sa sainte église, dont vous êtes membre.

Réfléchissez à toutes ces choses , et mettant votre confiance dans celui dont la main s’appesantit sur ceux qui le haïssent , reprenez courage en son nom : soyez fidèle à votre vocation ; protégez

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la religion catholique dans tous les dangers où elle se trouvera ; résistez autant que voua pourrez aux efforts des hérétiques; soutenez la cause de Dieu tout-puissant, et mettez tout en oeuvre pour relever la religion catholique, si déprimée en France. Si vous le faites , non-seulement vous recevrez de notre Rédempteur le prix de vos travaux , la récompense du bonheur éternel ; mais encore vous acquerrez de la gloire et des louanges auprès des hommes. Si au contraire ( ce dont Dieu nous préserve !) vous négligez, pour quelque motif que ce soit, dans des circonstances si critiques , les devoirs de votre charge, il ne manquera cependant pas à Dieu tout-puissant de voies pour soutenir sa cause , surtout moyennant le secours des prières de beaucoup d’hommes et de peuples catholiques qui se trouvent encore dans le royaume. Quant à vous , si vous ne payez pas dès à présent la dette que vous avez contractée envers Dieu et la religion, envers vous-même et le Saint-Siège apostolique , vous chercherez vainement dans la suite une autre occasion pour le faire.

Donné à Saint-Pierre de Rome, sous l’anneau du pêcheur, le 23 septembre 1570, l’an cinquième de notre pontificat.

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