Mon doux Frère dans le Christ, le doux Jésus, je
ne veux pas vous voir enseveli dans cette horrible prison, mais je veux vous voir sortir des mains du démon. Je vous en conjure, et je veux vous aider, de la part de Jésus crucifié , pavez votre dette par la sainte confession , avec le regret de l'outrage fait à Dieu , et avec la sainte résolution de ne jamais tomber dans de semblables fautes. Souvenez- vous de Jésus crucifié ; guérissez le poison de votre chair, en vous rappelant la chair flagellée de Jésus crucifié, de l'Homme -Dieu, qui, par l'union de la nature divine avec la nature humaine , a tellement anobli notre chair, qu'il l'a élevée au-dessus de tous les chœurs des anges. Les fils insensés d'Adam ne devraient-ils pas rougir de s'abandonner à une telle misère, et de souiller ainsi leur dignité! Contemplez Jésus crucifié, cachez- vous dans les plaies de Jésus crucifié, baignez -vous dans le sang de Jésus iirucifié, et ne tardez pas ; ne comptez pas sur le temps , car le temps ne vous attend pas; et si votre faiblesse vous tourmente, que votre raison en fasse bonne justice. Asseyezvous sur le tribunal de votre conscience , et ne laissez passer aucun mouvement qui ne soit contrôlé par la sainte et douce pensée de Dieu. Ex citez -vous à résister et à ne consentir jamais au péché , ni par pensée ni par action; mais dites-vous : Souffre aujourd'hui, mon àme, cette petite peine; résiste, et ne consens pas à la tentation : peut-être que demain finira ta vie, et si tu vis encore , tu feras ce que Dieu te fera faire ; mais aujourd'hui fais cela. Je vous le dis , en agissant de la sorte , votre âme et votre corps , qui sont maintenant profanés , deviendront un temple où Dieu aimera résider par la grâce. Puis, lorsque votre vie sera terminée, vous recevrez pour récompense l'éternelle vision de Dieu , où la
vie est sans mort, et le rassasiement sans dégoût. Ne vous exposez pas à perdre un si grand bien par un délai coupable. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Excusez mon ignorance; je vous ai dit peut-être des choses qu'il est dur d'entendre : excusez moi ; c'est le désir et l'amour du salut de votre âme qui me l'ont fait faire. Si je ne vous aimais pas, je ne m'affligerais pas de vous voir entre les mains du démon ; mais , parce que je vous aime , je ne puis le souffrir. Je veux que vous participiez au sang du Fils de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour. Douce Marie.
GCCXV (307).— A UN SECULIER QU'ON NE NOMME PAS. De la connaissance de soi-même, et l'amour envers Dieu.
AU WOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très-cher et bien -aimé Frère dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus- Christ, je vous écris et vous encourage dans le précieux sang de son Fils , avec le désir de Yous voir le vrai serviteur de Jésus- Christ et le fidèle observateur de ses commandements, car personne ne peut avoir la vie de la grâce s'il ne les accomplit pas. Ainsi donc, très -cher frère, je veux que vous ouvriez l'œil de votre intelligence sur vous-même pour reconnaître que vous êtes un néant, et que la seule œuvre que vous puissiez vous attribuer est le péché. L'homme, en voyant qu'il n'est rien par lui-même, s'humilie et reconnaît les bienfaits qu'il a reçus ; et son amour augmente tellement à mesure qu'il connaît la grandeur de la bonté de Dieu à son égard , qu'il aimerait mieux mourir que de violer les commandements de son très-doux Créateur. La sainte crainte qu'il en a le conduit à un ardent amour ; et cet amour, nous le puisons dans le sang du Fils de Dieu , qu'il a répandu uniquement pour nous sauver en lavant les souillures du péché. Oh î quelle
chose terrible que le péché ! combien il déplaît à Dieu ! Non-seulement il ne l'a pas laissé impuni , mais encore il en a fait justice sur son propre corps. Qu'il serait malheureux celui qui ne voudrait pas venger ce péché sur lui-même !
