FEMME DE FRANÇOIS PEPIN, TAILLEUR, DE FLORENCE
Elle les exhorte au mépris du monde et k l'amour de Dieu.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très -chères Filles dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine , la servante et l'esclaye des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir persévérer dans vos saints désirs, afin que vous ne tourniez jamais la tête en arrière ; car vous ne recevriez pas la récompense, et vous transgresseriez la parole de notre Sauveur, qui nous dit de ne pas tourner la tête pour regarder la charrue. Soyez donc persévérantes , et regardez non pas ce que vous avez fait, mais ce que vous avez à faire. Et qu'avons-nous à faire? à diriger sans cesse notre amour vers Dieu , à mépriser le monde avec toutes ses délices , et à aimer la vertu , en souffrant avec une vraie patience tout ce que la divine Bonté permet, sachant hien que ce que Dieu nous donne, il le donne pour notre bien, afin que nous soyons sanctifiés en lui. iXous verrons dans le Sang
(1) Ces deux familles, qui paraissent avoir été de conditions si différentes, étaient unies par leur attachement à sainte Catherine. [Voir les lettres cclxxxix et ccxc.)
que c'est la vérité. Ce glorieux sang nous a manifesté cette si douce vérité ; nous devons en remplir notre mémoire, afin de nous le rappeler toujours avec reconnaissance. Je veux que vous agissiez ainsi, trèschères Filles , parce que de cette manière vous persévérerez jusqu'à la mort ; et au dernier jour de votre vie vous recevrez pour récompense l'éternelle vision de Dieu. Je ne vous dis rien de plus.
2. Je te gronderai, ma très -douce Fille, d'avoir oublié ce que je t'ai dit. Je t'avais recommandé de ne rien répondre à ceux qui parleraient de moi d'une manière qui ne te semblerait pas avantageuse. Je ne veux plus que tu recommences ; mais je vous dirai ce qu'il faut répondre à ceux qui vous parlent de mes défauts. Ils sont, hélas! si considérables, qu'il serait bien difficile de tous les confesser. Dites -leur qu'ils aient compassion de moi devant Dieu, comme ils le témoignent par leurs paroles , et qu'ils prient tant la Bonté divine, qu'enfin je change de vie. Dites -leur aussi que le souverain Juge punira tous mes défauts , et récompensera toutes les peines qu'on aura supportées pour son amour. A l'égard de M""^ Paule, je ne veux pas que tu prennes de l'humeur; mais pense qu'elle fait comme une bonne mère qui veut éprouver si sa fille a de la vertu ou non. Je confesse sincèrement que je ne trouve rien de bien en moi; mais j'espère en mon Créateur, qui me changera et me corrigera. Courage donc, et ne vous tourmentez plus , car nous nous trouverons unies dans l'ardeur de la charité divine, et nous ne serons séparées ni par le démon ni par les créatures. Je finis. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus , Jésus amour.