‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 11 sur 160 · ET AUX RELIGIEUSES DE SAINTE- AGNÈS , A MONTEPULCIANO(I · texte numérisé non relu

ET AUX RELIGIEUSES DE SAINTE- AGNÈS , A MONTEPULCIANO(I

De la reconnaissance envers Dieu, qui se prouve par l'observation de ses commandements et des ses conseils.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Mes très-chères Mère et Filles dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ , je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir reconnaissantes envers votre Créateur, afin que la source de la piété ne se tarisse pas dans vos âmes, mais qu'elle s'alimente par la reconnaissance. Faites attention que cette reconnaissance ne doit pas consister seulement en paroles , mais encore en bonnes et saintes œuvres. Et comment la montrerez-vous? En observant les doux commandements de Dieu , et avec ces commandements les conseils , mentalement et actuellement ; car vous avez choisi cette

(1) Le couvent de Sainte-Agnès était proche de Montepulciano. Sainte Catherine aimait beaucoup le visiter pour vénérer le corps de la bienheureuse Agnès, qui y était conservé. Plusieurs miracles s'opérèrent pour elle dans ces visites. (Vie de sainte Catherine, I^^ p., ch. 12.)

voie des conseils , il faut donc la suivre jusqu'à la mort : autrement vous pécheriez ; Tàme qui est reconnaissante les observe toujours. Que promettez- vous dans votre professioA? Vous promettez d'observer l'obéissance, la charité, la pauvreté volontaire; et si vous ne les observez pas, vous tarirez la source de la piété.

2. C'est une honte pour une religieuse de posséder quelque chose qu'elle puisse donner. Elle ne doit pas le faire, mais elle doit vivre dans l'union et la charité fraternelle avec toutes ses sœurs ; elle ne doit pas souffrir qu'elles éprouvent la faim et le besoin, tandis qu'elle est dans l'abondance. Celle qui est reconnaissante ne le souffre pas, mais elle assiste le prochain et lui est utile ; elle voit qu'elle ne peut être utile à Dieu , car il est notre Dieu, et n'a pas besoin de nous. Et comme elle veut montrer qu'elle est véritablement reconnaissante des grâces qu'elle a reçues de lui, elle le montre à l'égard des créatures raisonnables qu'elle voit que Dieu aime beaucoup ; et en toute chose elle s'applique à montrer dans le prochain sa reconnaissance à Dieu. Ainsi toutes les vertus se développent par la reconnaissance, c'est-àdire par l'amour que l'âme conçoit en reconnaissant à la lumière les grâces qu'elle a reçues de son Créateur. Qui la rend patiente, et lui fait supporter avec résignation les injures, les reproches, les outrages des créatures, les tentations et les attaques du démon? La reconnaissance. Qui la fait renoncer à la volonté propre, et se soumettre au joug de la sainte obéissance ? La reconnaissance. Qui lui fait observer son troisième vœu de chasteté? La reconnaissance. Pour l'observer, elle mortifie son corps par les veilles et les jeûnes , par une humble et continuelle prière ; et par l'obéissance elle tue la

volonté propre , afin que son corps étant mortifié et la Yolonté morte, elle puisse observer sa promesse et montrer ainsi sa reconnaissance envers Dieu.

3. Les vertus sont donc une preuve que l'àme n'oublie pas qu'elle a été créée à l'image et ressemblance de Dieu , qu'elle a été régénérée dans le sang de l'bumble Agneau qui lui a rendu la grâce, et qu'elle est reconnaissante de tous les bienfaits, les dons et les faveurs qu'elle a reçus spirituellement ou temporellement ; et toutes les vertus montrent que l'àme est pleine d'une grande reconnaissance envers son Créateur. Alors s'augmente en elle le feu du saint désir, qui la porte sans cesse à chercber l'honneur de Dieu et la nourriture des âmes en supportant la peine jusqu'à la mort. Si elle était ingrate, elle n'aimerait pas souffrir pour l'honneur de Dieu et pour se rassasier de cette douce nourriture; mais une paille qu'elle rencontrerait sous les pieds lui serait insupportable ; elle chercherait son avantage, et se nourrirait de cette nourriture de mort, de cet amour d'elle-même, qui engendre l'ingratitude et détruit la grâce.

4. C'est en comprenant combien cette nourriture est dangereuse que je vous disais mon désir de vous voir re connaissantes des grâces infinies que vous avez reçues de votre Créateur, et spécialement de celle que Sa Sainteté, le Vicaire de Jésus-Christ, a daigné vous accorder; cette sainte indulgence que vous avez toutes reçue est la plus grande que vous puissiez recevoir en cette vie. Il faut donc en être reconnaissantes envers Dieu en l'aimant de tout votre cœur, avec un amour ardent et sans mesure : autrement ce ne serait pas un véritable et bon amour. Je veux aussi que vous soyez reconnaissantes à l'égard du Saint-Père en faisant les humbles

et continuelles prières que nous lui devons , parce qu'il est notre Père, et aussi pour la grâce que vous avez reçue de lui et pour les grandes difficultés où il se trouve. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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