LE JEUDI SAINT, A SIENNE
De la vraie patience. — Du péché, el de la miséricorde de Dieu , qui a voulu mourir pour nous.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Très-chers Fils dans le Christ , le doux Jésus , moi , le désir de vous voir baignés par un saint désir dans le sang de Jésus crucifié. C'est sur lui qu'il faut fixer le regard de votre intelligence; et en le faisant, vous acquerrez la vraie patience. Car le sang de Jésus -Christ nous rappelle nos iniquités, et l'infinie miséricorde, la charité de Dieu; ce souvenir nous fait haïr nos défauts et nos péchés; il nous fait aussi aimer la vertu. Et si vous me demandez , très-chers Fils , pourquoi ce sang nous rappelle plus particulièrement nos fautes et la miséricorde divine, je vous répondrai : Parce que la mort du Fils de Dieu a été causée par nos péchés.
2. Le péché a été cause de la mort du Christ. Le Fils de Dieu n'avait pas besoin de suivre la voie de la Croix
(1) Cette lettre fut écrite le jeudi saint, 9 avril 1377.
pour entrer dans sa gloire , car le poison du péché n* était pas en lui, et la vie éternelle lui appartenait ; mais nous, malheureux , nous l'avions perdue par nos péchés , et il y avait entre Dieu et nous une grande guerre. L'homme s'était affaibli et rendu malade en se révoltant contre son Créateur, et il ne pouvait prendre la médecine amère que nécessitait sa faute. Il fallait que Dieu nous donnât le Verbe, son Fils unique, et son ineffable charité unit la nature divine à la nature humaine, l'infini avec le fini , avec notre chair misérable ; il est venu souffrir pour nous guérir, notre médecin a été notre sauveur. Je dis qu'avec son sang il a guéri nos iniquités; il nous a donné sa chair en nourriture , et son sang précieux en breuvage. Ce sang est d'une si grande douceur, d'une si grande suavité, d'une telle force, d'une telle vertu, qu'il guérit toutes les infirmités, qu'il rappelle de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, car le péché mortel fait tomber l'àme dans tous ces malheurs. Le péché nous ôte la grâce et la vie ; il nous donne la mort, il obscurcit la lumièie de l'intelligence, et rend l'homme le serviteur et l'esclave du démon ; il lui ôte le calme , et lui cause une crainte déréglée , car le pécheur craint toujours. Celui qui se laisse dominer par le péché a perdu tout pouvoir. Hélas! combien de maux suivent le péché , combien à cause de lui Dieu permet-il de peines et d'angoisses? Toutes ces misères, toutes ces angoisses, le sang de Jésus crucifié les détruit, parce que ce sang lave l'àme de ses souillures en les soumettant à la sainte Confession. Dans ce sang s'acquiert la patience; en voyant l'offense que nous avons commise contre Dieu, et le remède qu'il a employé pour nous donner la vie de la grâce, nous arrivons à la vraie
patience. îl est donc bien \rai que Jésus -Christ est un médecin qui nous a donné son sang pour nous guérir.
3. Je dis aussi qu'il est infirme, c'est-à-dire qu'il a pris notre infirmité en prenant notre faiblesse et notre chair mortelle, et c'est sur la chair de son très-doux corps qu'ont été punies nos fautes. 11 a fait comme la nourrice qui nourrit un enfant malade ; elle prend la médecine, parce que l'enfant est trop petit et trop faible pour en supporter l'amertume , il ne peut prendre que du lait. 0 doux amour Jésus! vous avez fait comme la nourrice ; vous avez pris la médecine amère , vous avez supporté les peines , les opprobres , les mauvais traitements , les outrages ; vous avez été lié , battu , flagellé à la colonne , attaché, cloué à la Croix , abreuvé d'injures et d'affronts , tourmenté , dévoré par la soif; et pour tout soulagement on vous a donné par dérision du fiel et du vinaigre; et vous avez tout souffert avec patience, en priant pour ceux qui vous crucifiaient. 0 amour ineffable I non-seulement vous avez prié pour ceux qui vous crucifiaient, mais vous les avez excusés en disant : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » 0 patience qui surpasse toute patience ! Quel est celui qui , au milieu des coups , des supplices , des outrages , de la mort, a jamais pardonné et prié pour ses bourreaux? Vous seul l'avez fait, Seigneur. Il est donc bien vrai que vous avez pris la médecine amère pour nous , pauvres enfants malades ; et avec votre mort vous nous avez donné la vie ; en goûtant l'amertume , vous nous avez rendu la douceur. Vous nous tenez sur votre sein comme la nourrice, et vous nous donnez le lait de la grâce divine; vous avez pris Tamertume pour vous,
et nous avons ainsi recouvré la santé. Vous voyez bien qu'il s'est fait malade pour nous.
4. Il s'est fait aussi notre champion, et il est descendu sur le champ de bataille ; il a combattu et vaincu les démons. Saint Augustin dit qu'avec sa main désarmée, notre Chevalier a défait nos ennemis; il a chevaucljé sur le bois de la très-sainte Croix. La couronne d'épines était son casque, sa chair flagellée sa cuirasse, les clous de ses mains ses gantelets , la lance de son côté le glaive qui vainquit l'homme, et les clous de ses pieds ses éperons. Vous voyez comme il est bien armé notre Chevalier ; nous devons le suivre et reprendre courage dans toutes nos épreuves et nos tribulations. Aussi je vous ai dit que le sang du Christ nous rappelle nos péchés, et nous montre le remède et Tabondance de la miséricorde divine que nous avons reçue dans son sang. Baignez- vous dans le sang de Jésus crucifié, car nous ne pouvons autrement participer à sa grâce, ni atteindre la fin pour laquelle nous avons été créés. Vous ne pourriez pas non plus souffrir patiemment votre malheur; car c'est dans la mémoire du Sang que toute chose amère devient douce, et tout fardeau devient léger. Je n'ai pas le temps de vous en dire davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu, et souvenez-vous que vous devez mourir, vous ne savez pas quand. Préparez -vous à la confession et à la sainte Communion, afin de pouvoir ressusciter à la grâce avec Jésus-Christ. Doux Jésus, Jésus amour.
GGCXVIII (310). -- AU JUIF C0]NSIGL10(1).
Elle l'exhorte k se convertir k la vraie foi en recevant le baptême.