CCCXLVI. — A MADAME STRICCA
FEMME DE CIONNE SALIMBENI.
De la verlu de patience. — La tribulation et la prospérité nous viennent de Dieu pour notre bien.
1. Très -chère Fille dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclaye des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir la servante fidèle de notre Créateur, affermie dans la vraie et sainte patience. Pensez qu'autrement vous ne pourrez pas plaire à Dieu. Nous sommes des pèlerins et des voyageurs en cette vie , et nous courons sans cesse vers la mort. 11 faut avoir la lumière de la très -sainte Foi, parce que sans elle les ténèbres nous empêcheraient d'atteindre notre fin ; mais il faut une foi vivante, c'est-à-dire de saintes et bonnes œuvres, parce que les saints disent que la Foi sans les œuvres est morte. Croyons donc que Dieu est Dieu, qu'il nous a créés à son image et ressemblance , qu'il nous a donné le Verbe, son Fils unique, né du sein de la douce Vierge Marie , et mort sur le bois de la trèssainte Croix pour nous délivrer de la mort , et nous donner la vie de la grâce que nous avions perdue par la désobéissance d'Adam. Nous avons tous, par l'obéis-
sance du Verbe , contracté la grâce, comme nous avons tous contracté la mort par le premier péché. Aussitôt que l'âme a si doucement acquis la lumière de la Foi , elte Voit que Dieu nous aime d'un amour inelFable, et que , pour nous donner l'espérance de notre résurrection au dernier jour du jugement , il nous a manifesté sa résurrection.
2. L'âme se passionne pour cette lumière et ce doux amour que Dieu lui porte , et elle commence à yoir de la même manière , que Dieu ne veut autre chose que notre sanctification, et que tout ce qu'il donne ou permet dans cette vie, il le fait pour cette fin. Les tribulations et les consolations, les injures, les mépris, les aifronts, les persécutions du monde, les tentations du démon, la faim, la soif, les infirmités, la pauvreté, la prospérité, les délices, il permet tout pour notre bien. Il permet la richesse pour que nous soyons les bienfaiteurs des pauvres ; il permet les délices et les honneurs , non pas pour que nous levions la tête avec orgueil, mais pour que nous nous humiliions au contraire davantage, en reconnaissant saintement la divine Bonté. La pauvreté et les tribulations, de quelque côté qu'elles viennent, il nous les donne pour que nous parvenions à la vraie et parfaite patience, pour que nous connaissions le peu de fermeté et de sûreté du monde , et que nous en éloignions notre affection et nos désirs pour les mettre uniquement en Dieu , et pratiquer les vraies et solides vertus. Nous recevrons ainsi le fruit de toutes nos peines ; car toutes les peines que nous supporterons pour son amour seront récompensées et nous mériteront le ciel, où la vie est sans mort, la lumière sans ténèbres , le rassasiement sans dégoût , et la faim sans
peine. Saint Augustin dit qu'on n'y connaît pas le dégoût de la satiété et la peine de la faim, et que dans l'autre vie tout bien est récompensé comme toute faute punie (1).
3. Celui qui a cette foi vive enfante les vraies et saintes vertus ; il est vraiment patient à supporter toute peine et toute fatigue pour Dieu et pour la rémission de ses péchés; il les reçoit même avec respect, parce qu'il considère celui qui donne , pourquoi il donne et à qui il donne. Quel est celui qui donne? C'est Dieu, l'éternelle et souveraine Bonté, qui donne non par haine, mais par un véritable amour. Il dit à ses disciples : « Je vous envoie pour être persécutés et martyrisés dans le monde, non par haine , mais par amour (2). Cet amour, que mon Père a eu pour moi , je l'ai pour vous. Il m'aimait d'un tendre amour, et il ne m'a pas moins envoyé souffrir la peine honteuse de la très- sainte Croix. » Et pourquoi donne- 1- il? Je l'ai dit, par amour pour notre sanctification , afin que nous soyons sanctifiés en lui. Et qui sommes -nous, nous qui avons reçu les peines? Nous sommes ceux qui ne sommes pas ; par notre faute , nous avons mérité mille enfers , si nous pouvions les souffrir ; et, puisque nous avons offensé un bien infini, nous avons encouru une peine infinie. Mais Dieu, dans sa miséricorde, nous punit dans le temps fini et nous donne une peine finie ; car la tribulation ne dure pas plus que cette vie , et toute peine est petite , puisque le temps est si court.
4. Le temps, pour nous, disent les saints, n'est qu'une pointe d'aiguille. La vie de l'homme n'est rien ,
(1) S. Aug., Médit., cil. ^i.
