FEMME DE GÉRARD, FILS DE NICOLAS
De Tunion dans la charité. — Jésus -Christ nous a enseigné cette vertu et nous la demande. ~ De l'emploi du temps.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIF
1. Très-chère Mère Nella, et très-chère Catherine, ma Fille dans le Christ Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous encourage et je vous bénis dans son précieux sang , avec le désir de vous voir unies et liées par le lien de la charité qui a attaché et cloué le Fils de Dieu sur la Croix. 0 ineffable et très -douce charité ! combien est fort ce lien qui a retenu l' Homme-Dieu, blessé et déchiré sur l'arbre de la Croix î C'est là qu'il a porté le poids de nos iniquités ; et comme l'enclume est frappée par le marteau, l'âme du Christ, dans sa Passion, a été travaillée par le feu de sa charité. 0 union douce et parfaite , que Dieu a contractée avec l'homme ! Je veux donc que vous vous embrasiez d'un saint zèle, et que vous contractiez une union que ni le démon ni les créatures ne puissent rompre ; et cette union est le commandement que Dieu nous a laissé, parce qu'il n'avait rien de plus précieux ni. 37
à nous donner. Comment n'y a-t-il rien de plus précieux que d'avoir Dieu et d'être dans la parfaite union de la charité de Dieu? Parce que Dieu est la charité , et celui qui est dans la charité est en Dieu, et Dieu en lui, comme Ta dit la Vérité suprême : « Celui qui observera ma parole , je serai en lui , et lui en moi , et je me manifesterai moi-même à lui (l). » 0 très-doux Amour! qui sommesnous, pour vous manifester à l'homme? quelle est cette manifestation que vous faites dans l'àme? Rien qu'une ineffable charité ; la charité est une mère qui conçoit le parfum des vertus; et comme une mère nourrit ses enfants sur son sein , la charité nourrit les vertus , ses enfants , et produit des fruits pour la vie éternelle.
2. Il faut donc vous lever avec un saint zèle, ma trèsdouce Mère et ma Fille, pour suivre les vertus et vous reposer sur ce glorieux sein de la charité. Si vous me dites : Où pourrons -nous trouver cette glorieuse mère? je vous dirai : Sur l'arbre de l'adorable et très- sainte Croix, où a été greffé le Verbe incarné , le Fils de Dieu, immolé avec tant d'amour. En fixant le regard de votre intelligence sur la Charité divine, qui se repose sans cesse sur vous , votre cœur ne pourra s'empêcher d'aimer en se voyant tant aimé ; et cet amour produira la haine, le mépris de vous-mêmes et le dégoût du monde. Alors vous mépriserez ses délices, ses honneurs, et vous embrasserez les injures, les outrages, et vous les supporterez avec joie , en considérant les injures et les outrages de votre Créateur. Oh ! combien est ignorant et vil le cœur qui veut suivre une autre voie que celle de son Maître ! Car celui qui veut la vie éternelle doit suivre
(1) s. Jean, iv, 14.
ses traces. Il a dit : « Je suis la voie, la vérité, la vie; celui qui marche avec moi ne marche pas dans les ténèbres, mais il arrive à la lumière. » Et dans un autre endroit il dit : a Personne ne peut aller à mon Père, si ce n'est par moi. » Puisque nous voyons tant d'amour en notre àme , il faut nécessairement retirer notre affection et nos désirs du siècle , qui est plein de ténèbres et d'amertume; il est sans sûreté, sans stabilité, sans ressemblance avec Jésus crucifié : le Christ est la vie , et lui la mort.
3. Levez-vous donc généreusement, très -chère Mère et très-chère Fille ; abandonnez la pompe et la vanité du siècle; regrettez maintenant le temps perdu, et tâchez de le réparer avec le temps que vous avez ; pensez qu'il vous faudra en rendre compte au moment suprême de la mort. Oh ! quelle confusion pour celui qui aura employé son temps d'une manière négligente et coupable! Je ne veux pas que nous nous exposions à cette confusion , mais que nous vivions si bien , qu'après cette vie nous nous trouvions avec le feu des vertus, avec la douce charité, leur mère , dans cette vraie cité de Jérusalem , où nous nous reposerons dans cette vision de la paix où la vie est sans mort , la lumière sans ténèbres , le rassasiement sans dégoût, et la faim sans peine. Oh ! combien est bon et doux notre Dieu , qui , pour avoir abandonné les choses finies , nous donne des choses infinies ! Oui , plus de négligence et d'ingratitude ; mais suivons les traces de Jésus crucifié. Aimez- vous, aimez -vous mutuellement, mabien-aimée Mère et ma Sœur. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Loué soit notre Seigneur Jésus -Christ. Doux Jésus, Jésus amour.