2. Je vous prie, très -cher et très -doux Frère, de prendre les deux ailes qui vous feront observer les commandements de Dieu , et qui vous feront ensuite voler jusqu'à la vie éternelle, l'aile de la haine, de l'horreur du péché et de l'amour -propre, source de tout mal, et l'aile de l'amour de la vertu. Celui qui voit combien la vertu lui est nécessaire , Taime , parce qu'il voit que Dieu veut qu'il aime la vertu, et qu'il déteste le vice. Oh! combien il vous sera doux d'avoir cette vertu, qui délivre de la servitude du démon et donne la liberté, qui déUvre de la mort et donne la vie, qui dissipe les ténèbres et donne la lumière ! Et le péché , au contraire , conduit l'homme à toute sorte de malheurs ; il faut être plein de zèle , et se hâter d'employer avec une sainte ardeur le temps qui vous est accordé à vous et à votre famille. Je vous supplie. par l'amour de Jésus crucifié de fixer sur Dieu le regard de votre àme dans toutes vos actions. Oh ! quelle joie et quel bonheur pour votre âme quand viendra le moment où vous appellera la Vérité suprême ! Vous vous verrez entouré de vertu , appuyé sur le bâton de la très -sainte Croix , qui fait accomplir les saints commandements de Dieu , et vous entendrez enfin cette douce parole : « Viens , mon Fils bien -aimé , posséder le royaume du ciel, parce que tu as eu soin de détacher ton cœur des choses du monde , et que tu as élevé ta famille dans ma sainte crainte. Maintenant je te donne le repos parfait, car je récompense toutes
les peines que tu as souffertes pour moi. » Je n'ajoute rien, mon très- cher Frère, si ce n'est que je supplie l'éternelle Vérité suprême de vous remplir de son éternelle et très-douce grâce , afin que vous puissiez croître de vertu en vertu, jusqu'à être prêt à donner votre vie pour lui. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
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CCCXVl (308). — A QUELQUES JEUNES GENS
DE FLORENCE, FILS ADOPTIFS DE DOM GIOVANNI (l).
De la charité , de l'union , de la force et des vertu» qui en procèdent.
1 . ïrès-chers Fils dans le Christ , le doux Jésus , moi , Jésus-Christ , je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir liés du doux lien delà charité, de telle sorte que ni les démons ni les créatures ne puissent jamais vous séparer. C'est ce doux lien qui unit Dieu à l'homme et l'homme à Dieu, quand la nature divine s'unit à la nature humaine; et c'est cet amour ineffable qui donna l'être à l'homme, lorsque Dieu le tira de luimême en le créant à son image et ressemblance ; et parce que l'âme est faite par pur amour, l'amour accorde les puissances de notre âme, et les lie toutes ensemble. La volonté excite l'intelligence à voir, parce qu'elle
(1) Ces jeunes gens étaient sans doute les fils spirituels de dom Jean des cellules de Vallombreuse , auquel sont adressées les lettres cxvi et ex vil.
veut aimer quelque chose ; et lorsque rintelligence comprend que la volonté veut aimer, si la volonté est raisonnable, elle lui offre pour objet l'amour ineffable du Père, qui nous a donné le Verbe, son Fils unique, et l'obéissance, l'humilité de ce Fils, qui a supporté avec douceur les peines, les injures, les coups, les mauvais traitements , les outrages , et qui les a soufferts avec un amour ineffable. Et ce que l'œil de l'intelligence a vu, sa volonté s'y attache avec un ardent amour et d'une main puissante ; elle dépose dans sa mémoire le trésor qu'elle tire de cet amour, et l'homme devient ainsi envers son Créateur reconnaissant des grâces et des dons qu'il sait avoir reçus de Dieu. Tout ce qu'il a, il ne l'a pas par lui-même, car nous ne sommes que néant, et nous ne pouvons nous attribuer que le péché. 2. Oh ! quelle horrible mort que la faute qui nous prive de la vie! Lorsque l'àme le comprend, elle se revêt d'amour et d'une humilité parfaite ; elle trouve et goûte la charité dans la bonté de Dieu, elle voit en elle les dons qu'elle a reçus et qu'elle reçoit continuellement. La connaissance qu'elle a d'elle-même et du péché , qui vient de la loi mauvaise , qui se révolte sans cesse en elle contre le Créateur, lui fait concevoir la haine et le mépris de la sensualité; et dans cette haine elle trouve la patience, qui la rend capable de supporter les peines, les mépris, les affronts, la faim, la soif, le froid, le chaud, les tentations et les attaques du démon. Elle méprise et fuit le monde avec tous ses plaisirs ; elle embrasse l'humilité, qui est la nourrice de la charité, et elle souffre tout avec une grande patience , parce que la charité, l'amour par excellence a trouvé l'humilité, qui la nourrit, et la liaine de soi-même, qui
la sert avec une patience parfaite ; elle se venge , et fait justice des ennemis de la divine charité. Ces ennemis sont l'amour -propre, qui s'aime par intérêt, et tout ce qu'il aime , il l'aime pour lui et non pour Dieu , ce sont les plaisirs, les louanges, les dignités, les honneurs, les richesses.
