A LA DEMANDE DE SON FRERE
Elle clierclie k la converlir, el la menace des cliâlimenls de Dieu; elle lui cite l'exemple de sainte Marie-Madeleine, et l'exhorte à se recommander à la sainte Vierge.
AU WOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très- chère Fille dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je t'écris dans son précieux sang, avec le désir de te voir participer au sang du Fils de Dieu , parce que sans ce sang tu ne peux avoir la vie. Qui sont ceux qui participent à ce sang? ceux qui vivent dans la douce et sainte crainte de Dieu. Celui qui craint Dieu aime mieux mourir que de l'offenser jamais mortellement. Ma Fille , je pleure et je gémis de voir que toi , créée à l'image et ressemblance de Dieu , rachetée par son précieux sang, tu oublies ta dignité et la riche rançon qui a été payée pour toi ; hélas ! il me semble que tu fais comme le pourceau qui se roule dans la fange : tu te roules de même dans la fange de l'impureté , tu te fais la servante et l'esclave du péché ; tu as pris pour maître le démon , et tu le sers nuit et jour. Si tu sers le démon , tu auras son sort. Et quel est son partage, ma Fille? Les ténèbres, les tempêtes, l'amertume, les peines, les
tourments, les supplices. Dans le lieu qu'il habite se trouvent les pleurs , les grincements de dents et la privation de la vue de Dieu , de cette vue de Dieu, qui est la béatitude de l'cime. Les démons furent privés de cette béatitude à cause de leur orgueil ; ceux qui suivent la volonté du démon seront aussi privés de la vision divine : et les peines intolérables qui sont infligées à l'àme livrée à l'iniquité du péché mortel , la langue ne pourra jamais les raconter.
2. Hélas ! hélas ! comment croire que tu as oublié ton Créateur, et que tu ne vois pas que tu es devenue comme un membre retranché du coips , et qui se dessèche aussitôt. Tu es retranchée et séparée du Christ par le péché mortel ; tu es devenue comme un bois sec et aride , qui ne porte plus de fruits , et tu as dès cette vie un avantgoût de l'enfer. Tu ne songes pas, ma Fille, quelle est ta servitude, et combien tu es misérable et malheureuse d'avoir en cette vie l'enfer et la société horrible des démons. Sors, sors de ce dangereux esclavage, de ces ténèbres où tu es tombée. Hélas ! si tu ne le fais pas par amour pour Dieu , tu devrais le faire ^u moins par honte et par crainte du monde. Ne vois-tu pas que tu te livres aux mains des hommes, qui méprisent et avilissent ta chair? Ne vois -tu pas que tu es aimée , et que tu aimes d'un amour mercenaire qui donne la mort, d'un amour qui ne repose que sur une jouissance ou un profit, qui disparaît avec le plaisir et l'argent, parce qu'il n'est pas selon Dieu, mais selon le démon. Pense, ma Fille , que tu as à mourir, et tu ne sais pas quand. Notre doux Sauveur disait : « Sojez prêts, car vous ne savez pas le jour et l'heure où vous serez appelés, » Et çaint Jean dit que la hache est déjà à la racine de l'arbre
pour le couper. Pense que si maintenant le souverain Juge t'appelait, tu serais livrée aux démons et à l'état de damnation. S'il te fallaitcomparaitredevantlui, tu n'aurais pas pour répondre les vertus qui pourraient te défendre, t'assister, te secourir : tu ne les aurais pas; mais tu aurais tes amis , qui te condamneraient devant le souverain Juge, c'est-à-dire le monde, le démon et la chair que tu as servis avec tant de zèle; ils t'accuseraient, en manifestant pour ta honte et ta confusion les offenses que tu as commises contre Dieu; ils te condamneraient à la mort éternelle , et ils t'entraîneraient avec eux là où l'on trouve les flammes ardentes , la puanteur du soufre, les grincements de dents, le froid, le chaud, le ver de la conscience, qui ronge toujours, et reproche à Fàme de s'être privée par sa faute de la vision de Dieu , et de s'être rendue digne de la vision des démons.
