A CHARLES, CARDINAL DE LORRAINE
Notre cher fils salut et bénédiction apostolique.
Dès que nous fûmes assuré que la paix venoit d’être conclue entre notre très cher fils en Jésus- Christ, le roi très chrétien des François, et les hérétiques (si toutefois on peut appeler paix , le traité par lequel des lois si infâmes et si pernicieuses à la religion catholique ont été imposées à Sa Majesté très chrétienne par des hommes dépravés ) , notre âme fut saisie d’une vive douleur : elle fut telle que devoit nous faire ressentir un pareil malheur arrivé à ce royaume digne jusqu’ici des plus brillantes louanges , tant sous le rapport des actions militaires, que sous celui de la piété. Pour ce qui nous regarde, nous considérons cette paix comme ayant porté à la France un coup plus funeste que tous ceux qu’elle avoit soufferts pendant les années écoulées depuis qu’elle étoit agitée
1 Édition Goubau, livre 4> lettre 8, p. 285. — Sommaire : Même objet que la lettre -précédente .
par les discordes intestines des hérétiques. Nous croyons que le roi très chrétien lui -même, si la paix dure, est menacé dès à présent, par la mauvaise foi et les pièges de ses ennemis, de périls bien plus grands que ceux qui sembloient l’entourer pendant la guerre.
Quoique la somme de nos péchés ait porté les choses au point que nous voyons la religion catholique dans le royaume très chrétien souffrir un affront auquel nous ne nous serions jamais attendu; cependant nous ne perdons pas entièrement courage, nous ressouvenant que tout notre espoir doit être fondé sur celui dont, quoique indigne, nous remplissons la place sur la terre, et qui ne trompe jamais dans leur attente ceux qui se confient en lui.
Mais, puisque les affaires du royaume sont dans un état pire que celui où elles avoient été jusqu’à présent, nous avons cru d’autant plus devoir avertir et exciter vous-même d’abord, puis tous les autres principaux personnages du royaume, zélés pour la religion catholique, afin que vous souteniez, autant qu’il est en votre pouvoir, la foi orthodoxe, de jour en jour plus défaillante par la malignité des hérétiques et la tiédeur des catholiques; afin que vous conserviez votre fidélité et que vous fassiez une rude guerre aux en-
nemis de notre Rédempteur. Si quelqu’un a jamais été obligé de rendre ce service à Dieu tout-puissant et au Saint-Siégë apostolique , c’est assurément vous : Dieu vous a enrichi de tant de biens spirituels et temporels, le Saint-Siège apostolique vous a comblé de tant d’honneurs et de bienfaits , qu’il est juste que l’église, dans ces temps de troubles, attende surtout de votre courage et de votre constance le soutien et la consolation dont elle a besoin. Ressouvenez-vous que vous êtes un de nos frères; que vous êtes sorti de notre giron et du sein de l’église romaine , la maîtresse de toutes les églises; que vous avez revêtu la robe de pourpre, pour qu’elle vous rappelât à chaque instant le serment que vous avez fait à cette sainte église romaine et à ses pontifes suprêmes, en vous obligeant à verser pour elle, s’il étoit nécessaire , tout votre sang.
Repassant ces choses dans votre mémoire, et mettant votre espoir dans celui qui réserve toute sa miséricorde pour les hommes qui le craignent, soutenez le Seigneur : ne négligez pas les devoirs de votre ministère, de votre vocation; défendez constamment et dans quelque péril qu’elle se trouve la foi catholique ; résistez , autant que vous le pourrez, aux efforts des hérétiques.
Si vous le faites , et nous ne doutons aucune-
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ment que vous ne le fassiez, vous recevrez , nonseulement auprès de Dieu tout-puissant les fruits de vos travaux, c’est-à-dire la récompense de la gloire éternelle, mais aussi vous mériterez auprès des hommes les plus grandes louanges pour une action si éclatante. Si au contraire, ce dont Dieu nous garde ! vous agissez autrement , songez que les affaires de France, quoiqu’elles soient dans le plus mauvais état, ne sont pas cependant tellement désespérées, que Dieu miséricordieux , fléchi par les prières de plusieurs individus , de plusieurs peuples qui sont encore demeurés fidèles catholiques dans ce royaume, ne puisse les relever et les rétablir, quelque déprimées et presque renversées qu’elles soient. N’y avoir pas contribué pour votre part, sera pour vous aussi honteux à l’avenir aux yeux des autres , que cela vous affligera vous-même tout le temps de votre vie. Car Dieu , dont les voies sont manifestes , ne manquera pas de moyens pour changer même les pierres en fils de David.
Quant à vous, si vous négligez votre devoir et votre vocation dans cette crise, vous n’aurez plus d’autre occasion où vous pourrez payer votre dette à la religion catholique , à votre propre caractère, à nous et au siège apostolique. Nous avons écrit longuement, à ce sujet, à Votre Pru-
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dence, parce que l’importance de la cause nous sembloit le requérir, et parce que nous n’ayons voulu négliger aucune des parties de notre office , en vertu duquel nous devions vous y exhorter.
Donné à Saint-Pierre de Rome , le 23 septembre 1570, l’an cinquième de notre pontificat.
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