3. Quelle vengeance exerce-t-elle ? une si douce, que la langue ne saurait le dire. De l'amour- propre , qui donne la mort, elle vient à l'amour divin, qui donne la vie; des ténèbres, de la haine et du mépris de la vertu, elle arrive à la lumière et à l'amour de la vertu, si bien qu'elle aimerait mieux mourir que de l'abandonner; elle prend tous les moyens, toutes les voies qu'elle peut imaginer pour l'acquérir et la conserver. Et parce que les plaisirs des sens, les délicatesses du corps, les conversations des méchants lui sont nuisibles, elle les fuit de tout son cœur et de toutes ses forces. Elle combat son corps , elle s'en venge en le mortifiant par la pénitence, le jeûne, les veilles, la prière, les disciplines, surtout quand elle voit qu'il en a besoin, c'est-à-dire quand la chair veut se révolter contre l'esprit. Elle se venge de la volonté propre par la mort; elle la tue en la soumettant aux commandements de Dieu et aux conseils que le Christ , le Fils unique de Dieu , nous a laissés avec ses commandements; elle se revêt ainsi de son éternelle volonté, et traverse courageusement cette mer orageuse en suivant les traces de Jésus crucifié. C'est là le doux lien qui lie l'àme à son Créateur; c'est lui qui a lié Dieu à l'homme et l'homme à Dieu, quand vous, le Père, vous nous avez donné le Verbe, votre Fils, et que vous avez uni la nature divine à la nature humaine. 0 mes Fils bien -aimés I
ce fut ce lien qui attacha et cloua l'Homme -Dieu sur la Croix. Si l'amour ne Teùt pas retenu, les clous et la Croix n'auraient pu le faire. L'amour que le Christ a eu pour l'honneur du Père et pour notre salut , la haine, l'horreur qu'il a eue du péché, cet amour et cette haine réunis lui ont fait tirer vengeance de nos iniquités, et il les a punies sur son corps par des peines et des tourments.
4. Ainsi donc l'âme qui est hée à Jésus crucifié le suit , et se venge de la partie sensitive pour l'honneur de Dieu , pour son salut et celui du prochain. Elle chasse ses ennemis , les vices et la désobéissance , qui lui a fait offenser son Créateur en violant ses commandements; elle ouvre au contraire et reçoit ses amis. Ces amis sont les vraies et solides vertus inspirées par l'amour et la charité parfaite. Un des meilleurs amis que Tàme puisse avoir, c'est la véritable obéissance ; on est humble autant qu'on est obéissant , et qu'on observe les saints commandements de Dieu. L'âme se passionne pour cette obéissance , qui consiste à tuer et à détruire sa volonté ; et pour la pratiquer davantage, elle veut obéir aux conseils de Jésus -Christ en prenant dans un Ordre approuvé le joug de la sainte obéissance. Il est certain, mes Enfants, que c'est là le parti le plus sûr. Nous avons beau voir des religieux relâchés qui n'observent pas leur règle, la règle est toujours bonne, parce qu'elle est établie et donnée par l'Esprit- Saint.
5. Si vous croyez donc que Dieu vous appelle à l'obéissance, répondez -lui, et ne vous laissez pas arrêter par ces Ordres qui sont tombés dans la tiédeur et le scandale , car il y a beaucoup de monastères dont on a retranché les abus ; et si vous voulez entrer en reUgion ,
\ous ferez bien et vous honorerez Dieu, pourvu que vous preniez un bon guide. Parmi tous les monastères, je vous recommande celui de Saint-Anthime (1). L'abbé , comme vous le dira don Giovanni , est un modèle d'humilité, de pauvreté et de charité; il ne voudrait pas être le plus grand, mais le plus petit. Que Dieu dans son infinie bonté dispose tout ce qui sera le plus utile à sa gloire et le plus profitable pour vous. Unissez-vous, unissez- vous ensemble, mes Enfants, par la charité; supportez mutuellement vos défauts, afin que vous soyez toujours unis et jamais séparés dans le Christ, le doux Jésus. Aimez-vous, aimez- vous les uns les autres. Vous savez que c'est là le signe que le Christ a laissé à ses disciples, en disant qu'on ne reconnaît les enfants de Dieu qu'à l'union de l'amour que l'homme a pour le prochain dans la perfection de la charité (2). J'ai éprouvé une grande consolation en apprenant que vous êtes bien unis. Avancez toujours, et ne tournez pas la tète en arrière. Que je puisse parler comme saint Paul, quand il disait à ses disciples qu'ils étaient sa joie, son bonheur, sa couronne (3). Je vous en conjure, faites en sorte que je puisse le dire aussi. Je termine. Baignez-vous dans le sang de Jésus crucifié , et unissezvous ensemble par les liens de l'amour. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
(1) Voir la lettre cxt.
(2) S. Jean, XIII, 35.
(3) Ép. aux Philipp., iv.
CCCXYII (309). — A DES PRISONNIERS,