3. Voilà ce que tu as mérité à servir avec tant de peine le monde , le démon et la chair, et à goûter l'enfer dès cette vie. Puisque tu vois qu'ils te rendent digne de tant de maux, et qu'ils te privent de tant de biens, faistoi une sainte violence , et quitte tant de misère et de corruption. Recours à ton Créateur, qui te recevra si tu veux abandonner le péché mortel et revenir à l'état de grâce. Écoute-moi, ma très -douce Fille, si tu vomis les souillures du péché par la sainte confession , avec un ferme propos de ne plus tomber et de ne plus retourner à ton vomissement, la douce bonté de Dieu le dit ellemême : « Je te promets que je ne me rappellerai jamais que tu m'as offensé. » Il est bien vrai que celui qui expie son péché par la contrition et la douleur. Dieu ne veut pas le punir dans l'autre vie. Il ne peut te paraître dur de recourir à la douce Marie, qui est la mère de la com-
passion et de la miséricorde ; elle te mènera en présence de son Fils, et, en lui montrant le sein qui l'a nourri , elle le décidera à te faire miséricorde ; et alors , comme une fille et une esclave rachetée par son sang , tu entreras dans les plaies du Fils de Dieu , oii tu trouveras le feu de son ineffable charité, qui consumera et purifiera toutes tes misères et toutes tes fautes. Tu verras qu'il t'a fait un bain de son sang pour te laver de la lèpre du péché mortel et de l'impureté où tu es restée si longtemps. Notre doux Seigneur ne te méprisera pas.
k. Écoute et suis la douce et tendre Madeleine. Dès qu'elle reconnaît son malheur et sa faute, dès qu'elle voit qu'elle est en état de damnation , elle conçoit une grande haine de l'offense de Dieu et un grand amour de la vertu ; elle cherche où elle trouvera miséricorde. Elle voit bien qu'elle ne peut la trouver que dans le Christ, le doux Jésus; et pour arriver à lui elle ne pense pas à son honneur, à sa honte ; elle court humblement se jeter à ses pieds; et là son amour, sa douleur amère , son humilité parfaite lui obtiennent la rémission de ses péchés, et elle mérite d'entendre cette douce parole : « Marie, va en paix, et ne pèche plus (1). » Fais de même, ma très -douce Fille; imite l'humble conduite de Madeleine, qui se met à ses pieds, qui lui montre son amour par la contrition de son cœur, et qui ne se juge pas digne de regarder le visage de son Maître. Donne-lui aussi ton cœur, ton àme , ton corps. Ne dors plus , car le temps presse , tu n'es pas sûre de l'avoir ; ne l'attends pas. Réponds à Jésus crucifié , qui t'appelle de sa douce voix, et cours à l'odeur de ses parfums. Baigne-
(1) s. Luc, VII, 50.
toi dans le sang de Jésus crucifié, et tu participeras ainsi à son sang. Mon àme désire te voir participer au Sang, et devenir un membre uni par la grâce à ton chef, Jésus crucifié. Si tu me dis : Je ne le puis, parce que je n'ai pas de quoi vivre , je te répondrai que Dieu y pourvoira. J'ai appris que ton frère veut t'aider dans tes besoins. N'attends donc pas le jugement de Dieu, qui s'appesantirait sur toi si tu ne changeais pas. Cesse d'être un membre du démon , qui se sert de toi comme d'un filet pour prendre les créatures. Ce n'est pas assez du mal que tu te fais à toi-même; songe aussi combien tu en fais tomber dans Tenfer. Je ne t'en dis pas davantage. Aime Jésus crucifié , et pense que tu dois mourir, tu ne sais pas quand. Demeure dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour. Marie, douce Marie !