(2} S. Matth., x,16.
tant elle est peu de chose. Toute peine est petite; celle qui est passée nous ne l'avons plus, et celle qui doit venir nous ne sommes pas sûrs de l'avoir, puisque nous ne sommes pas sûrs d'avoir le temps de la souffrir. Le présent n'est donc qu'un point, et pas davantage. Ainsi, ma très-douce Fille , secouons notre sommeil et ne dormons plus ; mais suivons avec une foi vive les traces de Jésus crucifié, avec une \raie et sainte patience. Baignez-vous dans le sang de Jésus crucifié. Je ne vous dis rien de plus. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
CCCXLVII. — A MADAME FRANCESCHINA,
À LUCQUES
Elle l'exhorte à être la servante et la fille de Jésus-Christ, h aimer sa croix, et à croître toujours dans la charité.
AU HOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très -chère et bien -aimée Sœur et Fille dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus- Christ, je vous écris et vous encourage dans son précieux sang, avec le désir de vous voir la vraie servante et fille du doux et bon Jésus , toute baignée et toute revêtue du sang du Fils de Dieu , afin que vous soyez dépouillée de tout vêtement d'amour -propre, de toute négligence et de toute ignorance. Je veux que vous imitiez la douce et tendre Madeleine, qui ne pouvait se détacher de l'arbre de la trèssainte Croix, mais qui s'enivrait toujours, se couvrait du sang du Fils de Dieu, et s'en remplissait tellement la mémoire, le cœur et l'intelligence, que jamais il ne lui fut possible d'aimer autre chose que Jésus -Christ. Je veux que vous agissiez ainsi jusqu'au dernier moment de votre vie , croissant de vertu en vertu, et employant toujours vos journées comme le bon pèlerin , qu'aucune fatigue ne fait regarder en arrière. Ne vous arrêtez pas dans la négligence , mais prenez le bâton de la très-
sainte Croix, qui fait naître et soutient toutes les vertus ; regardez l'Agneau immolé avec tant d'amour pour nous, que vous devez l'aimer aussi, et détruire par l'ardeur de cet amour toute froideur, toute dureté de cœur, et tout amour-propre qui se trouve dans votre âme.
2. Oh ! comment pourra faire l'épouse pour ne pas suivre les traces de son Époux , c'est-à-dire souffrir avec amour et marcher dans la voie des peines, quelle que soit la manière dont Dieu vous les envoie? Levez- vous donc avec une sainte patience et une véritable humilité pour suivre le doux Agneau, avec un cœur généreux et plein d'amour; sacrifiez -vous pour lui comme il s'est sacriflé pour nous, lorsque, pour nous donner la vie de la grâce, il a perdu la vie de son corps ; et , pour nous prouver son amour, il a ouvert son côté , et après sa mort il nous a encore baignés de son sang. Voulez -vous être sans crainte? cachez -vous dans la blessure de ce côté, et ne vous éloignez jamais de son cœur. Si vous y entrez une fois , vous y trouverez tant de joie, de douceur, que vous ne voudrez jamais le quitter ; car c'est un trésor de parfum et de miséricorde , et cette miséricorde donne la grâce et conduit à la vie éternelle , où la vie est sans mort, le rassasiement sans dégoût, la faim sans peines, et la joie entière, parfaite et sans mélange. C'est là que sont apaisés tous les besoins et les désirs de la créature.
3 . 0 ineffable et infinie Charité ! qui vous a forcée à nous donner un pareil trésor? C'est votre amour sans bornes qui vous a fait créer votre créature sans y être obligé; car nous vous devons tout, et vous ne nous devez rien. Mais, bien-aimée Sœur dans le Christ, le doux Jésus, songez que l'âme ne peut parvenir à ce bonheur de voir Dieu , si elle ne s'efforce d'abord dans
cette vie à le goûter par un sincère et ardent amour. Cet amour renferme et fait naître toutes les vertus. La vertu ne manque jamais à l'àme qui est blessée par la flèche de la divine charité ; et cette charité s'acquiert à la tahle de la très- sainte Croix , où l'Agneau sans tache est la table, la nourriture et le serviteur. Comment l'âme pourrait- elle ne pas aimer son doux Sauveur, en se voyant tant aimée de lui? L'habitude de l'amour est de rendre amour pour amour, et de transformer celui qui aime en celui qui est aimé. Aussi l'àme, l'épouse du Christ, qui se voit aimée de lui, montre qu'elle veut le payer de retour; elle veut souffrir les peines et les opprobres pour l'amour de lui , et elle se transforme et devient une même chose avec lui par l'amour et le désir; elle aime ce que Dieu aime, elle déteste ce que Dieu déteste, parce qu'elle voit que le doux Jésus a mis tout son bonheur à porter la croix de bien des peines pour l'honneur de son Père et notre salut, pour se nourrir et se désaltérer des âmes. Il faut le faire aussi, afin de lui devenir semblables. Courons donc, et ne dormons plus dans le lit de la négligence ; mais courons vers le bien véritable. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
CCCXLVIÎI. — A MADAME MELLINA,